CMS – À l’aube d’un réveil – Partie 2

chronique d une mort en sursie de Marcus Donnam illustré par Julien Caulier ZombiesWorldiennes et Zombiesworldiens,

J’ai le plaisir de publier la suite de Les Chroniques d’une mort en sursis, écrit par Marcus Donnam et Mélanie Paziault, illustré par Julien Caulier ! N’hésitez pas à liker le Groupe Facebook Officiel, et à nous faire vos retours !

Dans cet article :

Les chroniques d’une mort en sursis – Tome 1 : EXODE
À l’Aube d’un réveil – Partie 2

 

 

Lundi 10 décembre 2012

Dijon : Petit studio encombré, 2h00 du matin

 

« Le vrai génie réside dans l’aptitude à évaluer l’incertain, le hasardeux, les informations conflictuelles. » Winston Churchill

 

Un véritable arsenal informatique produisait une chaleur étouffante dans l’unique petite pièce exiguë du studio. Les cinq écrans 21 pouces diffusaient une lumière insipide sur le monstrueux désordre qui régnait sur les lieux. Des vêtements dont la propreté était des plus douteuses s’amassaient en tas, ça et là, éparpillés à même le sol ou lamentablement suspendus aux différents câbles de connexion s’entrecroisant. Du matériel électronique, de l’encombrante carte mère à la plus petite résistance, était abandonné sur la moquette délavée et tâchée. Des cartons de pizza dégoulinant de graisse trainaient près de l’évier, clou du spectacle, qui vomissait un flot de vaisselle sale stagnant dans l’eau crasseuse. Une odeur insoutenable de rance et de pourriture flottait dans l’air, résultat de la négligence du résident et de la chaleur du lieu.

 neo chroniques d une mort en sursis julien caulier

Avachi sur son fauteuil en cuir noir, s’appuyant sur ses accoudoirs craquelés, un homme s’affairait avec ardeur sur l’un de ses claviers ayant subi les assauts de brûlantes cigarettes. Vêtu d’un simple caleçon blanc à rayures, sa proéminente bedaine était apparente, bien qu’un peu à l’étroit et débordait largement sur les côtés. Thomas faisait partie de la catégorie des “hackers”. Il endossait toutes les caractéristiques du rôle et ce de façon magistrale, si bien qu’on aurait pu penser à une grotesque caricature. L’unique activité sportive qu’il pratiquait était selon lui “l’e-sport” où incontestablement il excellait. Cette discipline n’avait visiblement aucun impact sur son physique comme sur sa vie sociale, puisque loup solitaire, il était devenu un marginal des plus endurcis. Son style de vie lui convenait parfaitement, aussi critiquable puisse-t-il être et il ne comptait le changer pour rien au monde. Le monde physique l’importait peu, puisque il évoluait et s’épanouissait au sein de son univers virtuel où il s’engouffrait durant des jours entiers sans modération, oubliant totalement reste. Il négligeait sa propre existence au profit de son personnage fictif auquel il s’identifiait sans vergogne : Neo. Connu sous ce nom d’emprunt, il était considéré comme un génie de l’informatique. Plus rien n’avait de secret pour lui et il pouvait infiltrer à sa guise tous les systèmes de sécurité, les contrôler ou balancer un petit virus de sa conception pour les planter un à un.

 

Neo n’avait pourtant pas l’âme d’un destructeur, au contraire. Il se scandalisait de la censure de l’information et œuvrait à rétablir la vérité quel qu’en soit le risque. Sa vérité. Militant pour la libre circulation de l’information et pour l’accès gratuit à la culture, ses cibles étaient par conséquent des documents confidentiels de tout type. Il les interceptait quotidiennement et les mettait à disposition de millions d’internautes, accompagnés au passage des derniers films et tubes piratés, petit bonus non négligeables. Il était pour beaucoup une légende virtuelle et une référence. Le détenteur du savoir.

 

Neo venait de perdre contact avec une cinquantaine de ses sources “alliées”. Depuis plus de 48 heures, il y avait un blackout total sur les zones sinistrées, présentées inlassablement par les flashs spéciaux télévisés. Il lui était impossible d’entrer en communication avec quiconque présent sur les lieux. Comme si un obscur inconnu, d’un simple geste avait éteint la lumière, plongeant ainsi des villes entières à l’âge de pierre. Même lui ne parvenait pas à en savoir d’avantage, ce qui augmentait considérablement sa frustration. Pour couronner le tout, un système de haute sécurité lui donnait du fil à retordre depuis quelques jours. Il lui refusait de manière systématique l’accès, quoi qu’il entreprenne. Même les plans les plus élaborés qu’il eut jamais réalisés auparavant n’aboutissaient à rien. Le gouvernement Américain avait décidément posé sa marque sur cette affaire. Estampille invisible pour la majorité, mais pour Neo, elle clignotait tel un panneau d’avertissement : “Bigbrother”. Eux-seuls pouvaient organiser et contrôler ce genre de situation sans que rien ne transparaisse. L’enjeu était donc pour lui d’autant plus important et il était primordial de faire éclater la vérité au grand jour. Tout le monde était en droit de savoir ce qu’ils cachaient aux yeux de tous.

Une mélodie qu’il connaissait par cœur retentit soudain : un email avec pièce jointe en provenance du Sorcier venait d’arriver dans sa boîte de réception. Une des sources dont il était privé depuis le début des hostilités avait apparemment réussi à passer outres les restrictions de communication et à le contacter.

 

Thomas ingurgita d’une traite le reste d’une cannette de boisson énergisante, ouverte depuis dieu sait combien de temps et la jeta négligemment avec les autres, sur une pile de cadavres improvisée au pied de son bureau. Sa curiosité piquée à vif, il ne fit même pas attention à l’ignoble goût qui venait d’envahir sa bouche. Il voulait être le premier à lire la nouvelle qui pourrait peut-être bouleverser le cours de l’information. Le premier à scander la vérité à quiconque voudrait bien l’entendre.

 email sorcier chroniques d une mort en sursis melanie paziault

 

Besançon : Centre du Sang, 6h30 du matin :

« Le sommeil est le frère jumeau de la mort. » 
Homère

 

Comme tous les jours de la semaine, Alain prenait son service à 6h30 en tant que cadre au Centre du Sang de l’Hôpital Central de Besançon, une unité de traitement du plasma sanguin destiné à la transfusion. Selon un protocole rigoureux, ils collectaient le sang des donneurs, le préparaient pour y pratiquer diverses analyses avant de le redistribuer à travers les différents services hospitaliers. Besançon constituait le troisième pôle santé de France et interagissait avec la quasi-totalité des établissements de soins du territoire.

Le rôle d’Alain était d’inventorier les différents types de sang et de les comptabiliser. Une action répétitive, mais primordiale. Les demandes étaient nombreuses, sans compter les fameux jours noirs durant lesquels le nombre d’accidents explosait, entraînant d’énormes commandes.

Malgré ces conditions stressantes, Alain aimait son travail. Ses vingt années d’expérience lui avaient appris à vivre avec une lourde responsabilité sur les épaules, qu’il ne pouvait en aucun cas déléguer. Même si le moindre faux-pas pouvait facilement conduire à une ou plusieurs morts, il s’y était pourtant accommodé.

À l’instant où Alain ouvrit la porte de son bureau, le téléphone de service retentit. Surpris par cette coïncidence, Alain se figea quelques secondes en face du terminal blanc aseptisé. Une nouvelle sonnerie le sortie de son mutisme et d’un geste souple il actionna le bouton d’appel pour décrocher en mode “haut-parleur”.

 

Alain chroniques d une mort en sursis julien caulier

« – Alain Cholet, j’écoute.», annonça-t-il d’un ton assuré.

 

Une voix sèche se fit entendre :

« – Franck Michard, directeur de Cabinet du Ministère de la Santé. »

 

Un silence fit place. Interloqué, Alain avait du mal à saisir pourquoi une personne si haut gradée se donnait la peine de le contacter de si bon matin. N’ayant aucune réaction, le directeur enchaîna :

« – Mon appel est de la plus haute importance. Pour votre information, depuis 6h35 – heure locale, vous êtes placé sous notre autorité directe. Vous devez donc désormais suivre nos instructions à la lettre. »

 

Alain savait qu’il pouvait recevoir ce genre d’ordre en cas de crise ou d’exercice. Il se contenta d’acquiescer :

« - Oui, monsieur. »

 

N’écoutant même pas la réponse de son interlocuteur, il reprit :

« – Retirez immédiatement toutes vos poches de transfusion et mettez-les sous scellés. Elles ne doivent en aucun cas être utilisées. L’Institut de Virologie Français vient de faire une découverte des plus inquiétantes. Certains tests effectués ont révélé une contamination de l’ensemble de vos échantillons expédiés le 28 novembre pour contrôle. Ce virus ne peut pas être détecté par les examens classiques des centres de dons et nous l’avons découvert par le plus grand des hasards. Nous n’avons que très peu d’éléments pour le moment, mais si par malheur, il se révélait hautement contagieux nous devrions faire face à une catastrophe sanitaire conséquente. »

 

Alain n’était pas en mesure d’évaluer la situation, un trop grand nombre de données manquait. Néanmoins, en cet instant, son corps était tendu comme un arc et toute son attention était portée sur les dires du directeur.

« – Nous devons rapidement pratiquer des tests sur les patients ayant déjà été transfusés. Vous ne disposez pas des compétences nécessaires pour les réaliser, c’est pourquoi une équipe d’experts a d’ores et déjà été envoyée, et sera sur place d’ici 45 minutes. Il est évident que vous vous devez d’être totalement coopératif. Mettez à leur disposition tout le personnel et le matériel nécessaires. Suis-je bien clair ? »

 

Même si cette procédure restait standard dans le cas d’échantillons contaminés, l’unité d’Alain serait figée pendant plusieurs heures et ne serait plus en mesure d’exercer son rôle de fournisseur. Des pertes humaines étaient à prévoir. Cette pensée eu pour effet de faire se crisper ses mâchoires et ses phalanges blanchirent d’un coup, ses poings violemment serrés.

« – Mesurez-vous réellement les conséquences de votre protocole ? Si vous nous retirez notre stock de sang, nous ne sommes plus en mesure d’effectuer de nouvelles transfusions. Un hôpital comme celui-ci en nécessite trois mille par semaine, soit une centaine par jour. Vous me demandez donc de fermer la totalité des services de soins et d’interrompre toutes les opérations programmées. Pouvez-vous me confirmer cet ordre, monsieur le directeur ? »

 

Alain ne remettait absolument pas en cause les instructions qu’il venait de recevoir, mais il tenait à s’assurer que ce bureaucrate mesurait bien les conséquences de ces propos. Le directeur déclara froidement :

« – Sans identification formelle du virus, aucune perfusion sanguine ne sera pratiquée. Aucune exception ne sera tolérée. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Déclenchez immédiatement le Plan SOMMEIL. Et que ce soit bien clair, ceci est un ordre. »

 

Alain, malgré la panique qui s’insinuait lentement dans chaque parcelle de son corps, fournit une réponse pragmatique :

« – Nous appliquerons vos consignes à la lettre, soyez-en sûr. Néanmoins, sommes-nous autorisés à lancer en parallèle une campagne de don d’urgence ? Une fois l’alerte levée nous devrons faire face à une explosion des demandes. Nous devons absolument être…

 

Il fut délibérément interrompu par son supérieur hiérarchique :

« – Vous ne semblez pas saisir la gravité de la situation. Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Nous enregistrons à l’heure actuelle, des contaminations similaires dans tous les centres du sang et ce à l’échelle internationale. Une alerte planétaire. Je reprendrai contact avec le responsable de l’équipe mobilisée sur votre secteur dès son arrivée dans vos locaux. Placez immédiatement en quarantaine tous les patients ayant déjà subi une intervention de plasma sanguin. Pour ceux déjà lâchés dans la nature, une équipe dédiée se chargera de les contacter. Le pronostic de nos chercheurs n’augure rien de bon sur les risques de contagion, nous mettons donc en place un protocole de niveau 3. Je compte sur votre discrétion, un vent de panique ne nous faciliterait pas la tâche. »

 

Le bip caractéristique du terminal lui indiqua qu’il était de nouveau seul. Son cœur cognait violemment contre sa cage thoracique, comme s’il tentait de s’en extirper par la force. Il sentait ses veines marteler son crâne et son cou. Alain ne s’était pas rendu compte qu’il retenait sa respiration depuis déjà plusieurs longues secondes et que son corps lui hurlait son besoin en oxygène. Il prit avidement une longue bouffée d’air frais, puis après plusieurs profondes inspirations retrouva progressivement son souffle. Un peu calmé, il ressentit un frisson glacial rouler le long de son échine et venir s’écraser sur sa nuque en des milliards de picotements électriques. La peur montait en lui, comme l’eau d’un navire sombrant dans les abysses océaniques. Puissante, pénétrante, logeant au plus profond de ses entrailles. Alain luttait pour garder la tête hors de l’eau, pour ne pas se laisser engloutir. Reprenant peu à peu la maîtrise de ses émotions, il s’aperçut qu’il était toujours debout et vêtu de son manteau. Le teint pâle, le visage grave, il s’installa et pressa une nouvelle touche de son terminal. Une voix se fit entendre.

 

« – Oui monsieur ?

- Hélène, nous venons de passer en phase d’alerte niveau 3. Le Plan SOMMEIL vient d’être lancé par le Ministère de la Santé. Même si vous savez pertinemment ce qu’il vous reste à faire, je suis officiellement obligé de vous récapituler la marche à suivre… »

 

Tandis qu’il énumérait les détails et consignes de chaque étape, il passait machinalement sa main dans ses cheveux. Il tentait du mieux qu’il pouvait de ne pas laisser transparaître la panique sourde qui s’installait en lui. Sous le choc, son interlocutrice répondit d’un ton hésitant.

 

« – Mais monsieur ? Comment allons-nous faire ? Qu’est-ce qui se passe ? Nos patients ! Les urgences ! C’est impossible ! Dites-moi que c’est une blague ! »

 

Son angoisse était plus que justifiée. Alain savait en tout état de cause que le centre de Besançon comportait plus de huit cent soixante lits et qu’une vingtaine de services allaient être tout bonnement arrêtés. Il tenta cependant de la calmer. Il fallait absolument que le personnel médical garde la tête froide, pour être prêt quelque soit la situation et aussi désastreuse soit elle. Alain avait besoin de ces équipes.

 

« – Reprenez-vous Hélène, ce n’est pas le moment d’avoir des états d’âme ! Nous pleurerons nos morts après. En attendant, il est primordial de suivre chaque instruction avec la plus grande rigueur. Commencez par contacter le pôle Cœur-Poumons, puis prévenez le service des urgences médicales et chirurgicales. Informez également l’accueil de l’arrivée imminente d’un groupe d’intervention. Faites-leur préparer des badges pour leur donner un accès complet au bâtiment. Nous n’avons plus une minute à perdre, chaque seconde est précieuse !»

 

Il termina brusquement la conversation en raccrochant le combiné d’un geste ferme. L’ordre étant transmis, sa peur et sa colère furent d’un coup balayées, laissant une immense lassitude prendre place. Il était épuisé, coquille vide sans saveur, telle une pierre inlassablement façonnée et ballotée au gré des vagues, esclave de son destin.

 

Alain soupira profondément. Depuis plusieurs minutes il fixait intensément le deuxième tiroir métallisé de son bureau, luttant intérieurement contre la petite voix perfide de son cerveau. Il posa sa main sur la poignée pendant quelques secondes et finit par l’ouvrir.

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Le tiroir béant, il contempla une vieille bouteille de whisky poussiéreuse, calée contre une pile de vieux dossiers. Depuis douze années, il n’avait pas senti une seule goutte d’alcool lui brûler la langue. Douze longues années. Il l’avait laissée là, volontairement, tel un trophée de sa victoire passée sur la maladie. Ancien alcoolique, cela pouvait être perçu au premier abord comme de l’inconscience, mais pour lui c’était une manière de conserver un peu d’estime de soi. Une piqûre de rappel qui lui remémorait la difficulté endurée, la force de sa volonté, mais aussi la seconde chance qu’il s’accordait.

 

Ses mains tremblaient.

« – Un pur malt vingt ans d’âge… »

Il imagina le liquide onctueux d’une qualité exceptionnelle, à la fois sucré et fumé, macérer sur sa langue et glisser sur les parois de son œsophage, réchauffant et dilatant chaque parcelle de son corps.

« - Il va falloir être à la hauteur. Allez, tiens le coup vieux, ne bousille pas tout. Pas encore. Pour vous mes amours… Pour toi Fabienne… »

Il ne devait en aucun cas céder. Il s’était totalement purifié de ce “poison” qui lui collait à la peau et ne pouvait pas se permettre de rechuter.

« - Non, pas aujourd’hui. L’heure n’est pas encore arrivée… »

 

Il referma doucement le casier pendant que des images de formation du Plan Sommeil défilaient comme des diaporamas au fond de son cerveau.

Il devait désormais aller au contact de ses différentes équipes pour leur apporter son soutien. Il prit une profonde inspiration et tenta de reprendre contenance : « Tout va bien se passer ». Il se redressa, enfila sa blouse blanche et son visage confiant de superviseur puis sortit de son bureau pour tenter de mettre un peu d’ordre dans la monstrueuse zizanie qui s’amoncelait dans le ciel, tels des nuages noirs oppressants…

 

Co-écrit par : Marcus Donnam et Mélanie Paziault

Illustré par : Julien Caulier

Auteur

Admin

.................................... Fondatrice de Zombies World .................................. Armes préférées : la tronçonneuse qui tâche et la cuvette des toilettes !

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3 Commentaires

  1. Vivement la suite dans 1 mois!! L’histoire est lancée, je suis impatiente.

  2. encore !!!

  3. Pareil pour moi !

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