Films Vidéos — 31 janvier 2012
Berlin Undead (Rammbock)

Affiche française sur le DVD et le Blu Ray

Réalisation : Marvin Kren
Format et nationalité : Moyen métrage allemand

Durée : 1h03

Genre : horreur, épouvante

Année de production : 2010 – sortie DVD Blu Ray novembre 2011

Acteurs : Sébastian Achilles, Ingrid Beerbaum, Carsten Behrend

 

 

 

L’histoire

Mickael est un homme blessé : il se rend à Berlin pour essayer de voir son ex petite amie avec laquelle il aimerait renouer. Mais lorsqu’il arrive chez elle, dans un bâtiment sur une cour intérieure, la porte est ouverte et des hommes semblent faire des travaux dans l’appartement. Des cris retentissent en bas dans la cour. Tout le monde se précipite aux fenêtres. Les habitants sont attaqués par des fous furieux qui se révèlent être des zombies. La jeune femme que Michael cherche n’est pas là. Les ouvriers ne savent pas où la trouver. Michael va s’inquiéter pour elle, et se réfugier dans l’appartement avec un des ouvriers, pour faire face à l’agressivité des gens infectés. Les deux hommes chercheront le jeune femme introuvable dans cet immeuble maudit…

 

Je lève les yeux vers les fenêtres en haut pour découvrir le visage horrifié de mes semblables qui me jugent avec dégoût…

Le style

Autant commencer par là, c’est un film qui a un style. Du style. On est devant à la fois une chronique sociale, une tranche de vie amoureuse, un drame psychologique. Bref du cinéma européen, dans une tradition posée et réfléchie. Il y a plusieurs portes d’entrée dans le scénario avant de se dire qu’on est dans un film de genre. Car les gens infectés, zombifiés, ne sont pas là en tant que tels, pour faire du gore et des effets spéciaux racoleurs. Ils sont la métaphore de nos anxiétés modernes, de nos crises existentielles. J’en veux pour preuve un détail dans le scénario qui ne vous aura pas échappé : les infectés peuvent se soigner avec des calmants, il faut éviter les poussées d’adrénaline, sinon c’est la transformation… N’ a-t-on pas là un joli regard cynique sur notre modernisme un peu trop speed ? Et sur une question primordiale de santé publique qui doit nous parler, surtout à nous, Français, qui sommes des gros consommateurs d’anxiolytiques ? Les zombies dans Berlin Undead sont donc les ratés du système qui, pour une raison ou pour une autre, ont dérapé, décroché de leur vie, craqué et sombré dans le speed provoqué par un trop-plein d’adrénaline. Plus que des bêtes titubantes assoiffées de sang, comme de nombreux films d’exploitation nous en montrent souvent (à notre grande joie d’ailleurs, je ne crache pas dans la bonne sou-soupe), ces zombies là c’est nous avec nos fragilités : des gens qui ont craqué et dont la nervosité subite et le pétage de plomb font peine à voir.

À partir de là, le scénario devient vraiment intéressant, car on parle ici d’humanité et de vie quotidienne à équilibrer, et toute l’histoire se centrera alors sur la quête de Michael, pas vraiment un héros, pas vraiment un raté non plus, mais juste un type banal, un type entre les deux, bancal, qui voudrait bien récupérer sa copine.

Réfugié dans l’appartement, il fouille dans l’appareil photo de la demoiselle pour aller mater des images d’elle qu’elle a prises quand il n’était plus là. Rêverie, regrets, souvenirs: on est à cet instant dans la chronique amoureuse, le film se fait lent et sentimental, on en oublie un peu les agités à l’extérieur.

Histoire de peine, histoire de cœur aussi chez le voisin qui demande de l’aide pour sa femme mordue : quelques médocs pour la faire tenir. Une partie de l’histoire consistera à aller dérober chez une vieille voisine les médicaments tant convoités. Mais la vieille dame, au début inoffensive, se lance soudain en avant en grognant et bavant…

La voisine, la vieille dame dont certains disent qu’elle a un stock de médocs

L’histoire de Michael, qui croise donc d’autres personnages dans l’immeuble, est au final une fuite en avant pour retrouver celle qu’il aime. Fuite dans les escaliers, dans les pièces investies par des assaillants qui le poursuivent, qui grognent et bavent, fuite pour chercher des cachettes dans des placards, des greniers. La dynamique du film d’horreur conduit alors Michael dans des espaces réduits, clos, mais c’est surtout parce que sans sa belle, sa vie se referme sur elle-même, dans la solitude de son désespoir. Il monte se cacher dans le grenier, ensuite sur le toit (affiche allemande ci-dessus), mais curieusement, ce n’est pas une respiration qu’il trouvera là haut, mais le spectacle d’une ville qui fume au loin, et lui nous reste de dos à l’image, pauvre silhouette dégarnie.

La cour intérieure de l’immeuble: un espace qu’il faut protéger des invasions

La retrouvera-t-il ? Sa quête personnelle aura-t-elle finalement un sens ? Sans dévoiler la fin du film, on peut dire qu’entre la vie et la mort, entre l’espoir et le désespoir, le film le conduira, et nous avec, vers une sensibilité romantique joliment filmée, dans la cour intérieure de l’immeuble, aux murs blafards et déprimants. Avec des plans sobres et délicats, une image aux superbes couleurs froides, à la froideur esthétisée, ce film nous entraîne dans une histoire d’amour glacée et d’un grand cynisme.

Ce film est, vous l’aurez compris, très loin des grosses machines bourrines qu’on peut aimer par ailleurs. La violence de certaines scènes va servir une violence psychologique qui accompagne l’état d’esprit du personnage principal. Les zombies sont des petites touches naturalistes dans notre vie quotidienne saupoudrée de moments d’angoisse et de doute. C’est, à mon humble avis, un très beau moment de cinéma tout court avant d’être un sympathique film de genre décalé.

 

Bande Annonce

 

note9

Osons mettre de bonnes notes aux bons films ! Voilà !

 

 

Auteur

salut à tous je suis enseignant, j'ai 42 ans - marié, 2 enfants passionné de films fantastiques et d'horreur depuis que j'ai vu Shining qui a agi comme un révélateur puis la série des Freddy, puis les Romero, Argento... par ailleurs passionné de peinture (cf mon site)

Articles relatifs

7 Commentaires

  1. Nous avons déjà évoqué le sujet de Berlin undead en novembre 2011 lors de sa sortie en vidéo, les avis étaient partagés, même avec une analyse plus pointue, je n’adhère que difficilement au produit, à la rigueur une diffusion furtive sur la tnt pourrait s’avérer suffisant à mon avis car payer 1 blu ray guère plus long qu’un épisode de desperate housewives c’est peu attrayant.

  2. Oui tu as raison, la durée est hybride, mais au prix de la boutique en ligne Mad movies, à 5.50 euros le DVd il faut admettre que c’est tout à fait jouable.
    Et puis tout simplement je suis vraiment fan de ce petit film d’ambiance, j’aime beaucoup cette froideur générale, ce bâtiment sordide, cette cour intérieure vite devenue un dépotoir. Et ce personnage central tellement insignifiant qu’il en est vraiment un anti-héros. Bon je suis le seul défenseur de ce petit film… :lol:

    • Non non tu n’es pas seul Marc, j’ai beaucoup aimé ce film, il est vrai que le durée est un peu bâtarde.
      Au niveau scénario et réalisation je le trouve mieux que certain films de zombies récents.
      + 1 Marc

  3. Salut à tous. Perso, j’ai adoré ce film et son anti héros abolu. C’est un film que j’ai trouvé très “tendre” ( oui, ça fait bizarre pour du zombie ) et très bien réalisé.

    Et l’acteur principal est juste excellent.

    Boujou

  4. C’est fou, je ne l’ai pas encore vu mais je trouve qu’il ressemble à THE SIGNAL. Vous ne trouvez pas?

  5. Pingback: La nuit a dévoré le monde

  6. J’ai également beaucoup aimé ce modeste film ! Pas un grand budget mais de bonnes idées et une bonne réalisation pour contre-balancer. Le point le plus négatif que j’ai pu y trouver (mis à part la durée un peu “bâtarde”) est le doublage en Français qui est juste abominable (inhérent au budget je suppose). Une chouette découverte, merci :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*