Films Vidéos — 15 octobre 2011
Cannibal Holocaust en haute définition


Réalisateur :
Ruggero Deodato
Durée : 92 min
Date de réalisation :
1979
Éditeur :
Opening
Date de sortie : 18 octobre 2011
Support :
Coffret 2 DVD ou Blu-Ray
Genre : Horreur, cannibalisme
Région :
zone 2
Langues : Française, italienne, anglaise ; sous-titrage français
Format : 1.85 – 16/9 compatible 4/3
Nationalité : Italo-colombienne
Public : Interdit au moins de 18 ans

Cannibal Holocaust en version haute définition réalisée par Ruggero Deodato lui-même.

Image de prévisualisation YouTube

Bonus du dvd et du blu-ray

Cannibal Holocaust, le documentaire (60 min)
Conférence de presse de Rugerro Deodato
Interview de Julien Sévéon, journaliste, critique et auteur (12 min)
Bandes annonces

L’équipe de tournage disparue.

Synopsis (dossier de presse)

Quatre reporters disparaissent mystérieusement dans une région reculée d’Amérique du Sud après être entrés en contact avec une tribu cannibale. Une équipe part à leur recherche et découvre les images qui ont été tournées. Les images contiennent le terrible secret de leur disparition.

Le professeur Monroe et le guide-explorateur Chaco.

Personnages principaux

Carl Gabriel Yorke est Alan Yates : réalisateur films de guerre Vietnam et Liban
Francesca Ciardi est Faye Daniels : sa compagne et scripte
Perry Pirkanen est Jack Anders : caméraman et ami du couple
Luca Barbareschi est Mark Tomaso : idem
Robert Kerman est le professeur Monroe : anthropologiste
Salvatore Basile est Chaco Losojos : guide de Monroe

Monroe et Chaco reçus au village des indiens Yacumos.

Réalisation/Production

Deodato a appris le métier de réalisateur avec Rossellini, dans les grands studios italiens. Il réalise ses premiers films dans les années 60. Si en 1976 il en réalise un très violent Live like a cop, die like a man, en 1977 il tourne Le dernier monde cannibale. Le genre du film de cannibales est un vivier pour les réalisateurs italiens des années 70 à 80. Le cannibalisme a donné naissance à un sous-genre du cinéma d’horreur. Sous un prétexte vaguement ethnologique, quelques films exotiques inspirés initialement par le film Mondo Cane, décrivent ainsi les pires atrocités perpétrées par des humains.

Avec Cannibal Holocaust, Deodato fait très fort puisqu’il décide d’aller filmer à Leticia, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Dans le film, ce dernier poste avancé de l’Amazonie, véritable jungle et plaque tournante de trafics de drogues, est appelé Rio Ocoro et ne peut être joint qu’à pied.

Le réalisateur va même s’assurer du mystère autour de son film en faisant signer à ses acteurs débutants – recrutés à l’Actor’s Studio de New York en respectant les quotas anglophones et italiens imposés par la production, c’est leur 1er film – un contrat stipulant qu’ils acceptent de disparaître de la vie active pendant un an. Ça va fonctionner mieux que prévu puisqu’un juge va saisir le film à Milan. En effet la rumeur courait qu’il aurait réellement tué les quatre jeunes. Il a dû appeler un de ces acteurs afin qu’il réunisse les autres. Deodato fut finalement condamné à 4 mois de prison avec sursis (cassation 3 ans plus tard, permettant la libération du film) et à une amende de 400K lires (200 K€) pour maltraitance d’animaux.

Faye à la merci des indiens Yamamomos.

Censure

Et c’est bien le cœur du problème. Car le film comporte des scènes de massacres d’animaux. Rat musqué égorgé, petit sanglier abattu d’une balle de fusil (au menu de l’équipe de tournage le soir-même, pour l’anecdote), une tortue totalement démembrée vivante et éviscérée, un petit singe au crâne décalotté à la machette pour en manger la cervelle chaude… On n’est effectivement pas épargnés de ce côté-là. Et le souci c’est qu’à l’époque, les droits des animaux sont encore peu appliqués, les mises à mort sont donc réelles, non simulées. Leurs images se mélangent avec les maquillages d’effets spéciaux habiles à nous faire croire aux pires supplices sur des humains. Je ne vous en ferai pas la liste ici, je laisse les plus courageux se les infliger, je m’en voudrais de vous spoiler. De nombreuses scènes violentes sont interprétées par leurs spectateurs comme étant des cérémonies religieuses, souvent sexuelles, comme des rites sacrés de punition d’adultère.

Une découverte macabre – le supplice du pal.
Pour l’anecdote, j’ai vu cette photo à 17 ans et elle m’avait beaucoup impressionnée, notamment ma rétine. C’est le symbole du film, souvent repris et intégré aux images d’exploitation (affiches) du film.

Cinéma vérité

Cette façon de tourner, si les bonus nous orientent vers le motif du simple plaisir sadique de Deodato de montrer des choses choquantes, est d’ordinaire analysé par les théoriciens cinéphiles comme un genre particulier appelé Cinéma Vérité ou Cinéma Direct. Le mot-clef est la spontanéité. Aussi dans un souci de réalisme, on préfèrera tourner caméra à l’épaule. Cannibal Holocaust est un véritable documenteur car film dans le film, une mise en abîme permise par la connotation snuff movie. La guerre des USA au Vietnam a révolutionné (sic !) les informations filmées à chaud grâce à l’invention de caméras plus légères, plus maniables. Scorcese dénonçait déjà dans The Big Shave une certaine accoutumance de la société occidentale à la violence mise à nu. Le documenteur vient prendre à contre-pied la propagande et la démagogie inhérentes pendant des dizaines d’années aux documentaires classiques, voire institutionnels.

Pourquoi pouvons-nous découvrir les images de « L’Enfer Vert », le documentaire initial des disparus ? Un texte de fin de film nous apprend (d’ailleurs en italien non traduit) : « Le projectionniste Billy K. Kirov a été condamné à deux mois de prison en conditionnelle et à payer une amende de 10K dollars pour vol de matériel cinématographique. Nous savons que les rushes en ont rapporté 250K. » Cela indique donc que les images ont été volées puis diffusées ou rendues publiques. Habile.

Il faut souligner le talent du compositeur de musique de film italien Riz Ortolani pour la création d’un thème musical récurrent qui reste longtemps en tête.

Indien Shamatari dépeçant une jeune indienne Yamamomos capturée et tuée.

Avis

Je vous parle cinéma mais je n’en oublie pas moins ce qu’est Cannibal Holocaust. Il aurait influencé le film Blair Witch Project (dont il partage le plan). Un terrible film de cannibales (je n’en ai pas vu watmille donc je n’ai pas vraiment de point de comparaison, ceci dit) aux images violentes frontales, qui combleront les plus bas instincts voyeuristes. La dimension sexuelle va bien au-delà des viols présents dans le film, renforçant davantage si tant est qu’il en soit encore possible, le malaise.

Le personnage de Monroe, l’anthropologiste, permet un peu de morale, de compassion et d’humanisme désintéressés. Car les bobines du film documentaire retrouvées par son équipe chez les indiens Yacumos, sont rapportées à ses producteurs, au siège de la chaîne de télévision commanditaire. Eux, cyniques et opportunistes, vont tenter de faire un montage des images non détériorées ou restaurées. On en découvre le contenu lors d’une projection test effectuée pour les dirigeants afin d’appuyer son refus de cautionner les actions commises et subies par l’équipe disparue. Les horreurs se suivent, scandées régulièrement par un « Tu tournes ?!? » hystérique du personnage d’Alan Yates (le réalisateur mort). Ce n’est pas sans rappeler le point de vue plus récent de Diary of the Dead de papy Romero. Oui car on peut largement donner à Cannibal Holocaust un subtexte cynique qui dénonce déjà à l’époque l’avidité des médias et le sentiment de supériorité de l’occidental blanc et surtout mâle. C’est la dénonciation de la violence, du viol, du meurtre, de la torture, qu’il faut retenir de ce film. Même s’il se complait dedans. D’ailleurs l’édition d’Opening (la sortie de Zombie of Mass Destruction, c’est eux), avec son « le film le plus controversé de l’histoire du cinéma » et sa jaquette racoleuse ne détonnent pas.

Je vous laisse découvrir ce film si vous le souhaitez avec la phrase de fin de film de Monroe :
« Est-ce qu’il est nécessaire de montrer aux hommes l’enfer pour qu’ils croient un peu en leur bonheur ? »

Pour se le procurer.

note8

Auteur

Bonne proto-geekette mais piètre survivante, j'ai néanmoins fait mien l'adage : "Un bon zombie est un zombie mort. Deux fois."

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3 Commentaires

  1. J’en avais déjà entendu parler, mais je ne l’ai jamais vu.
    Je ne suis pas fan de ce style de film et si tel est comme décrit dans la critique, je ne le visionnerai sans doute jamais.
    Les tortures gratuites des animaux et leur mise à mort, très peu pour moi.
    Mais bon, comme on dit il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis…je pense rester un imbécile tout de même :cool:
    Heuu question, il y a t-il quelques références aux zombies ou autres morts-vivant dans ce film ?

  2. C’est vrai que c’est carrément HS mais faut dire que c’est un monument de l’horreur qui a bouleversé tous ceux qui l’ont vu et je suis étonné/ravi d’apprendre la sortie HD.

    Faut dire que je l’ai vu comme beaucoup dans une qualité méga pourrie et j’imagine pas l’effet qu’il procurera aux petits nouveaux qui auront la chance de le voir en HD.

    Rho la scène de la tortue me dégoute et m’attriste toujours autant quand j’y pense. :razz: Bon mais maintenant que le mal est fait et que notre cinéma de genre ne torture plus les animaux, on peut se le mater tranquillement ! Faut l’avoir vu !

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