CMS – A l’aube d’un réveil

chronique d une mort en sursie de Marcus Donnam illustré par Julien Caulier ZombiesWorldiennes et Zombiesworldiens,

J’ai le plaisir de publier la suite de Les Chroniques d’une mort en sursis, co-écrit par Marcus Donnam et Mélanie Paziault et illustré par Julien Caulier ! Que ce soit Marcus qui nous fait découvrir les premiers personnages ou Julien, avec ses dessins alléchants, vous allez vous régaler !

Dans cet article :

Les chroniques d’une mort en sursis – Tome 1 : EXODE
À l’Aube d’un réveil

 

 

Dimanche 9 Décembre 2012

France : Besançon rue de Belfort, quartier des Chaprais 11h50


‘’ La misère a cela de bon qu’elle supprime la crainte des voleurs.’’ - Alphonse Allais.

 

Une voiture stationnait devant un bar-tabac. Le moteur était coupé et de la condensation perlait sur les fenêtres obstruant la vue. Personne ne pouvait imaginer ce qui se tramait à l’intérieur. À son bord, trois individus attendaient la fermeture de l’établissement aux alentours de midi. Ils avaient prévu de le cambrioler. Le patron étant un homme âgé, il serait à leur merci une fois le bar vidé de sa clientèle. Il fallait juste être patient… quelques minutes…

 

Le plus âgé se nommait Babas et était à la tête de ce trio malveillant. Une cicatrice lui barrait l’arcade sourcilière et accentuait son regard perfide. Avachi sur le siège passager, tandis qu’il fumait un joint pour se vider l’esprit, il énumérait avec fierté ses nombreux démêlés avec la justice. Il aimait jouer les bandits de grand chemin, ça lui donnait l’impression d’avoir de l’importance. Babas passait le plus clair de son temps à enfreindre la loi, vivant de ses forfaits. Tout juste sorti de prison, il se vantait déjà d’y avoir passé un séjour des plus attrayants. Grâce à une remise de peine pour bonne conduite, il put bénéficier d’une liberté conditionnelle anticipée,  qui ne l’empêcha aucunement de reprendre son petit « business » là où il l’avait laissé. Accusant avec un culot démesuré le système d’être responsable de sa situation, il était convaincu qu’il n’avait pas le choix. Il ne pouvait faire que ça, pour s’en sortir. Il devait œuvrer ainsi et n’imaginait pas sa vie différemment.

Babas ne se séparait jamais de son ami d’enfance Gros-Jo. Ensemble, ils avaient gravi les échelons de la délinquance. Ils considéraient leur cité comme un territoire qu’ils s’étaient appropriés et n’hésitaient pas à tabasser quiconque se dressait sur leur passage. Gros-Jo était un homme au gabarit imposant et l’habitacle de la berline était trop étroit pour sa corpulence. Étalé sur la banquette arrière, occupant toute la place, il regardait sans cesse sa montre, impatient de passer à l’acte. Il ne décrochait pas un mot. Concentré tel le sportif accroupi sur la ligne de départ qui attend le signal pour s’élancer. Un rictus sadique creusait ses joues barbues et lui donnait un air mauvais. Sa carrure imposante intimidait tous ses rivaux et lui offrait une aisance à prendre le dessus lors de rixes.

Assis à la place du conducteur, Akim, le plus jeune des trois, était tout juste âgé de 18 ans. Son allure avenante inspirait confiance. Il avait l’avenir devant lui mais il avait choisi une autre voie, celle du larcin et du mépris. Petit malfrat connu des services de police, il n’était qu’un gamin sans intérêt pour ses acolytes. Guidé par son impudence, c’était pour lui l’occasion rêvée de jouer dans la cour des grands et ainsi faire ses preuves. Il n’avait pas beaucoup d’expérience, mais il y avait un début à tout… Il s’apprêtait à réaliser son premier vol à main armée et son stress était de circonstance. Il ne pouvait s’empêcher de regarder son pistolet sous toutes les coutures. Un CZ.75 automatique 9mm. Une arme tchèque particulièrement efficace, utilisée par de nombreux services de police à travers le monde. Le reflet de sa crosse noire et de son canon argenté le rappelait à ses souvenirs. Lorsqu’il était enfant, il jouait aux flics et aux voyous avec ses copains dans le quartier Bregille. Maintenant, beaucoup de choses avaient changé. Désormais, il avait grandi et avait troqué son jouet en plastique contre une arme en métal. Il était en quête de sensations de plus en plus fortes.

Babas confia le joint à Gros-Jo, dévisagea Akim et lui lança un sourire narquois.

« - T’es trop jeune pour ce genre de trucs, va falloir que tu assures ! »

Gros-Jo tira une bouffée de fumée et la recracha tout en toussotant. La remarque de Babas l’amusait et le fit  pouffer de rire. Il était contre l’idée d’amener des ‘’bleus en virée’’, comme il avait l’habitude de dire.

Les trois derniers clients passèrent le pas de la porte, il était temps de passer à l’acte. Gros-Jo sortit le fusil à canon scié dissimulé sous une couverture délavée. Babas prit une arme à son tour, un revolver à six coups. Il s’adressa une dernière fois à ses complices, pour s’assurer que tout se déroulerait comme prévu.

« – Bon z’avez compris ? Une fois tous les pochtrons partis, on met les cagoules, on rentre vite fait dans le bar avec nos flingues et on crie ‘’Les mains en l’air !’’ en le faisant bien flipper. Il nous restera plus qu’à nous servir… Akim tu resteras à mes cotés et surtout ne dis rien. Contente-toi de le braquer avec ton joujou. Gros-Jo avec ton fusil, tu couvres l’entrée et tu t’assures que personne n’ait envie de nous tenir compagnie. Moi je m’occupe du vieux, je vais le faire pisser dans son froc. Si papy fait de la résistance je le descends direct. »

Les deux autres se contentèrent de hocher la tète comme des pantins sans conviction. Ils étaient prêts.

chronique d une mort en sursis sortie voiture

La simplicité de leur plan traduisait leur inconscience. Après s’être assurés qu’il n’y avait aucun témoin, ils enfilèrent les cagoules afin de garantir leur anonymat. Ils ouvrèrent discrètement les portières du véhicule et descendirent comme si de rien n’était. Les trois hommes armés et cagoulés passèrent l’entrée d’un pas décidé et pénétrèrent dans le bar sans encombre. Gros-Jo se plaça devant la lourde porte en métal, qu’il maintint fermée à double tour au cas où des curieux s’approcheraient trop près. Il se mit à surveiller les alentours à travers le carreau de la porte situé à hauteur de visage. Akim et Babas faisaient face au bar derrière lequel se tenait le patron qui faisait ses comptes. C’était un homme chauve d’une soixantaine d’années, une barbe grisonnante couvrant une partie de son visage. Un ventre bedonnant soulevait sa chemise. Le comptoir masquait ses mains et le reste de son corps. Le patron leva les yeux. Surpris, il redressa subitement la tête puis ne bougea plus d’un poil. Babas s’adressa à lui avec mépris :

« - Hé ! Vieux con, les mains en l’air. Amène ton fric vite ! TOUT TON FRIC ! Et ne m’la fais pas à l’envers ou j’te bute aussi sec. »

Le vieil homme s’exécuta sans broncher et tenta une approche des plus courtoises et raisonnées afin de ne pas l’énerver.

« - Du calme jeune homme, vous savez bien que les bars ne rapportent plus rien de nos jours. C’est la crise, je suis aussi fauché que vous ! Ça ne vaut pas la peine de bousiller vos vies pour une poignée de fric.»

Persuadé de la fortune du patron, Babas haussa le ton et le menaça de plus belle. Jo demeurait statique devant l’entrée, tenant fermement son fusil. Akim lui était nerveux. Il était en sueur et étouffait sous sa cagoule en laine.  Il tenait en joue le patron avec son arme. Ses mains tremblaient et il avait du mal à pointer fixement sa cible. Babas passa derrière le comptoir, s’approcha du patron et lui donna un violent coup de poing dans le ventre. Le patron se plia en deux sous la douleur. Mais c’était un homme robuste, il en avait vu d’autres. Par dignité, il se redressa aussitôt, le visage impassible, pour faire face à son agresseur. Babas le regarda droit dans les yeux, et vociféra.

« - Écoute, on n’va pas tourner autour du pot pendant trois plombes. Donne-nous tout le pognon que tu as dans la caisse et bien sûr ouvre-nous ton coffre-fort. » 

Le patron répondit en bégayant :

« - Un…un…un  coffre-fort? Mais je…je… n’en ai pas. La recette de la matinée est de 102 euros. Je n’ai rien de plus. » Il rajouta : « Vous pouvez prendre cet argent, il est à vous. Et j’vous jure que je n’dirai rien si vous partez tout de suite. »

Babas était furieux et frappa de nouveau le patron.

« - Arrête d’te foutre de notre gueule ! T’asbien de la tune de côté ? Magne-toi le cul, mes potes et moi, on n’est pas du genre patient, tu vas bouffer du plomb. »

Gros-Jo s’activa autour de la porte, quelque chose venait de bouger dehors. Tandis qu’il tenait en respect le vieil homme, Babas fit signe à Akim de prendre le contenu de la caisse enregistreuse. Mais celui-ci resta de marbre,  sa conscience le rattrapait. Il avait pitié de leur victime. Le doigt crispé sur la détente, il ne sentait plus la pression de celle-ci. Contrairement à ses deux complices, il était novice en matière d’armes à feu. Il était différent d’eux. Bien qu’il fût devenu une personne peu recommandable, il ne voulait violenter personne. Voir Babas se défouler sur ce vieil homme sans défense le dégoûtait au plus haut point et le rendait incapable de bouger et d’obéir à ses ordres.

Babas hurla de colère :

« - Bordel, tu va faire ce que j’te dis, putain ! Vide-moi cette saloperie de tiroir-caisse. »

Soudain, Gros-Jo sursauta. Une sirène retentit à l’extérieur avertissant l’arrivée de la police.

« - Merde ! On a de la compagnie ! V’la les poulets ! Planquez-vous ! »

Plus tôt, le chef d’établissement avait eu le réflexe d’actionner le dispositif d’appel d’urgence caché derrière le comptoir. Suite à de nombreux vols et agressions, il avait pris la décision de sécuriser son commerce. Il était directement relié au commissariat le plus proche et équipé de vidéo-surveillance. Trop intéressés par l’appât du gain, ses agresseurs n’avaient même pas remarqué ce subterfuge. Tout ce que le patron avait à faire c’était de gagner du temps et de rester en vie.

Gros-Jo se mit en retrait et se dissimula derrière d’épais rideaux rouges. Il pouvait observer l’extérieur sans se faire repérer. Dans la rue, deux voitures de police barraient la route. Il pouvait distinguer six officiers qui se tenaient regroupés à couvert derrière leurs véhicules. Un peu plus loin, il apercevait l’avant d’un fourgon de la brigade d’intervention. Ils n’avaient rien vu venir… En moins d’une minute Akim, Babas et Gros-Jo avaient été pris au piège.

Babas, excédé, poussa violemment le patron qui bascula et heurta le bord du bar avant de s’effondrer à terre. Il prit l’argent dans le tiroir-caisse, (pas plus de 102 euros) et le fourra dans sa poche. Une somme dérisoire pour un tel crime. Gros-Jo braqua son fusil en direction de la rue : il était déterminé à en découdre avec les policiers. Akim, toujours immobile, perdait son sang-froid et tenait toujours maladroitement en joue le patron. Celui-ci, sonné par le choc, tentait tant bien que mal de se relever à l’aide d’une chaise renversée. Au bord du malaise, Akim n’avait plus aucun contrôle et vacilla.

Une forte détonation se fit entendre. Les nerfs d’Akim eurent raison de la sensibilité de la gâchette du CZ.75. Il ouvrit le feu contre sa volonté. Touché au cou, le patron s’écroula à terre. Il gisait au sol, une flaque de sang grandissait sous son corps. Il était mort, le coup lui avait été fatal. Akim se tenait droit, le bras tendu, sa main tremblait et serrait le pistolet toujours braqué sur sa victime. Le temps sembla se figer. Il ne réalisait pas ce qui venait de se produire et fixait avec stupeur le cadavre du patron.

 

chronique d une mort en sursis akim

 

Complètement abasourdi, Babas n’avait pas envisagé un seul instant qu’un tel incident pouvait se produire. Il ne se souciait guère du sort du patron mais il ne voulait pas être arrêté et reconduit en prison. Rien de plus. Conscient de l’intervention imminente des forces de l’ordre et pris de colère, il déversa un flot d’insultes sur Akim.

« ­­­­- Espèce d’abruti ! Mais qu’est-ce qui t’as pris ? T’es vraiment trop con ! Pourquoi t’as fait ça ? Qui t’as dit d’le butter ? À cause de toi, on est dans une sacrée merde ! On va faire comment pour se barrer d’ici maintenant ? »

 Akim prit conscience de son amateurisme sanguinaire et baissa le canon de l’arme vers le sol. Il tournait en rond, faisant les cent pas. Il commençait à perdre la tête. Le regard rempli de honte, il ne cessait de répéter :

« - Mon dieu qu’est que j’ai fait ? J’ai tué quelqu’un ! Non ! Putain NON ! »

Gros-Jo ne semblait pas affligé par la tournure des évènements. Le décès du patron ne le peinait même pas. Il n’attendait qu’une seule chose : se servir de son fusil et ‘’chasser du poulet’’. Son heure de gloire était enfin arrivée. Il manifesta un sarcasme inopportun :

« -T’nez-vous prêts !  Va falloir te resservir de ton flingue petit, tu les as énervés ! Ils n’ont pas l’air contents du tout ! »…

Les forces de l’ordre présentes sur place étaient dirigées par un commandant proche de la retraite, nommé Francis. Fumeur invétéré, on le voyait souvent allumer une cigarette en se servant du mégot encore brûlant de la précédente, terminée à grande bouffées. Il pouvait s’en fumer trois ou quatre d’affilées dans des moments difficiles comme celui-ci. Malgré son addiction, c’était un homme compétent et intègre. Durant toute sa carrière, il avait combattu le crime organisé avec rigueur. Il était estimé et respecté par toute son équipe. Francis se doutait de l’identité des trois lascars présents dans le bar : l’immatriculation de la voiture stationnée correspondait à celle d’Akim. Il ne lui était pas bien difficile de deviner qui était ses complices. Il avait eu l’occasion à plusieurs reprises de les interroger tous les trois lors de précédentes enquêtes. Il savait qu’il devait faire face à toute éventualité avec ce genre de gars. Un coup de feu venait de retentir dans toute la rue. Tous les agents présents sur place imaginaient le pire. Un silence de plomb s’abattit sur les policiers. Le central relié aux caméras de surveillance du bar les informa par message radio que le patron venait d’être froidement abattu. Le point de non-retour venait d’être franchi et Francis compris qu’il fallait agir maintenant. Il soupira, toussota, s’alluma une énième cigarette et aspira calmement une longue bouffée de sa drogue mortelle. Immergé dans une vague de fumée grise empestant le tabac, il brisa son mutisme.

« -Allez-y !»

Il ordonna à ses agents de pénétrer dans l’établissement pour arrêter les suspects. Francis donna la consigne de les « neutraliser » s’ils opposaient une quelconque résistance. Un groupe d’intervention cagoulé et armes aux poings se plaça devant l’entrée, prêt à intervenir. Parmi eux un véritable colosse ouvrait la marche, équipé d’un fusil automatique calibre 12 : une arme redoutable, un nettoyeur de rues.

 chronique d une mort en sursis fusil fond noir

L’un d’entre eux plaça une charge explosive à proximité de la porte afin de libérer la voix d’accès. Tous reculèrent de quelques pas pour maintenir une distance de sécurité raisonnable. 

« - Charge placée et amorcée, chacun à son poste, tenez-vous prêt ! »

L’explosion fit voler la porte en éclat avec grand fracas. En une fraction de seconde l’équipe d’intervention pénétra dans le commerce, sans la moindre opposition. Les six hommes scrutèrent les moindres recoins de l’établissement : il n’y avait pas âme qui vive. Le cadavre frais du patron trônait au milieu de la pièce, preuve intangible que ce lieu avait été le théâtre de violences. Des chaises avaient été renversées, des tables retournées, plus rien n’était à sa place. Le tiroir-caisse était grand ouvert et vidé de son contenu. Un des agents se pencha vers le corps inanimé et l’examina brièvement afin de confirmer son décès.

« - C’est fini pour lui. » déclara-t-il avec flegme.

 « -Mais bordel, où sont-ils passés ? » s’interrogeait un autre.

Un membre de la brigade remarqua une porte dérobée derrière le bar. Revêtue d’un papier-peint uni, elle se confondait aux murs. Il en informa ses collègues d’un signe de la main, leur montrant le passage. Discrètement les six hommes s’en approchèrent. Selon les us et coutumes, ces portes dissimulaient de précieuses provisions, stockées à l’abri des regards indiscrets. Les suspects avaient dû emprunter ce passage pour quitter les lieux. Sans hésitation, le colosse ouvrit promptement celle-ci : un couloir sombre se présentait à eux. Il alluma la lampe torche fixée à l’extrémité de son fusil. Rien n’indiquait leur présence, aucune trace de leur passage. Précédé du reste de l’équipe, il avança d’un pas discret. Le couloir donnait effectivement sur une remise. Un grincement de métal se fit soudainement entendre : ils n’étaient pas seuls. Le colosse accéléra le pas et tomba nez à nez sur Babas qui tentait de fuir par l’accès de livraison, un sac bourré de cartouches de cigarettes sur l’épaule. Ses complices restaient encore invisibles.

« - Police, pas un geste !»  Lui ordonna-il,  armant son ‘’SPAS 12’’

Babas, refusant d’obtempérer, se pencha en avant afin de passer sous le rideau métallique entrouvert. Alors que le colosse s’apprêtait à ouvrir le feu, Gros-Jo, immobile sur un côté, pointa son fusil vers lui. Le colosse ne l’avait pas encore remarqué.

« - C’est toi qui n’vas plus bouger mon pote ! » déclara-t-il implacablement.

Il était déterminé à le tuer. Le colosse tenta subitement de détourner son canon vers Gros-Jo. Pris d’une forte montée d’adrénaline, Gros-Jo n’hésita pas une seule seconde et pressa la détente. Un violent tir retentit dans toute la pièce et projeta le colosse contre le mur. Terrassé par le coup, il s’écroula mollement au sol. Pris de colère, un de ses collègues ouvrit le feu à trois reprises sur Gros-Jo qui s’effondra à son tour sous le joug des balles. D’autres coups partirent en direction de Babas qui n’avait pas eu le temps d’atteindre la sortie. Celui-ci sentit subitement une vive douleur dans le ventre avant de perdre l’équilibre et de chuter. Il pressa par réflexe ses mains sur son corps, et s’aperçut qu’elles s’emplissaient de sang à toute allure. Il réalisa avec effroi qu’une balle lui avait perforé l’abdomen. Victime de vertiges, il se sentit d’un coup très faible. Sa vue se troublait … et il distingua à peine les policiers s’approcher de lui…

« - Putain, il nous en manque un ! Il a réussi à s’enfuir. Contactez le central, on à un homme en fuite ! Appelez une ambulance pour celui-ci. Malheureusement pour Régis et l’autre enfoiré, c’est terminé.»

Ce fut la dernière phrase que Babas entendit avant de sombrer dans l’inconscience…

 

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« L’oubli de ses propres fautes est la plus sure des absolutions. » – Oscar Wilde.

 

Saint-vit : 14h30

 

Par un idyllique après-midi dhiver, Alain profitait de son temps libre avec sa compagne Fabienne. Bien qu’athées, ils voulaient consacrer cette joure à la décoration de leur maison pour les fêtes de fin d’année. Ils appréciaient cette activité car elle les rapprochait un peu plus l’un de l’autre et leur donnait la possibilité de se changer les idées. Ils avaient décidé de commencer par les murs extérieurs afin de profiter de la lumière du jour et décoreraient l’intérieur du logis en fin d’après-midi. La nuit tombait de plus en plus tôt en cette période de l’année. Un ciel peu couvert agrémendun froid sec annonçait l’arrivée des premiers flocons de neige et permettait de profiter du peu de soleil qui subsistait. Alain était perché en haut dune échelle appuyée contre le crépi de la fade et maintenue par Fabienne à l’aide de ses deux mains. Il tentait maladroitement de fixer les guirlandes lumineuses à la base du toit. Lexercice déquilibriste était certes périlleux mais reflétait tout de même une situation des plus cocasses. Alain nétait pas doué pour le bricolage et encore moins à son aise au sommet dun appareil bancal rythmé par les mouvements vacillants de Fabienne qui ne parvenait pas à le stabiliser efficacement. Histoire d’empirer la situation, léchelle qui était poe à même la terre ramollie par la pluie senfonçait sous le poids d’Alain. Une main agrippée aux chenaux, il tentait péniblement avec l’autre daccrocher la guirlande aux fixations du toit. Fabienne riait de voir son homme à ce lourd labeur alors que la publicité de l’emballage mentionnait : «Un jeu d’enfants, bonnes fêtes

 

chronique d une mort en sursis couple

 

C’est elle qui orchestrait l’opération. Elle avait choisi le thème et les couleurs et désirait que tout soit parfait. Alain, le sourire aux lèvres, essuyait volontiers les railleries de sa femme et se contentait de suivre les consignes tout en restant agrippé à ce maudit escabeau. Il lui faisait confiance par-dessus tout.  Fabienne lui avait en quelque sorte sauvé la vie au début de leur relation. Ils avaient surmonensemble des étapes plus que difficiles. Elle le connaissait mieux que quiconque et remarqua qu’à cet instant, malgré son apparence joviale, quelque chose le tourmentait. Sa mauvaise mine nétaien rien liée au fait qu’il pouvait basculer à tout moment ou à ses moqueries. Alain renfermait un mal-être profond et vivait avec. Il devenait particulièrement sombre durant cette période de l’année propice aux repas de famille

 

Ancien veuf âgé de 54 ans, il avait perdu son unique enfant, alors âgé de douze ans dans un tragique accident quelques années auparavant. Un carambolage mortel au retour des vacances dété, sa femme et son fils succombèrent à leurs blessures sur l’asphalte brûlant de l’autoroute. Une éternité s’était écoulée avant que les premiers secours n’atteignent la carcasse fumante de leur véhicule.  Rongé par un sentiment de culpabilité, amplifié par les tourments de la solitude, Alain finit par sombrer dans lalcool, seul rede à ses maux lancinants. Homme brisé, réduit à néant, sa famille, ses proches ainsi que ses collègues, tous sans exception, étaient convaincus qu’il était une cause perdue et le laissèrent lâchement dépérir peu à peu. Seul son travail subsistait dans sa vie réduite en cendres, mis en péril par son alcoolisme chronique. Un éclair de lucidité lui permit de s’inscrire à une cure pour mettre un terme à son addiction. Il fit alors la connaissance de Fabienne durant les réunions hebdomadaires des alcooliques anonymes. Elle en animait les ateliers de partage. Cette rencontre fut pour lui une révélation. Subjugué par sa personne, il se reprit rapidement en main et restaura le peu de confiance qui l’avait fui. Une histoire d’amour digne dun best-seller du genre, puisque Fabienne tomba sous le charme d’Alain et ne tarda pas à céder à ses avances. Depuis, il ne passa pas un jour sans qu’ils se témoignent leur passion réciproque.

 

Malgsa nouvelle vie, Alain pensait constamment à sa famille disparue et leurs fantômes hantaient sa conscience. Même sitout ceci appartenait au passé … Il ne pourrait jamais oublier… Il sétait refusé le pardon.

 

Fabienne n’ignorait pas son douloureux passé et sefforçait de le soutenir ou de lui changer les idées. Malgré tous ses efforts, elle savait pertinemment quelle ne pourrait jamais combler totalement ce bonheur disparu. Ce genre de cicatrices ne se refermerait jamais. Nous pouvons vivre avec mais elles sont toujours visibles. Tant elles peuvent se refermer et laisser quelques stigmates, tant elles peuvent parfois s’infecter et deviennent dès lors purulentes. Alain lui en gardait une blessure insondable.

 

En fin d’après-midi, après avoir terminé tant bien que mal l’installation acrobatique des décorations , ils entreprirent dinstaller un sapin dans le salon. Tandis qu’ils sentendaient sur la manière de le décorer, Alain alluma le téléviseur pour ne pas manquer le début de son feuilleton dominical. Une rie policière classique où des scientifiques tentent d’identifier de sadiques criminels à l’aide dindices plus insolites les uns que les autres.  À son grand étonnement, un bulletin d’alerte spécial sur des émeutes aux U.S.A. fut diffusé à la place, lui faisant oublier par la même occasion le sapin de noël.

 

« -… l’état d’urgence a été décrété dans de nombreuses villes aux Etats Unis. Ne sortez de chez vous sous aucun prétexte… ».

 

 Aux aguets, Alain fut instantanément interpelé par la voix paniquée de la journaliste. Elle informait que des grandes villes telles que New York ou LosAngeles étaient littéralement en état de siège. Aucune cause ou revendication n’avait été précisée, mais il ne faisait aucun doute de la gravité des faits exposés. Laccès des centres villes avaient été bloqué par les forces de lordre. Aucun civil nétait autorisé à y pénétrer, cas de force majeure. Des images détaillaient des centaines de blessés, la plupart couverts de sang, qui affluaient vers des centres de soins improvisés dans les gymnases en périphérie des zones sinistrées. Aucun communiqué officiel n’avait été transmis par les autorités, ce qui laissait place aux pires allégations. Les reporters interviewaient des badauds colportant des discussions des plus insensée: groupuscules religieux, complots, bombes et même bio-terrorisme. Tous semployaient à détourner la principale question : le nombre de victimes.

 

«-… Restez calmes. En cas d’urgence, l’appel au  911 est inutile, toutes leurs lignes sont saturées. Nous vous communiquerons dès que possible de plus amples informations. Restez à l’écoute… »

 

chronique d une mort en sursis devant tv

 

Effondsur son canapé, Alain fut paralysé d’effroi face à ces images bouleversantes et se remémora les énements du 11 septembre. Depuis quelques années, un groupuscule islamique du Proche-Orient multipliait des attentats au sein des pays membres de lO.N.U. Pour lui le coupable ne faisait aucun doute, il ne pouvait que soupçonner ce grouped’extrémistes. Il s’exclama :

 

« – Ils ont remis ça, ils ont osé . À deux semaines de noël…  les pourris ! »

 

Interpellée par sa remarque, Fabienne posa aussitôt les santons et la crèche au sol et vint s’asseoir aux côtés d’Alain.

 

« – Encore un attentat ? Ça nen finira donc jamais. » Soupira-t-elle résignée.

 

La campagne de stabilisation au Proche-Orient orchestrée par les U.SA. avait ésabotée par de sinistres attaques kamikazes. Il était devenu courant que des fous de Dieu pratiquent le terrorisme au nom de la Guerre Sainte. À chaque fois, le même son de cloche retentissait : une ou plusieurs explosions, de lourds dommages collatérauxqui provoquaient la paralysie du pays et mobilisaient la plupart des secours et forces de l’ordre. L’état déclarait alors un plan d’urgence et mettait en place de nouvelles mesures drastiques visant à protéger la population. Le système économique étant fortement ralenti, les autres pays ne tardaient pas àsubir les vagues d’un début de crise monétaire. Voici comment un événement si tragique soit-il, mais au demeurant anodin et isolé, pouvait bouleverser l’équilibre des pays développés. Même si aucune information sur l’origine de ces troubles n’avait été révélée, la piste dun attentat était la plus probable. Du moins cest ce que la situation laissait entendre.

 

Incapable d’entreprendre quoi que ce soit, ils pasrent le reste de la joure devant la mire de leur télévision. Leur curiosité mêlée à leur peine les retenait ; le sapin de noël attendrait des heures moins sombres. Comme si leur conscience leur interdisait dêtre heureux tandis que d’autres souffraient. Ce ballet télévisé sastreux venait de mettre fin à leur petit cérémonial de fin d’année. Désœuvrés, ils étaient convaincus dêtre les moins dun nouveau tournantde l’histoire. Toutes les chnes diffusaient ces images de choc en boucle, il était donc impossible de passer à côté de cette funeste nouvelle…. Tous les citoyens devaientêtre à l’heure actuelle au courant…

 

Co-écrit par : Marcus Donnam et Mélanie Paziault

Illustré par : Julien Caulier

 

Auteur

Marcus Donnam

Auteur ''Les chroniques d'une mort en sursis'' suivez cette aventure en exclusivité sur zombie world.

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8 Commentaires

  1. youpiii la suite !

  2. Super gros vivement le prochain chapitre :D .

    P.s: il me semble bien que tu a oublié un mots dans la phrase” après avoir terminé tant bien que mal l’installation acrobatique des,” rien de grave mais je retranscrit ^^

    Bonne continuation :D

  3. Génialissime

  4. La suite et vite !

  5. on reste e haleine !!a quand la suite ??????

  6. Très bien continue comme ça!
    Hâte de lire la suite

  7. Ça déchire, vite la suite ! :O

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