CMS – À l’aube d’un réveil – Partie 4

chronique d une mort en sursie de Marcus Donnam illustré par Julien Caulier Oyez Oyez ZombiesWorldiennes et Zombiesworldiens !
Et voici la quatrième partie du chapitre À l’aube d’un réveil ! Ce mois-ci, comme les prochains, nous ne publierons qu’une chronique à la fois. Pourquoi ? Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les petites chroniques du début de deux ou trois pages ont rapidement enflé pour devenir du 5 pages. Pour assurer une qualité dans nos écrits et le même rythme de publication, nous passons donc à une chronique par mois !  N’hésitez pas à liker le Groupe Facebook Officiel et à nous faire vos retours ! Enjoy :)

Dans cet article :
Les chroniques d’une mort en sursis – tome 1 : EXODE
À l’Aube d’un réveil – Partie 4

 

­Quelques instants plus tôt en salle de réveil :

« Avec deux malheurs on peut faire une grande catastrophe. » 
Marcel Carné.

Le cadavre de l’infirmier gisait à même le carrelage, dans une pose grotesque, le visage bleui figé dans une chape d’horreur et de souffrance. Le flot rouge qui semblait n’en plus finir s’était finalement interrompu, laissant un corps tari et sans vie. Le silence macabre qui régnait sur les lieux fut soudainement interrompu par un abominable froissement, mélange de tissu et sang coagulé. Le corps du défunt infirmier se contracta violemment. Ses doigts se crispèrent, yeux exorbités et bouche béante, comme s’il cherchait à respirer l’ultime goulée d’air salvatrice. Entreprise qui fut visiblement un échec puisque à la place d’un visage soulagé, une colère sans limite lui déforma les traits. Il laissa échapper une longue plainte lugubre tentant d’extirper un peu de sa frustration et sa rancœur. Un vide monstrueux le dévorait de l’intérieur, tel un rat grignotant à sa guise veines et organes. « Il avait terriblement faim ». Sa conscience s’était évanouie comme sa vie, couple inséparable, balayée négligemment en l’espace d’une seconde telle une infime poussière virevoltant dans l’infini. Un corps sans vie, un bourdonnement continu dans la tête, une rage sans limite et une faim insatiable… C’était tout ce qui lui restait…

 

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Ses yeux recouverts d’une couche opaque et laiteuse lui conféraient un regard livide d’outre-tombe, reflet d’un passé révolu et d’un mal indomptable. Il commença à ramper maladroitement sur la surface rendu glissante par son propre fluide. Sa blouse s’enroulait insidieusement entre ses jambes et ses vêtements durcis par le sang ne facilitaient pas son avancée.  Il tenta de se relever de manière brouillonne, sans enchaînement logique, action qui se clôt par une lourde chute sur le carrelage et un son mat. Après plusieurs tentatives plus hasardeuses les unes que les autres, il parvint par miracle à prendre appui contre un moniteur et se redressa tant bien que mal sur ses jambes vacillantes. Pendant quelques secondes, il se tint immobile, comme incertain de la marche à suivre. Son corps pivota, comme attiré par une délicieuse volupté olfactive. Il se mit à évoluer péniblement entre les deux lits contigus. Chacun de ses pas s’accompagnait de bruits spongieux répugnants. Son visage était déformé par d’abjectes croûtes de sang, œuvre sinistre d’un artiste démoniaque. Par intermittence, de violentes convulsions secouaient chaque parcelle de son corps donnant illusion de puissants chocs électriques. Le bourdonnement incessant de son crâne s’accentuait à chaque mouvement et devenait insoutenable. « Il avait faim »

Il s’approcha lentement, bras tendus, du lit le plus proche où une patiente n’avait pas encore émergé de son anesthésie. Détectant sa présence, il se mit à grogner, lèvres retroussées. De la bave coulait le long de son menton et il claquait ostensiblement des dents telle une bête enragée.

 “ Clac…clac…clac… “

Il ne pouvait qu’être aveuglé par la puissante chaleur que dégageait cette femme. Son œsophage se contractait et se dilatait successivement de désir. Un désir esclavagiste, profond et physique. Son corps tout entier la voulait. Il voulait sentir ses chairs et son sang se mélanger et se dissoudre lentement dans son estomac, dans une fusion extatique.

Quelques mèches d’un blond vénitien s’étalaient gracieusement sur l’oreiller et un fin drap laissait apparaître un visage innocent et apaisé. De cette scène immaculée de blanc émanait un îlot de pureté et d’innocence de l’ordre du divin, comparé au désordre et au carnage du reste de la pièce. Portrait flagrant d’une princesse attendant le baiser revigorant d’un prince charmant étincelant.

‘’ Il avait faim. ’’

Penché au-dessus d’elle, ce fut hélas une créature animée d’un appétit morbide qui prit sa place. Inconscient de la magie de la mise en scène, elle prit le temps de savourer sa proie, visiblement à sa merci. Gueule béante, on pouvait voir « la bête » frôler la jeune fille, humant son odeur et poussant des grognements de satisfaction. Quelques gouttes de baves vinrent s’écraser sur ses traits toujours sereins, puis l’infirmier voulut s’essayer au baiser traditionnel. Il enfonça ses ongles souillés dans le matelas molletonné et fondit sur elle, les crocs en avant.  Ses dents trouvèrent une prise qu’elles prirent en étau. Il tira sauvagement dessus et arracha dans une gerbe de sang le nez de la princesse qu’il mastiqua avec satisfaction.

Elle poussa un cri atroce, réveillée par le choc. Éblouie par la douleur, souffrant le martyre, un flot écœurant de sang chaud coula abondamment dans sa gorge, la faisant déglutir. Elle tenta par réflexe de comprimer sa blessure mais son agresseur la maintenait fermement contre le lit. Elle sentait ses doigts glacés et crochus lui meurtrirent les épaules. Affaiblie, elle était impuissante devant l’horrible spectacle qui s’offrait à ses yeux. Elle sentit avec effroi une pression glaciale au niveau de son nombril et à travers d’immondes gargouillis on pouvait reconnaître des hurlements féminins. Tandis qu’elle se débattait, il lui déchira avec une facilité terrifiante la peau du ventre et de ses mains écarta les deux pans de la blessure pour l’éventrer. Il plongea ses mains dans les entrailles de la pauvre femme qui cherchait désespérément un quelconque objet capable de la libérer de son étreinte. Ses doigts infects la pénétraient profondément et s’insinuaient entre ses organes flasques et tièdes qu’il palpait fébrilement. Il finit par agripper quelque chose de doux et d’infiniment tendre et l’extirpa du corps qui le retenait prisonnier. Le poing ensanglanté en l’air, tel un signe de victoire, débordait d’intestins frais qu’il pressa immédiatement contre sa bouche dans un grognement bestial. La première bouchée de ce festin irradia tout son organisme et lui déclencha une violente décharge orgasmique.

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« Encore. »

Il commença à dévorer frénétiquement les mètres d’intestins qui s’offraient à lui. La jeune femme, semi-consciente, s’était résolue à accepter son triste sort… Ses doigts contractés se relâchèrent doucement et son corps se mit à bouger mollement au rythme des mouvements de son assaillant.

Les battants de la porte principale s’ouvrirent subitement et un interne en tenue de service entra dans la pièce, alerté par les bruits. Inquiet, il demanda à son collègue :

« - Ça va ? Tout va bien ? T’as besoin d’un coup de main ? »

Il n’avait encore rien remarqué d’inhabituel… L’infirmier lâcha sa prise et se tourna brusquement vers lui, les yeux étincelants. Il ouvrit la bouche pour rugir, ce qui fit tomber un morceau de viscère au sol dans un bruit de fruit pourri. La jeune femme n’avait à présent plus aucun intérêt pour lui, une nouvelle proie à l’énergie débordante venait d’entrer dans son champ d’action.

” Il avait encore faim. “

L’interne cru d’abord que son collègue ensanglanté était gravement blessé. Par réflexe professionnel et sans perdre une seconde, il se précipita sur lui pour le secourir. Il remarqua alors, le corps sans vie de la jeune femme, grâce aux nombreux morceaux d’intestins rouges vifs qui pendaient lamentablement du bord du lit. Le temps qu’il s’imprègne de ces précieuses informations, son collègue l’avait déjà brusquement saisi par le bras et tentait de le mordre à l’épaule. Il eut l’heureux réflexe de dégager son épaule opposé et de repousser violemment à l’aide de son bras libre la tête de son agresseur. Déséquilibré par l’impulsion, il bascula en arrière et s’écroula de tout son long sur le carrelage humide. Il tenta aussitôt de se relever mais glissa sur l’une des nombreuses trainées de sang visqueux. Pris de panique, il tenta de nouveau de se redresser mais l’infirmier affamé était déjà sur lui. Il pouvait sentir la pression glaciale de son corps plaqué contre son dos et toute la rage  qu’il s’en dégageait. Ses râles évoquaient un fou furieux démoniaque tout juste échappé d’un hôpital psychiatrique haute sécurité.

L’interne poussa un cri strident quand il transperça sa peau juste au-dessus de la clavicule accompagné d’une giclée de sang frais qui atterrit artistiquement sur le mur à proximité. Obnubilé par le buffet qui s’offrait à ses yeux, son appétit était sans limite… Il releva soudainement la tête, distrait par un bruit et son regard se posa sur la porte de sortie.

” Il avait toujours faim.”

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Entre les deux battants se tenait une aide-soignante livide, qui à en juger par sa couleur avait visiblement assisté à ces pulsions cannibales particulièrement atroces. En état de choc, elle ne pouvait accepter le spectacle morbide qui venait de se dérouler devant ses yeux. Ce n’était pas possible. Cela ne pouvait pas être vrai. Elle s’était forcément endormie devant un remake de série B…  La créature s’immobilisa brusquement, en suspens et posa son regard aiguisé sur elle. Elle sentit un liquide brûlant lui couler le long des cuisses. Tétanisée,  elle n’entendait plus les supplications ni les appels au secours de son collègue. Tout semblait diffus et ralenti. Lorsque elle vit la créature bondir en avant, elle referma machinalement la porte de toutes ses forces, prit un brancard à portée de main, le coinça brutalement sous la poignée et  bloqua les roues.  Un énorme choc fit trembler le mur et vibrer les muscles de ses bras, puis tout redevint silencieux. Elle retint sa respiration et attendit. Un hurlement inhumain explosa, suivi d’une succession de chocs et de raclements. « Bam ! Bam ! Crrrrfffffffrrrr… Bam ! Bam… ». Son barrage de fortune semblait résister. Hors de danger, elle se laissa aller contre le mur, glissa lentement et finit recroquevillée au sol. Son visage était totalement inexpressif, comme lobotomisé. En état de choc, incapable d’agir, elle se balança doucement d’avant en arrière au rythme des cris gutturaux que poussait la victime… qui lui rappelaient les porcs que son oncle égorgeait quand elle était petite…

 


Co-écrit par : Marcus Donnam et Mélanie Paziault

Illustré par : Julien Caulier

 

Auteur

Marcus Donnam

Auteur ''Les chroniques d'une mort en sursis'' suivez cette aventure en exclusivité sur zombie world.

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4 Commentaires

  1. Ho non pourquoi c’est si court, je reste sur ma faim! Belles descriptions, je m’imagine totalement la scène d’horreur. Bravo

  2. c’est vrai que c’est court… Mais intense, comme un ristreto

  3. C’est vrai que c’est court. Mais j’ai trouvé ce chapitre beaucoup plus intéressant que les précédents. A défaut d’avoir des personnages intéressants, nous avons là une très bonne incursion du zombie dans le récit. Et pour le coup, j’ai trouvé ce chapitre bien mieux écrit que les précédents. Un suspens tiré au couteau, une belle description de l’action. On s’attache même plus à ce zombie qu’aux personnages eux-mêmes. On sent dans ce chapitre tout l’amour et le respect que l’auteur a pour le genre.
    Rien que pour cette scène, un grand Bravo!!! A espérer que le reste soit du même niveau.

  4. Merci pour vos retours, comme j’aime dire le pire est à venir.

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