Actu Survie Dossiers News Observatoire Survie — 15 décembre 2013
Cours de survie en ligne Module 8 Lectures et sources

Module 8 Lectures et sources

Lectures obligatoires

La santé mentale dans les Situations d’urgence – Aspects mentaux et sociaux de la Santé des Populations exposées à des Facteurs de Stress extrême

 

ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ

Département Santé mentale et toxicomanies
Organisation mondiale de la Santé, Genève
2003

 

Généralités

Dans le système des Nations Unies, c’est l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui est chargée de prendre les mesures nécessaires pour que tous les peuples jouissent du niveau de santé le plus élevé possible. A l’OMS, c’est le Département Santé mentale et toxicomanies qui donne orientation et avis pour combler le fossé entre les besoins effectifs et les moyens aujourd’hui disponibles pour atténuer la charge des troubles mentaux et promouvoir la santé mentale.

On trouvera résumée ici la position actuelle du Département Santé mentale et toxicomanies concernant l’aide à apporter aux populations exposées à des facteurs de stress extrême, par exemple réfugiés, personnes déplacées dans leur propre pays, survivants d’une catastrophe ou populations exposées à des actes de guerre ou à un génocide. L’OMS est consciente du fait qu’ énormément de gens sont exposés à des situations de stress extrême et que c’est un facteur de risque qui favorise la maladie mentale et les problèmes sociaux. Les principes et stratégies exposés ici concernent avant tout les pays démunis, où vivent la plupart des gens exposés à des catastrophes ou des actes de guerre. Il ne faudrait pas pour autant oublier la santé mentale et le bien être des agents de l’aide humanitaire, même si leurs besoins ne sont pas analysés ici.

Dans le présent document, l’expression intervention sociale s’applique aux interventions dont le but primordial est d’avoir des effets sociaux, tandis que l’expression intervention psychologique s’applique aux interventions qui visent surtout à avoir des effets psychologiques. Les interventions sociales ont bien sûr des effets psychologiques secondaires, de même que les interventions psychologiques ont des effets sociaux secondaires, d’où le qualificatif de psychosocial. Dans la Constitution de l’OMS, la santé est définie comme un état de complet bien être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. A partir de cette définition de la santé, le présent document expose la position actuelle du Département concernant les aspects mentaux et sociaux de la santé des populations exposées à des facteurs de stress extrême.

Pour ce qui est des aspects mentaux et sociaux de la santé des populations exposées à des facteurs de stress extrême, nos objectifs sont les suivants:

1. Fournir pour les activités de terrain les avis techniques nécessaires aux organisations gouvernementales, non gouvernementales et intergouvernementales, en coordination avec le Département OMS Secours d’urgence et action humanitaire.

2. Jouer un rôle de chef de file et donner des orientations pour améliorer la qualité des interventions sur le terrain.

3. Faciliter la création d’une base factuelle pour les activités de terrain et pour les grandes orientations aux niveaux des communautés et du système de santé.

Principes généraux


Des réfugiés de retour du Timor occidental. Photo publiée avec l’autorisation du HCR/M. Kobayashi

S’appuyant sur une série de documents sur les lignes directrices, principes et projets rédigés par des spécialistes de renom, le Département Santé mentale et toxicomanies appelle l’attention sur les principes généraux suivants:

1. Préparatifs avant une situation d’urgence.

Avant qu’il y ait situation d’urgence, il faut établir des plans nationaux de préparation qui comporteront: a) un système de coordination précisant qui est responsable dans chaque institution compétente, b) des plans détaillés pour se préparer à une intervention adéquate sur le plan social et sur celui de la santé mentale, et c) la formation du personnel concerné aux interventions sociales et psychologiques indiquées.

2. Evaluation.

Toute intervention doit être précédée d’une planification sérieuse et d’une évaluation générale du contexte local (par exemple environnement, culture, histoire et nature des problèmes, perceptions locales des situations de désarroi et de maladie, moyens de faire face aux problèmes, ressources communautaires, etc.). Dans les situations d’urgence, le Département encourage l’évaluation qualitative du contexte, assortie d’une évaluation quantitative des incapacités ou du fonctionnement quotidien. Si l’évaluation révèle que de nombreux besoins ne pourront sans doute pas être satisfaits, les rapports doivent indiquer l’urgence des besoins et préciser quelles sont les ressources locales et les ressources extérieures éventuelles.

3. Collaboration.

Les interventions supposent une concertation et une collaboration avec d’autres organisations gouvernementales et non gouvernementales (ONG) travaillant dans la région. Pour garantir la pérennité des activités, il est indispensable d’assurer la continuité de la participation des pouvoirs publics – de préférence – ou, sinon, des ONG locales. La multiplication des organismes travaillant sans coordination, indépendamment les uns des autres, entraîne un gaspillage de ressources précieuses. Si possible, il faudrait recruter sur place le personnel, y compris le personnel de direction.

4. Intégration dans les soins de santé primaires.

Menées par le secteur de la santé, les interventions de santé mentale doivent s’inscrire dans les soins de santé primaires (SSP), en utilisant au maximum les soins dans la famille et en faisant un recours actif aux ressources communautaires. La formation clinique sur le tas et l’encadrement des agents des SSP par des spécialistes de la santé mentale sont indispensables si l’on veut parvenir à intégrer les soins de santé mentale dans les SSP.

5. Accès universel aux services.

Il est déconseillé de créer des services distincts de santé mentale de type vertical pour certains groupes. Dans la mesure du possible, toute la communauté doit avoir accès aux services qui, de préférence, ne seront pas réservés à des groupes spéciaux définis compte tenu de l’exposition à certains facteurs de stress. Il peut toutefois s’avérer important de mener des programmes de sensibilisation à la périphérie pour s’assurer que des groupes vulnérables ou minoritaires sont soignés dans le cadre des SSP.

6. Formation et encadrement.

Les activités de formation et d’encadrement doivent être confiées à des spécialistes de la santé mentale – ou être placées sous leur autorité – pendant un certain temps, de manière que la formation ait des effets durables et que les soins soient bien dispensés. De brefs stages de formation technique d’une ou deux semaines sans encadrement ultérieur sérieux sont déconseillés.

7. Perspective à long terme.

Lorsqu’un groupe de population a été exposé à d’importants facteurs de stress, il vaut mieux privilégier la mise en place à moyen et à long terme de services communautaires et de soins primaires de santé mentale ainsi que d’interventions sociales, plutôt que les secours immédiats à court terme visant à atténuer les problèmes psychologiques pendant la phase aiguë d’une situation d’urgence. Malheureusement, c’est pendant ou juste après cette phase aiguë que l’élan et les financements en faveur des programmes de santé mentale sont les plus généreux, alors que ces programmes sont beaucoup plus efficaces s’ils se prolongent dans le temps et durent plusieurs années. Il est indispensable de mieux sensibiliser les donateurs à ce problème.

8. Surveillance des indicateurs.

Il faudrait suivre et évaluer les activités à l’aide d’indicateurs que l’on déterminera – si possible – avant la mise en route des activités, et non pas après coup.

Stratégies d’intervention à l’intention des responsables de la santé sur le terrain

S’appuyant sur la documentation existante ainsi que sur l’expérience des spécialistes et dans le but de répondre aux demandes provenant du terrain, le Département Santé mentale et toxicomanies donne des avis sur les stratégies d’intervention en faveur des populations exposées à des facteurs de stress extrême. Le choix de l’intervention varie en fonction de la phase de la situation d’urgence. La phase aiguë est définie ici comme la période pendant laquelle le taux de mortalité brut augmente sensiblement, parce qu’en raison de la situation d’urgence les besoins fondamentaux (nourriture, logement, sécurité, eau et assainissement, accès aux SSP, prise en charge des maladies transmissibles) ne sont plus satisfaits. Cette période est suivie d’une phase de redressement où les besoins fondamentaux redeviennent comparables à ce qu’ils étaient avant ou, s’il s’agit de personnes déplacées, à ceux de la population environnante. Dans une situation d’urgence complexe, a) différentes régions d’un pays peuvent se trouver à des phases différentes ou b) une agglomération peut osciller dans le temps entre les deux phases.


Réfugiés rwandais. Photo publiée avec l’autorisation du HCR/A. Hollman

1. Phase aiguë de la situation d’urgence

Durant cette phase aiguë, il est conseillé de mener essentiellement des interventions sociales qui n’interfèrent pas avec des besoins aigus, comme l’organisation des secours alimentaires et des abris, la distribution de vêtements, les services de SSP et, le cas échéant, la lutte contre les maladies transmissibles.

1.1 Les interventions sociales comporteront sans doute les mesures suivantes:

• Mettre en place un système fiable pour diffuser en continu une information crédible sur: a) la situation d’urgence, b) les efforts pour assurer la sécurité physique de la population, c) les actions de secours, y compris ce que fait chaque organisation d’aide et son emplacement, et d) le lieu où se trouvent les proches pour faciliter le regroupement familial (et, si possible, permettre de communiquer avec des parents absents). Il faut diffuser l’information selon les principes de la communication des risques, c’est à dire la présenter de façon simple (compréhensible pour des enfants de 12 ans sur place) et avec empathie (c’est à dire en faisant preuve de compréhension à l’égard de ceux qui ont survécu à la catastrophe).

• Rechercher les proches des mineurs non accompagnés, des personnes âgées et d’autres individus appartenant à un groupe vulnérable.

• Informer les agents sur le terrain qui s’occupent de santé, de distribution alimentaire, d’action sociale ou d’enregistrement pour qu’ils puissent prendre en charge les problèmes de deuil ou de désorientation et souligner la nécessité de la participation active des intéressés.

• Assurer des abris de telle sorte que les familles et les communautés puissent se regrouper.

• Consulter la population pour savoir où installer dans les camps des lieux de culte, des écoles et des points d’eau. Prévoir des installations de culte, de loisirs et d’action culturelle lors de la conception des camps.

• Si cela est réalisable, éviter d’éliminer sans cérémonie les corps des personnes décédées pour combattre les maladies transmissibles. Contrairement à ce que l’on pense, les cadavres ne comportent au plus qu’un risque très limité de maladies transmissibles. Les personnes endeuillées doivent pouvoir organiser une cérémonie funéraire et – pour autant que le corps ne soit pas mutilé ou décomposé – voir le défunt une dernière fois pour lui dire adieu. Quoiqu’il en soit, il faut délivrer des certificats de décès pour éviter des problèmes financiers et juridiques aux familles.

• Encourager le rétablissement des manifestations culturelles et religieuses normales (y compris les rites de deuil, en collaboration avec des guides spirituels ou des ministres du culte).

• Encourager les activités qui facilitent l’intégration dans les réseaux sociaux des orphelins, des veufs et des veuves, ou de ceux qui sont coupés de leur famille.

• Encourager l’organisation de loisirs normaux à l’intention des enfants. Les organismes d’aide doivent faire attention à ne pas faire naître de fausses attentes dans la population locale en remettant des objets à usage récréatif (par exemple tricots de football ou jouets modernes) considérés comme un luxe dans le contexte local avant la situation d’urgence.

• Encourager le début de la scolarisation, même partielle, des enfants.

• Associer adultes et adolescents à des activités concrètes utiles qui présentent un intérêt pour tous (par exemple construire ou organiser des abris, organiser la recherche des familles, distribuer la nourriture, organiser les vaccinations ou donner des cours aux enfants).

• Diffuser largement et avec empathie dans la population des informations simples et rassurantes sur les réactions normales de stress. De brefs communiqués de presse évitant le sensationnel, des programmes radiodiffusés, des affiches et des brochures peuvent être utiles pour rassurer les gens. L’éducation doit privilégier les réactions normales, car le fait d’évoquer des symptômes psychopathologiques durant cette phase (et pendant les quatre semaines qui suivent) peut avoir des conséquences nuisibles. L’information doit favoriser la perspective d’un rétablissement naturel.


Réfugiés afghans. Photo publiée avec l’autorisation du HCR/A. Banta

1.2 En termes d’interventions psychologiques durant la phase aiguë, les mesures suivantes sont conseillées:

• Prendre contact avec les responsables des SSP ou des soins d’urgence dans la région. Prendre en charge les symptômes psychiatriques urgents (par exemple dangerosité pour soi-même ou autrui, psychoses, dépression grave, manie, épilepsie) dans le cadre des SSP, que ceux-ci soient gérés par les autorités locales ou par des ONG. Veiller à ce qu’il y ait dans les services de SSP les médicaments psychotropes essentiels. De nombreux patients aux symptômes psychiatriques aigus auront des troubles psychiatriques préexistants et il faut éviter rompre d’inter brusquement le traitement médicamenteux. De plus, certaines personnes viendront se faire soigner pour des problèmes de santé mentale consécutifs à l’exposition à des facteurs de stress extrême. Pour la plupart des problèmes aigus de santé mentale vus durant la phase aiguë de la situation d’urgence, le mieux est d’éviter les médicaments et de suivre les principes des «premiers secours psychologiques» (c’est à dire écouter, faire preuve de compassion, évaluer les besoins, veiller à ce que les besoins essentiels soient satisfaits, ne pas obliger à parler, fournir ou mobiliser de la compagnie, de préférence auprès de la famille ou d’autres personnes importantes pour le patient, encourager sans l’imposer l’appui social et protéger contre tous dommages ultérieurs).

• Pour autant qu’il y ait des agents communautaires, volontaires ou non, organiser avec tact dans la population une aide affective en assurant, si nécessaire, les «premiers secours psychologiques» mentionnés cidessus. A cause des effets négatifs éventuels, il est déconseillé d’organiser des séances individuelles de débriefing psychologique qui poussent les gens à faire part de leur expérience personnelle au delà de ce qu’ils feraient normalement.

• Si la phase aiguë se prolonge, commencer à former et à encadrer les agents des SSP et les agents communautaires (voir la partie 2.2 pour une description de ces activités).

2.Phase de redressement

2.1 En termes d’interventions sociales, les activités suivantes sont proposées:

• Poursuivre les interventions sociales pertinentes énumérées plus haut dans la partie 1.1.

• Organiser des activités d’éducation psychologique. Informer la population de l’existence ou des choix en matière de soins de santé mentale. En commençant au plus tôt quatre semaines après la phase aiguë, faire savoir avec tact quelle est la différence entre psychopathologie et souffrance psychologique normale, éviter de donner à penser que des problèmes psychopathologiques sont partout présents et aussi éviter le jargon et les expressions ayant un relent de discrimination. Encourager le recours aux moyens préexistants de faire face aux problèmes. L’information doit favoriser la perspective d’un rétablissement naturel.

• Avec le temps, si la pauvreté perdure, encourager les initiatives de développement économique, par exemple a) des projets de microcrédit ou b) des activités rémunératrices lorsque les marchés auront des chances de procurer une source de revenu durable.

2.2 En termes d’interventions psychologiques durant la phase de redressement, les activités suivantes sont proposées:

• Familiariser les autres agents de l’aide humanitaire et les dirigeants communautaires (par exemple chefs de village, enseignants, etc.) aux soins psychologiques de base (par exemple «premiers secours psychologiques», aide affective, communication de l’information, mesures prises avec empathie pour rassurer les gens, détection des principaux problèmes de santé mentale) pour sensibiliser la communauté et obtenir son appui et aiguiller les patients vers les services de SSP, le cas échéant.

• Former – en les encadrant – les agents des SSP aux connaissances et techniques fondamentales en santé mentale (par exemple utilisation des médicaments psychotropes appropriés, «premiers secours psychologiques», action de conseil et d’aide, travail avec les familles, prévention du suicide, prise en charge des symptômes somatiques n’ayant pas d’explication médicale, problèmes de toxicomanie et orientation-recours des personnes concernées). On trouvera dans la publication de l’OMS et du HCR, La santé mentale des réfugiés (1997), le programme de formation de base recommandé.

• Veiller à ce que les patients psychiatriques qui n’ont peut-être pas eu accès à des médicaments pendant la phase aiguë de la situation d’urgence poursuivent leur traitement médicamenteux.

• Former et encadrer les agents communautaires (c’est-à-dire les agents d’appui et les conseillers) pour qu’ils puissent aider les agents des SSP qui se trouveront face à une lourde charge de travail. Il peut s’agir de volontaires, d’auxiliaires ou de professionnels selon le contexte. Les agents communautaires doivent être formés et encadrés de façon approfondie dans plusieurs domaines essentiels: évaluation de la perception des problèmes par l’individu, la famille et le groupe, «premiers secours psychologiques», aide affective, conseils aux personnes dans le deuil, prise en charge du stress, «assistance socio-psychologique pour résoudre les problèmes», mobilisation des ressources familiales et communautaires et orientation recours.

• Collaborer avec les praticiens traditionnels si c’est possible. Les praticiens traditionnels et les praticiens de la médecine allopathique peuvent dans certains cas collaborer ensemble.

• Faciliter la création de groupes d’entraide communautaire, dont la tâche consistera surtout à mettre en commun les problèmes, à réfléchir à des solutions ou des moyens plus efficaces de faire face à la situation (y compris des moyens traditionnels), fournir un appui affectif et, dans certains cas, lancer des initiatives communautaires.


Géorgie/Hôpital républicain d’Abkhazie. Photo publiée avec l’autorisation du HCR/A. Hollman

Il est proposé de mettre en œuvre les interventions ci-dessus en synergie avec les priorités fixées pour le développement du système de soins de santé mentale:

• Œuvrer à l’élaboration ou au renforcement de plans stratégiques viables pour l’établissement de programmes de santé mentale au niveau national. A long terme, l’objectif est de réduire le nombre des établissements psychiatriques («asiles»), de renforcer les SSP et les soins psychiatriques à l’hôpital général et de développer la prise en charge communautaire et familiale des personnes souffrant de troubles mentaux chroniques graves.

• Œuvrer en vue de l’adoption d’une législation et d’une politique nationales pertinentes et appropriées en santé mentale. A long terme, l’objectif est de mettre en place un système de santé publique viable dont l’un des éléments essentiels sera la santé mentale.

Gérer son stress sur le terrain

Introduction

En 1993, l’Assemblée Générale de la Fédération a adopté une décision sur l’importance du «soutien psychologique aux victimes de catastrophes et événements traumatisants». Très vite, une série de situations de conflit sont venues mettre en lumière une autre catégorie de personnes psychologiquement affectées par les catastrophes, à savoir les secouristes. Il est apparu de plus en plus urgent de se préoccuper des délégués de la Croix-Rouge  confrontés à des catastrophes humanitaires complexes, comme ce fut le cas au Rwanda. Le soutien psychologique des délégués devint un enjeu majeur.

Depuis 1993, le programme de soutien psychologique à l’intention des délégués a peu à peu acquis une large reconnaissance au sein des Sociétés nationales et du Secrétariat, ainsi que parmi les délégués. Actuellement, la Fédération emploie deux psychothérapeutes consultantes basées à Genève, qui sont chargées d’appuyer les délégués pendant leurs missions. Elles rencontrent les délégués avant leur départ (briefing) et à l’achèvement de leur mission (débriefing), communiquent avec eux sur le terrain par téléphone ou par courrier électronique et, au besoin, elles se rendent elles-mêmes sur le terrain.

Cette brochure se veut un outil pratique pour les délégués avant, pendant et après leur mission. Elle a pour but de les aider à reconnaître, prévenir et réduire le stress sur le terrain. Nous espérons qu’elle les encouragera à être attentifs à eux-mêmes et à leurs collègues, et à faire pleinement usage de leurs ressources. Bonne mission!


Didier J. Cherpitel
Secrétaire Général

Qu’est-ce que le stress?

Le stress est normal. C’est la réaction naturelle de l’organisme à une épreuve physique et/ou émotionnelle.

Le stress peut jouer un rôle positif en stimulant le corps, l’esprit et l’énergie du sujet. On peut le définir comme la capacité de l’individu à mobiliser toutes ses ressources physiques pour réagir rapidement et de façon adéquate à une situation donnée. Mais si le stress est présent trop longtemps, les ressources physiques s’épuisent et des formes de stress nocives ou négatives apparaissent.

Le stress de base

Il s’agit du stress sous-jacent, qui peut être causé par différentes sources de tension au niveau individuel, émotionnel, familial ou social. Il peut être accentué par toutes sortes de changements intervenant dans l’environnement quotidien (le fait d’être loin de sa famille sans pouvoir communiquer facilement, d’avoir de nouveaux collègues issus de différentes cultures, de s’interroger sur son avenir professionnel, de devoir assimiler des informations nouvelles, etc.). Les délégués doivent être préparés à cela et doivent apprendre à mettre au point des stratégies pour faire face à la situation. Normalement, le stress de base diminue après les premières semaines d’une nouvelle mission.

Le stress cumulatif

Il résulte d’une exposition prolongée à des facteurs de stress, liés ou non à l’activité professionnelle, qui peuvent entraîner le type d’épuisement professionnel connu en anglais sous le nom de «burn out».

Howard DAVIES/Fédération

L’épuisement professionnel ou «burn out»

Cet état de fatigue extrême est dû à l’épuisement des mécanismes d’adaptation au stress normal.

Le stress traumatique ou «critical incident stress»

Cette forme de stress est provoquée par des situations qui sortent du cadre des expériences ordinaires et dans lesquelles le délégué perçoit sa vie comme directement menacée et/ou est témoin ou victime d’un acte de violence ou d’une catastrophe naturelle ou industrielle.

Dans certains cas, le stress traumatique peut conduire à un état de stress post-traumatique, (en anglais Post Traumatic Stress Disorder), état pathologique exigeant une prise en charge par un spécialiste de la santé mentale.

Causes de stress sur le terrain les plus fréquemment signalées

Conditions de vie difficiles

Charge de travail considérable ou inactivité

Aspect relationnel et communication

Différences culturelles
Manque d’espace et d’intimité/conflits de personnalité

Manque d’activités de loisir ou de vie sociale ou culturelle

Insécurité

Guerre/incidents de sécurité
Risques d’agression ou de vol

Atteintes à l’équilibre personnel et risques pour la santé

Contraintes liées à la sécurité
Crainte des suites ou de la répétition d’une catastrophe
Risques d’accidents et de maladies
Manque d’infrastructures médicales

Situations qui remettent en cause les valeurs, les idéaux et les croyances d’une personne

Exposition aux conséquences aiguës d’une guerre, d’une catastrophe voire d’un massacre
Exposition aux souffrances permanentes et au traumatisme des victimes
Corruption, situations ou motivations ambiguës
Hostilité/besoins non satisfaits des bénéficiaires

Stress associé à l’entourage familial du délégué

Stress du conjoint accompagnant
Manque de communication avec la famille dans le pays d’origine

Retour chez soi

Communication avec la famille, les amis, les collègues
Retour à la vie «normale»

Instabilité financière

Préoccupations concernant les perspectives d’emploi futures

Le stress cumulatif

Le stress cumulatif résulte de l’accumulation de plusieurs facteurs de stress tels qu’une lourde charge de travail, un manque de communication, un sentiment de frustration devant l’incapacité de répondre aux besoins des bénéficiaires, l’obligation de faire face à des situations devant lesquelles on se trouve désarmé, le manque de confort de base ou l’impossibilité de se reposer ou de se détendre. Dans des circonstances normales, une bonne gestion du stress, individuellement ou en groupe, permet de le maîtriser, mais dans certaines situations génératrices de stress, par exemple en cas de catastrophe, le stress cumulatif peut se développer rapidement et se transformer en épuisement professionnel (burn out).

Le stress cumulatif est la forme la plus fréquente de stress observée dans les délégations. Les délégués et les chefs de délégation ne doivent pas sous-estimer ce type de stress: il est dans une large mesure inhérent au travail humanitaire et aux interventions d’urgence, mais il faut veiller à ce qu’il ne dépasse pas des limites raisonnables, compte tenu des circonstances.

Comment reconnaître le stress cumulatif?

! L’existence d’un stress cumulatif se signale avant tout par des changements intervenant dans le comportement de l’individu concerné.

Les signes les plus courants du stress cumulatif sont les suivants:

Symptômes physiques: fatigue excessive, diarrhée, constipation, maux de tête, douleurs abdominales et mal de dos, troubles du sommeil, modification de l’appétit.

Signes émotionnels: anxiété, frustration, sentiment de culpabilité, sautes d’humeur, pessimisme ou optimisme injustifié, irritabilité, crises de larmes, cauchemars, apathie, dépression.

Symptômes mentaux: trous de mémoire, difficultés de concentration, rendement médiocre au travail, attitude négative, perte de créativité et de motivation, sensation d’ennui, discours intérieur négatif, paranoïa.

Symptômes relationnels: sentiment d’isolement, intolérance à l’égard d’autrui, ressentiment, solitude, problèmes de couple, remarques continuelles, repli sur soi, comportement anti-social.

Modification du comportement: consommation accrue d’alcool, de médicaments et/ou de tabac, changements dans les habitudes alimentaires ou le comportement sexuel, propension accrue à prendre des risques, hyperactivité, évitement, attitudes cyniques.

Effondrement des systèmes de croyance: sentiment de vide, remise en question des convictions religieuses, sentiment de ne pas être pardonné, recherche de solutions magiques, perte des raisons de vivre, besoin de conforter son estime de soi, attitude cynique face à la vie.

Il importe que:

• vous réalisiez que les sentiments de détresse que vous éprouvez ou que vous observez chez d’autres sont normaux et qu’il ne s’agit nullement de manifestations d’une fragilité personnelle ou d’un manque de professionnalisme;

• vous notiez les signes et les symptômes qui trahissent une trop forte sollicitation de vos mécanismes d’adaptation;

• vous veilliez à obtenir un appui, non seulement pour combattre les symptômes du stress qui se manifestent en vous, mais aussi pour identifier la cause de ce stress et la combattre.

Dans une équipe, les réactions de groupe suivantes peuvent être la conséquence du stress cumulatif:

Colère à l’égard de la hiérarchie
Manque d’initiative
Formation de clans
Conflit entre groupes
Renouvellement fréquent du personnel
Attitude négative à l’égard du lieu de travail
Attitude critique envers les collègues
Mentalité de bouc émissaire

Rôle de la hiérarchie

Les chefs de délégation ou de sous-délégation peuvent jouer un rôle essentiel dans la prévention du stress cumulatif, et maintenir ainsi un environnement de travail sain. Non seulement ils peuvent donner l’exemple d’un comportement sain, mais ils peuvent aussi donner aux délégués l’occasion de parler des tensions et des problèmes de communication existant au sein de la délégation, faciliter la pratique d’un sport ou d’autres activités extraprofessionnelles ou organiser des réunions amicales.

S’il observe qu’un délégué ne va pas bien, son supérieur hiérarchique devra lui donner la possibilité de se reposer et de parler des causes de son stress. En fonction du degré de gravité de la situation, il pourra éventuellement lui accorder un long week-end de repos ou un congé de détente (R&R) hors du pays (si cette disposition réglementaire est applicable).

! Le stress cumulatif est évitable et réversible: il incombe à la fois aux délégués et à leurs supérieurs hiérarchiques de le prévenir.

Comment prévenir le stress cumulatif?

! Prenez soin de vous – Ne négligez pas l’importance d’un système de soutien adéquat

Utilisez pleinement vos ressources personnelles

• réseau social
• activités de loisir

Apprenez à vous connaître

• vos ressources
• vos limites
• vos réactions face au stress (voir le questionnaire sur le stress)

Partagez – Communiquez – Exprimez-vous clairement

• Trouvez quelqu’un à qui vous pourrez faire part de vos doutes, de vos craintes, de vos déceptions.

• Dites quels sont vos besoins (à votre chef de délégation, à vos collègues).

• Sachez dire «non» (par exemple si l’on exige trop de vous sur le plan professionnel).

Soutenez-vous mutuellement

• Montrez à vos collègues que vous vous intéressez à eux et sachez les écouter.

• Évitez de les critiquer ou de dévaloriser leurs remarques.

• Soyez attentif à leurs changements de comportement et, au besoin, proposez quelque chose (par exemple, un long week-end).

• En cas d’incident de sécurité, prenez le temps de parler et de partager vos émotions.

Demandez un soutien à Genève

• à la responsable santé

• aux psychothérapeutes (par téléphone, courrier électronique ou fax. Au besoin, elles peuvent se déplacer sur le terrain.)

Bjorn EDER/Fédération

Quelques recommandations

• Respectez autant que possible l’horaire de travail normal. Évitez de travailler le week-end.
• Consacrez suffisamment de temps au repos, à la détente et à la vie sociale.
• Prenez des repas équilibrés et mangez à des heures régulières. Évitez l’abus d’alcool.
• Veillez à rester en bonne forme physique. Faites des choses qui vous font plaisir.

Comment faire face aux expériences traumatiques

Qu’est-ce qu’une expérience traumatique?

Une expérience traumatique est un événement particulièrement pénible que vous avez vécu ou dont vous avez été témoin, comme perdre un proche, être blessé, être impliqué dans un accident ou encore faire l’objet de violences. Vous pouvez avoir été témoin de quelque chose qui vous a profondément choqué ou vous être trouvé vous-même dans une situation effrayante – guerre, massacre, catastrophe naturelle ou technologique – qui aurait perturbé n’importe qui d’autre.

Il est normal de réagir à une expérience traumatique. Vous pouvez ressentir de vives émotions en pensant à ce qui aurait pu se produire.

Réactions possibles au cours des premiers jours et des premières semaines:

• Tout semble irréel, cauchemardesque. Vous avez de la peine à comprendre et à accepter ce qui s’est passé.

• Vous souffrez de maux de tête, vous ne vous sentez pas bien ou vous grelottez. Vous transpirez ou vos muscles sont tendus.

• Vous vous sentez triste, détaché ou émotionnellement insensible.

• Vous êtes tendu ou nerveux à l’évocation des événements et vous évitez les situations qui rappelle le trauma.

• Vous avez du mal à trouver le sommeil, vous vous réveillez la nuit, vous faites des cauchemars.

• Les événements vous reviennent sans cesse à l’esprit.

• Vous revivez l’incident dans le détail, en retrouvant même les odeurs et les bruits.

• Vous craignez que cet événement dramatique se reproduise, vous avez peur de devenir fou.

• Vous avez tendance à ressasser les événements, à en rechercher la cause. Vous vous sentez responsable et regrettez de ne pas avoir agi autrement.

Dans une même situation, certaines personnes réagissent plus vivement que d’autres.

Avec le temps, ces réactions normales à une situation inhabituelle s’estompent. Vos réactions vous aident à gérer psychologiquement l’expérience que vous venez de vivre. Peu à peu, vous vous remettrez de cet événement traumatique et votre vie reprendra un cours normal.

Que faire pour se sentir mieux?

• En cas d’incident de sécurité ou d’événement traumatique, votre chef de délégation vous informera des formalités administratives. Confiez-vous à quelqu’un avec qui vous vous sentez à l’aise, décrivez-lui ce à quoi vous avez pensé ou ce que vous avez ressenti pendant ou après l’incident. Parler de ses expériences douloureuses permet de les dépasser.

• N’oubliez pas que vos réactions sont normales et inévitables. Il est utile de verbaliser vos sentiments, même s’ils sont effrayants ou étranges. Il est parfois plus facile d’exprimer ses sentiments par des actes plutôt que par la parole. Dessinez, peignez, écrivez, faites de la musique ou dépensez-vous.

• Soyez conscient de votre état de tension et essayez résolument de vous détendre. Ralentissez votre respiration et relâchez vos muscles.

• Écoutez ce que les gens de votre entourage pensent et disent de l’incident. Eux aussi ont été touchés.

• Prenez particulièrement soin de vous. Essayez de vous nourrir correctement et d’éviter la consommation d’alcool. L’exercice physique vous sera bénéfique car il permet d’évacuer les tensions.

• Si vous éprouvez des difficultés à vous concentrer, tenez-vous en à des tâches routinières. Expliquez à vos collègues et à vos supérieurs hiérarchiques que vous avez été perturbé par cette expérience traumatique, afin qu’ils comprennent votre attitude.

• Si vous avez des insomnies ou si vous vous sentez trop anxieux, parlez-en à une personne en qui vous avez confiance ou à votre chef de délégation. Ne recourez pas à l’automédication et demandez un avis médical.

• Faites le bilan de ce que vous avez perdu. Donnez-vous du temps. Il en faut pour se créer de nouveaux repères après un événement traumatique sérieux.

• Cependant, si au bout de quelques semaines, vous constatez que vous ne parvenez pas à vous reprendre ou si vos réactions demeurent excessives, adressez-vous à la responsable santé ou à l’une des conseillères de la Fédération pour les problèmes de stress et expliquez ce que vous ressentez.

• À votre retour à Genève, demandez à rencontrer l’une des conseillères pour un débriefing de deux heures.

N’oubliez pas

Parlez et verbalisez vos émotions dès que possible.
Il est normal d’être perturbé après un événement traumatique.
Il faut du temps pour récupérer après un trauma.
Si vous ne vous en sortez pas seul, demandez de l’aide.
Ne vous isolez pas.

Mikkel OESTERGAARD/Fédération

Le briefing et le débriefing psychologiques

! Les séances de briefing et de débriefing sont confidentielles

Il ne s’agit pas de séances de thérapie, mais d’un examen approfondi de la façon dont vos expériences peuvent avoir influé sur vous dans le passé et peuvent influer sur votre comportement à l’avenir.

Quels sont les objectifs?

• vous aider à réfléchir et à comprendre vos attitudes et vos réactions pendant votre mission;

• examiner de quelle manière vous pourrez mettre à profit votre expérience du stress dans le cadre de votre prochaine affectation;

• étudier tout problème personnel;

• dans le cas d’un débriefing, vous donner l’occasion de réfléchir à la prochaine étape de votre parcours et/ou vous aider à envisager votre retour à une vie «normale».

Qui allez-vous rencontrer?

• L’une des deux conseillères de la Fédération pour les problèmes de stress. Chacune d’elles est responsable de certains pays, mais le principe est qu’un délégué soit suivi par la même personne dans ses différentes missions.

Comment cela se passera-t-il?

• Vous pourrez aborder n’importe quelle question.

• La psychothérapeute vous posera des questions pour vous aider à mieux vous remémorer vos expériences antérieures et vos réactions dans les situations de stress. Elle pourra aussi vous aider à réfléchir aux moyens de prévenir le stress sur le terrain et de développer vos mécanismes d’adaptation à de telles situations.

• Elle vous donnera des informations sur le soutien qu’elle peut vous apporter pendant votre mission.

Bref questionnaire pour évaluer votre niveau de stress*

* Source: «The relief worker burnout questionnaire» dans Coping with disaster, un guide préparé pour «Mental Health Workers without Borders», de John H. Ehrenreich, 1999.

Interprétation des réponses au questionnaire: Il n’existe pas de normes formelles pour évaluer les réponses au questionnaire. Si le résultat est compris entre 0 et 15 points, le délégué fait vraisemblablement face au stress occasionné par son travail de façon appropriée. Entre 16 et 25 points, on dira que le délégué subit un stress lié à son activité professionnelle et qu’il serait bon pour lui de prendre des mesures préventives. Si le nombre de points se situe entre 26 et 35, le délégué souffre peut-être d’un burn-out. Au-delà de 35 points, on est probablement en présence d’un burn-out.

Instructions: Notez, en regard de chaque question, à quelle fréquence (de 0 à 4) vous avez ressenti le symptôme décrit au cours du mois écoulé.

0 = jamais
1 = de temps en temps
2 = assez souvent
3 = très souvent
4 = presque constamment

1. Vous fatiguez-vous facilement? Vous sentez-vous très souvent fatigué même après une bonne nuit de sommeil?

2. Êtes-vous agacé lorsqu’on vous demande quelque chose ou lorsque les gens vous racontent les menus détails de leur vie quotidienne? Le moindre petit tracas vous rend-il irritable ou impatient?

3. Vous sentez-vous de plus en plus critique, cynique ou désabusé?

4. Êtes-vous triste sans pouvoir expliquer pourquoi? Pleurez-vous plus souvent qu’à l’habitude?

5. Avez-vous tendance à oublier des rendez-vous, à ne pas respecter les délais fixés, à égarer vos affaires personnelles? Êtes-vous distrait?

6. Fréquentez-vous moins souvent vos amis proches et les membres de votre famille? Préférez-vous rester seul et avez-vous tendance à éviter même vos amis proches?

7. Toute tâche, même routinière, vous demande-t-elle un effort?

8. Vous plaignez-vous de maux d’estomac, de maux de tête, de rhumes qui perdurent, ou d’autres maux diffus?

9. Vous sentez-vous perdu ou désorienté lorsque la journée de travail se termine et que cesse l’agitation?

10. Avez-vous perdu l’intérêt ou le goût que vous manifestiez auparavant pour certaines activités?

11. Manquez-vous d’entrain dans votre travail? Avez-vous des sentiments négatifs vis-à-vis de votre travail? Vous semble-t-il vain? Vous déprime-t-il?

12. Estimez-vous que vous êtes moins efficace que vous ne devriez l’être?

13. Mangez-vous davantage (ou moins), avez-vous augmenté votre consommation de tabac, d’alcool ou de médicaments, pour arriver à assurer votre travail?

NOMBRE TOTAL DE POINTS (Additionnez les points correspondant à vos réponses aux questions 1 à 13)

 Humor Therapy: Relieving Chronic Pain and Enhancing Happiness for Older Adults. Journal of Aging Research.

Résumé

L’étude présente a examiné l’efficacité d’un programme de thérapie d’humour dans le soulagement de la douleur chronique, l’amélioration du bonheur, la satisfaction de vie et la réduction de la solitude parmi des personnes plus âgées avec une douleur chronique. C’était une conception pré-test/post-test quasi-expérimentale contrôlée. Les personnes plus âgées dans une maison de retraite ont été invitées à rejoindre un programme de thérapie d’humour de 8 semaines, tandis que celles dans une autre maison de retraite ont été traitées comme un groupe témoin et n’ont pas eu accès au programme. Il y avait 36 personnes plus âgées dans le groupe expérimental et 34 dans le groupe témoin. A l’achèvement du programme de thérapie d’humour, il y avait des diminutions significatives dans la douleur et la perception de la solitude et des augmentations significatives du bonheur et de la satisfaction de vie pour le groupe expérimental, mais pas pour le groupe témoin. L’utilisation de thérapie d’humour semble être une intervention non pharmacologique efficace. Les infirmières et d’autres professionnels de la santé pourraient incorporer l’humour par souci pour leurs patients.

1. Introduction

À la lumière des changements physiologiques associés au vieillissement, les personnes plus âgées sont plus susceptibles aux maladies de sortes diverses. En effet, les maladies les plus liées à l’âge sont des maladies qui apportent la douleur chronique et l’invalidité. Le rapport de n’importe quelle douleur est commun dans la population adulte plus vieille, avec des évaluations de 55 %-66 %. La fréquence de douleurs chroniques est  de 25 %-50 % pour des personnes plus âgées demeurant dans la communauté. La douleur est aussi commune dans des maisons de retraite, avec 45 %-80 % des résidents de maison de retraite souffrant de  douleurs substantielles. La douleur chronique est considérée comme la douleur qui persiste après le temps normal de guérison. Trois mois est le point moyen de division entre la douleur aiguë et la douleur chronique.

La douleur chronique est commune plus tard dans la vie et est associée aux états d’humeur négatifs et la satisfaction de vie. Beaucoup de personnes plus âgées acceptent la douleur dans le cadre de leur vie et ne cherchent pas d’aide jusqu’à ce que cela devienne sévère et insupportable. Les conséquences de la douleur chronique parmi des personnes plus âgées sont considérables et incluent la solitude, l’isolement social, la dépression, la détérioration de la mobilité fonctionnelle et de la marche et l’augmentation de l’utilisation des moyens de santé et des coûts. Elles ont tendance à devenir isolées et peu disposées à sortir et à rencontrer des amis et des membres de la famille; elles vont aussi moins probablement exprimer leurs sentiments et ainsi plus probablement devenir solitaires. Ceci peut créer des malentendus et des conflits même interpersonnels parmi des membres de la famille et les amis qui se soucient d’eux. En effet, ces impacts négatifs de douleur chronique sont plus inquiétants pour des personnes plus âgées dans le soin résidentiel.

La gestion de la douleur chronique est généralement inadéquate. Les médecins sont souvent réticents pour prescrire le traitement analgésique adéquat de crainte de l’incitation de la toxicomanie. Il a été prouvé que l’on a ordonné plus de 50 % de médicaments analgésiques “comme nécessaire” à la base. Cela place la responsabilité du soulagement de la douleur au niveau de la victime, qui  doit le demander. En outre, la demande de traitement sera probablement faite seulement quand la douleur aura atteint la limite de tolérance du patient. Cela limite le succès de cette stratégie, parce que les personnes plus âgées acceptent généralement la douleur dans le cadre du vieillissement et ne demandent pas souvent le soulagement de la douleur malgré la douleur intense. À cet égard, l’utilisation de médicaments sans prescription, de préférence non-pharmacologique, les mesures de soulagement de la douleur sont attrayantes pour réduire l’invalidité et la détresse associée à la douleur chronique.

Des stratégies de gestion de la douleur non-pharmacologiques englobent une large gamme d’interventions et de modalités physiques, y compris des programmes d’éducation, la thérapie cognitive-comportementale, l’acuponcture, la stimulation de nerf trans-dermique, la chiropraxie, la chaleur, le froid, le massage et la relaxation. L’approche cognitive-comportementale de la gestion de la douleur se concentre sur le rôle de facteurs cognitifs et leur relation sur la perception de la douleur. Il est raisonnable de suggérer que la modification de connaissance puisse être efficace dans le changement de l’expérience de douleur. Des stratégies cognitives-comportementales pour la gestion de la douleur incluent l’hypnose, la relaxation avec des images guidées, la distraction et l’utilisation de groupes d’entraide. La distraction est une des utilisations importantes des techniques cognitives-comportementales pour soulager la douleur, comme suggéré dans la théorie des postes de contrôle. Et l’humour est une des techniques de distraction utilisées dans le contrôle de la douleur.

La théorie des postes de contrôle décrit trois dimensions de douleur : contrôle sensoriel distinctif, contrôle des motivations et de l’affectif et contrôle cognitif. La transmission d’impulsions nerveuses aux cellules de transmission de la moelle épinière est modulée par un mécanisme consignant spinal dans la corne dorsale. Le mécanisme consignant spinal est influencé par la quantité d’activité dans les fibres de grand diamètre et de celle dans les fibres de petit diamètre portant les impulsions nerveuses. L’activité dans les grandes fibres a tendance à interdire la transmission, tandis que l’activité dans les petites fibres a tendance à faciliter la transmission. De même, le mécanisme consignant spinal est influencé par les impulsions nerveuses qui descendent du cerveau. Selon Melzack, des processus cognitifs sélectifs sont activés par un système spécialisé de fibres de grand diamètre et ont la propriété de moduler le mécanisme consignant spinal par des fibres descendantes. Des études expérimentales et cliniques soutiennent le concept de la transmission de la douleur comme étant modulé par l’apport centripète de la périphérie, descendant des systèmes inhibiteurs et des facteurs psychologiques.

Dans le Dictionnaire anglais d’Oxford, l’humour est défini comme “une qualité d’action, de discours, ou d’écrits qui excite l’amusement; singularité, jovialité, fait d’être facétieux, comique, amusement”. L’humour implique des aspects cognitifs, émotionnels, comportementaux, psychophysiologiques et sociaux. L’humour peut se référer à un stimulus comme un film de comédie, un processus mental comme la perception, ou une réponse comme le rire et la joie de vivre. En effet, le rire est l’expression comportementale la plus commune d’une expérience pleine d’humour. L’humour et le rire sont typiquement associés à un sentiment émotionnel agréable.

On a montré que l’humour  augmente la capacité pulmonaire, renforce les muscles abdominaux et augmente l’immunoglobuline A, qui est un des anticorps majeurs produits par le système immunitaire. L’humour cause des réductions de cortisol, des hormones de croissance et de l’adrénaline. Le rire et l’humour augmente l’activité des cellules tueuses naturelles, de l’immunoglobuline G et de l’immunoglobuline M pendant au moins 12 heures et ces évaluations provoquent des résultats de santé avantageux. L’utilisation d’humour systématiquement (de façon cohérente) aboutit aux améliorations des seuils de douleur.

L’humour mène aussi à la sécrétion d’endorphines dans le cerveau, qui aident à contrôler la douleur. Dans une étude de laboratoire de tolérance de douleur utilisant le froid, les participants au groupe d’humour avaient une augmentation significative de la tolérance à la douleur en comparaison des autres groupes. La gestion de la douleur avec l’humour se révélait être plus efficace que la gestion de la douleur seule. Des découvertes qualitatives ont aussi soutenu l’efficacité d’humour dans le soin palliatif.

Cependant, les personnes plus âgées peuvent ne pas pouvoir recevoir la formation suffisante et l’éducation suffisante dans des thérapies cognitives, dans la thérapie d’humour et le soulagement de la douleur en particulier. À la lumière de la gestion inadéquate de situations de douleurs chroniques parmi des personnes plus âgées dans le soin résidentiel et des effets thérapeutiques potentiels d’humour, l’étude présente a proposé un programme de thérapie d’humour pour des personnes plus âgées pour soulager leur douleur chronique et améliorer leur bien-être psychologique. Les objectifs étaient d’examiner l’efficacité de la thérapie d’humour dans le soulagement de la douleur chronique, l’amélioration du bonheur et de la satisfaction de vie et la réduction de la solitude parmi des personnes plus âgées avec une douleur chronique.

2. Méthodes
2.1. Conception et Échantillon

Cette recherche était une conception pré-test/post-test quasi-expérimentale contrôlée. Après l’approbation du Comité d’Éthique de l’université, on s’est approché d’une organisation exploitant des maisons de soin résidentielles pour des personnes plus âgées et invitées participer à l’étude. Dans cette organisation, deux maisons de retraite ont été aléatoirement choisies, un comme le groupe expérimental (recevant la thérapie d’humour) et l’autre comme le groupe témoin (sans thérapie d’humour). Ces deux maisons de retraite étaient semblables dans la nature, fonctionnant sous la même organisation, avec un ratio de personnel semblable par rapport aux patients. De plus, les ressources, l’espace et la qualité de services étaient semblables dans ces maisons.

Les affiches ont été affichées dans les salles de réception et les entrées des maisons de retraite pour informer et inviter des résidents à rejoindre l’étude ; de même, le personnel de la maison de retraite a recommandé que l’équipe de recherche s’approche des résidents potentiels pour vérifier les critères d’inclusion. Le consentement Écrit a été obtenu pour tous les participants. Les critères d’inclusion pour les participants ont inclus la capacité de communiquer, étant cognitivement intact, ayant éprouvé la douleur dans les trois mois précédents et étant enclin à participer au programme de thérapie d’humour entier. Ceux qui ont été cognitivement mis hors de service, avaient des troubles mentaux ou étaient complètement aveugles ou sourds ont été exclus de cette étude.

Dans le groupe expérimental, l’équipe de recherche s’est approchée de 65 personnes plus âgées et invitées à rejoindre l’étude. Il y avait 41 personnes présentant les critères d’inclusion et ayant souffert de douleur pendant plus de trois mois et 36 d’entre elles ont consenti à participer à notre étude. Quant au groupe témoin, on s’est approché de 61 personnes plus âgées, dont 42 ayant subi la douleur pendant plus de trois mois et présentant tous les critères d’inclusion. Parmi celles-ci, 34 ont consenti rejoindre l’étude. Cette procédure est illustrée selon le diagramme de la Figure 1.

2.2. Programme de Thérapie d’Humour

La thérapie d’humour a été effectuée dans la pièce  multifonction de la maison de retraite. C’était un programme de 8 semaines impliquant une heure par semaine. L’atmosphère globale a été détendue et gaie pendant toutes les sessions de thérapie d’humour.

En première semaine, chaque participant recevrait un portefeuille appelé “Ma Collection Heureuse”. L’équipe de recherche travaillerait avec les participants pour concevoir et faire des entrées dans les portefeuilles, avec des livres drôles et des photos, des plaisanteries, des cassettes audio drôles et des vidéos, des comédies et des dessins animés et des nouvelles drôles et intéressantes, des articles, des histoires et des réflexions. Leurs portefeuilles ont été passés en revue chaque semaine et n’importe quelles difficultés ou bonheurs dans la fabrication des portefeuilles ont été partagés.

Dans les semaines suivantes, la thérapie d’humour a été effectuée par l’équipe de recherche. De la semaine 2 à la semaine 8, chaque session a commencé avec une plaisanterie du jour et la lecture d’histoires drôles ; on a alors donné des cours sur la recherche d’humour. On a aussi montré aux participants du groupe de thérapie comment donner une priorité plus haute de l’humour dans leurs vies quotidiennes, en riant des exercices et des jeux, en partageant leurs propres histoires drôles, avec des spectacles de magie et des astuces pour stimuler l’humour et la joie.

À la fin de la 8ème semaine, les portefeuilles ont été partagés entre tous les participants. Des questionnaires post-test ont été aussi rassemblés et les participants au groupe expérimental ont été invités à partager leur expérience de la thérapie d’humour pendant un entretien.

2.3. Procédures et Instruments

Des données démographiques incluant le genre, l’âge, l’historique de santé  et le temps passé dans des maisons de retraite ont été rassemblées pour tous les participants. De même, la perception de la douleur et des paramètres psychologiques incluant le bonheur, la solitude et la satisfaction de vie ont été examinés avant la semaine 1 et après le programme de thérapie d’humour de 8 semaines pour tous les participants.

La douleur a été mesurée par l’Échelle de douleur. L’échelle a 11 niveaux : 0 = aucune douleur, 1 = douleur très légère, 2 = inconfortablement douloureux, 3 = douleur tolérable, 4 = péniblement douloureux, 5 = très péniblement douloureux, 6 = douleur intense, 7 = douleur très intense, 8 = douleur tout à fait horrible, 9 = douleur insupportable et 10 = douleur incroyablement insupportable. Les participants ont été instruits pour la connaître et choisir l’option qui a le mieux décrit la douleur dans leur expérience. La fiabilité et la validité de l’échelle de douleur a été établie précédemment.

Le bonheur a été mesuré par l’Échelle de Bonheur Subjective, qui consiste en la mesure de 4 articles en bonheur subjectif global. Les articles sont notés sur une échelle de Likert à 7 points avec des descripteurs différents pour chaque article. L’alpha de Cronbach était 0.79 à 0.94. La fiabilité s’est étendue de 0.55 à 0.90. Deux articles ont demandé aux participants de se caractériser en utilisant tant des évaluations absolues que des évaluations égales, tandis que les deux autres articles offraient de brèves descriptions d’individus heureux et malheureux et ont demandé aux participants la mesure à laquelle chaque caractérisation les décrivait. La gamme totale du nombre était 4-28, avec le nombre le plus haut reflétant le bonheur le plus grand. La permission a été obtenue des Professeurs Lyubomirsky et Lepper pour la traduction et l’utilisation du SHS dans l’étude présente. Le SHS a utilisé seulement 4 questions courtes, simples et chaque effort a été fait pour rendre la traduction du SHS facilement compréhensible et applicable aux personnes âgées dans l’étude présente.

L’Échelle de Solitude d’UCLA(d’université de Californie à Los Angeles) Révisée est une échelle standard pour la mesure de la solitude. Dans la version 3, il y a 20 articles,  9 positifs et 11 négatifs. On demande aux candidats d’évaluer comment ils se sentent, de ” jamais” à “souvent”. Chacun des 20 articles est évalué sur une échelle de 1 (jamais), 2 (rarement), 3 (parfois) et 4 (souvent). Après le changement marquant des articles appropriés, la solitude a été calculé en additionnant tous les articles. La gamme possible allait de 20 à 80, avec le  nombre le plus haut signifiant la solitude la plus grande. On considère le nombre de 30 à 40 comme une expérience normale de solitude, tandis qu’au-dessus de 60 une personne éprouve une solitude sévère. Le test de fiabilité indique que la cohérence interne de cette échelle a un alpha de Cronbach de 0.89 à 0.94 et la fiabilité est de 0.73. Une version  de l’Échelle de Solitude d’UCLA(d’université de Californie à Los Angeles) Révisée a été validée et utilisée et l’alpha de Cronbach de l’Échelle de Solitude d’UCLA(d’université de Californie à Los Angeles) était de 0.90 .

L’échelle de l’Indice de Satisfaction de Vie consiste en 18 questions liées à cinq composants différents : geste, résolution et fermeté, confluence entre buts désirés et atteints, auto-concept positif et humeur. Les articles ont marqué des points 1 point pour est d’accord et 0 pour ne sont pas d’accord. Le Changement marquant des articles appropriés a fourni une gamme de nombres de 0 à 18, avec le nombre le plus haut indiquant la satisfaction la plus grande. La version utilisée, avec un alpha de Cronbach à 0.7 pour la fiabilité et la valeur 0.62 pour la cohérence interne.

2.4. Analyse de Données

Plusieurs méthodes statistiques ont été utilisées dans l’analyse de données. L’analyse statistique descriptive des données quantitatives a été conduite utilisant le SPSS  version 13.0. Le Chi carré et Mann-Whitney U sont des tests qui ont été utilisés pour déterminer n’importe quelles différences entre le groupe expérimental et le groupe témoin, tandis que le Wilcoxon a été utilisé pour examiner des différences dans les groupes. Le test de Friedman a été utilisé pour détecter des changements du bonheur et le grand nombre de douleur pendant la thérapie d’humour de 8 semaines dans le groupe expérimental. La valeur de P < .05 est considérée comme statistiquement significatif.

3. Résultats
3.1. Données Démographiques

Des 70 personnes plus âgées qui ont participé à l’étude, 36 étaient dans le groupe expérimental et 34 dans le groupe témoin. Il y avait 38 femmes et 32 hommes et leurs âges se sont étendus de 65 à 95 ans, avec l’âge médian s’étendant de 80 à 89. L’âge moyen était 78.25 pour le groupe expérimental et 79.38 pour le groupe témoin. La table 1 montre les données démographiques et la Figure 2 montre les emplacements de la douleur pour les participants des deux groupes.

Table 1: Demographic data for participants of experimental and control groups.
    Experimental group (%) = 36 mean (SD)    Control group (%) = 34 mean (SD)    -value#
Sex    .052
Female    15 (42)    23 (68)    
Male    21 (58)    11 (32)    
Age    .365
Mean    78.25    79.38    
Range    60–89    65–92    
Time spent in nursing home (years)    .082
1–3 years    15 (42)    20 (59)    
4–6 years    11 (31)    12 (35)    
7–9 years    6 (17)    2 (6)    
≥10 years    4 (11)    0 (0)    
Past health history (more than one can be selected)
Stroke    5 (14)    2 (6)    .264
Hypertension    17 (47)    16 (47)    .989
DM    6 (17)    14 (41)    .045*
Cardiac disease    6 (17)    3 (9)    .534
Others    23 (64)    20 (59)    .850
Pain scores (baseline)
Pain scores    5.19 ± 2.12    5.50 ± 1.88    .612
Situation of pain (more than one can be selected)
Any time    7 (19)    8 (24)    .677
Sleeping    10 (28)    13 (38)    .352
Waking up    5 (14)    4 (12)    .791
Exercising    16 (44)    23 (68)    .051
Grooming    0 (0)    4 (12)    .109
Others    4 (11)    0 (0)    .137
No    22 (61)    23 (68)    
Use of medications as pain relief
Yes    14 (39)    11 (32)    .748
No    22 (61)    23 (68)

La plupart des participants avaient été dans une maison de retraite pendant 1-3 ans. Aucune différence significative n’a été trouvée dans les caractéristiques démographiques de sexe, l’âge, le temps passé dans une maison de retraite, l’historique de santé, l’intensité de la douleur, la situation de la douleur et l’utilisation de médicaments entre des personnes plus âgées dans le groupe expérimental et les contrôles (P > .05). En termes d’historique de santé, il a été trouvé que plus de participants au groupe témoin avaient le DM que dans le groupe expérimental. Malgré ceci, la condition de DM de ces participants avait été stable et avait été contrôlée par des interventions diététiques et ou des médicaments, ainsi on n’a pas considéré la présence de DM comme susceptible d’affecter leur performance et le plaisir de la thérapie d’humour. En dehors de leur histoire de santé passée, les participants à l’expérimental et au groupe témoin étaient semblables en termes de caractéristiques démographiques.

3.2. Douleur et Paramètres Psychologiques pour Personnes plus âgées
3.2.1. Ligne de base (semaine 1) pour Expérimental et Groupe témoin

Intensité de la douleur moyenne indiquée était de 5.19 dans l’expérimental et de 5.50 dans le groupe témoin ; l’emplacement de la douleur était principalement au genou et à l’arrière et c’était de nature locomotrice. Parce que les participants avaient éprouvé la douleur pendant les trois mois précédents, elle a été considérée comme une douleur chronique. Il n’y avait aucune différence significative de l’intensité de la douleur et des paramètres psychologiques des participants entre l’expérimental et le groupe témoin (P > .05) à la base (la semaine 1)  En tant que tel, les deux groupes se révélaient être identiques dans leur situation de douleur, aussi bien que dans le bonheur, la solitude et la satisfaction de vie.

3.2.2. Post-intervention (semaine 8) pour Expérimental et Groupe témoin

Il y avait des améliorations significatives de l’intensité de la douleur et de tous les paramètres psychologiques en post-intervention du groupe expérimental (la semaine 8) en comparaison de la ligne de base (la semaine 1) (P<.05) (Table 2), mais aucune amélioration semblable du groupe témoin (P > .05). De plus, il y avait des différences significatives entre l’expérimental et le groupe témoin en terme de réduction de l’intensité de la douleur et d’augmentation du bonheur et de la satisfaction de vie dans la phase post-intervention (P<.05), à part le grand nombre de solitude (P> .05). En tant que tel, il y avait une réduction significative de l’intensité de la douleur de 5.19 ± 2.12 à 3.22 ± 1.48 et une réduction de la solitude de 42.50 ± 8.25 à 39.44 ± 7.96 après l’intervention de la thérapie d’humour, aussi bien que des augmentations significatives du bonheur de 16.19 ± 5.14 à 23.03 ± 3.40 et de la satisfaction de vie de 10.50 ± 2.88 à 12.67 ± 2.22 pour des participants au groupe expérimental. Cependant, il n’y avait aucune réduction significative de la douleur ou aucune augmentation du bonheur et de la satisfaction de vie pour les participants au groupe témoin.

Table 2: Comparison of experimental & control groups: baseline (week 1) versus postintervention (week 8).
Experimental group ( = 36)    -value     Control group ( = 34)            
Baseline (week 1) Mean ± SD    Post interventio (week 8) Mean ± SD  P-valueB2  Baseline (week 1) Mean ± SD    Post intervention (week 8) Mean ± SD  P-valueB1   P-valueB1   P-valueB4
Pain    5.19 ± 2.12    3.22 ± 1.48    0.000*    5.5 ± 1.88    5.18 ± 1.62    0.150    0.612    0.000*
Happiness    16.19 ± 5.14    23.03 ± 3.40    0.000*    16.82 ± 4.9    17.00 ± 4.65    0.958    0.628    0.000*
UCLA (Loneliness)    42.50 ± 8.25    39.44 ± 7.96    0.001*    43.29 ± 9.14    42.85 ± 8.92    0.291    0.629    0.096
Life Satisfaction    10.50 ± 2.88    12.67 ± 2.22    0.000*    10.12 ± 3.21    10.32 ± 2.76    0.470    0.736    0.001*
B1 : Experimental versus control group at baseline (week 1); (Mann-Whitney U Test).
B2 : Experimental group (baseline versus postintervention); (Wilcoxon Signed Ranks Test).
B3 : Control group (baseline versus postintervention); (Wilcoxon Signed Ranks Test).
B4 : Experimental group versus control group postintervention (week 8); (Mann-Whitney U Test).
*A P-value of <.05 was considered statistically significant.

3.2.3. Douleur et Bonheur pour les Participants au Groupe Expérimental

Le test de Friedman a été utilisé pour tester les changements du bonheur et de l’intensité de la douleur à travers le programme de thérapie d’humour de 8 semaines. La figure 3 montre la tendance en diminution de l’intensité moyenne de la douleur et l’augmentation moyenne du bonheur ; ces changements étaient statistiquement significatifs (P<.05).

La figure 3 : Douleur et  bonheur dans le programme de thérapie d’humour de 8 semaines. *The Friedman Test a été utilisé. *Une valeur de  P< .05 est considérée comme statistiquement significatif.

4. Discussion

L’étude présente a démontré les effets thérapeutiques de la thérapie d’humour dans la réduction de la douleur et de la solitude et dans l’amélioration du bonheur et de la satisfaction de vie parmi des personnes plus âgées avec une douleur chronique vivant dans des maisons de retraite.

La fréquence et l’impact de la douleur chronique continuent à augmenter;  la gestion au quotidien des douleurs chroniques représente donc un défi majeur. Dans l’étude présente, la majorité de personnes plus âgées (61 % à 69 %; expérimental à groupe témoin) a déclaré qu’ils avaient éprouvé une douleur pendant les trois mois précédents. L’intensité de la douleur se révélait être haute, avec une intensité de douleur moyenne de plus de cinq sur l’échelle de douleur numérique à 10 points. Ces découvertes étaient compatibles avec la littérature, suggérant que les résidents plus vieux dans les maisons de retraite avaient des douleurs chroniques importantes.

Dans l’étude présente, le début de la douleur pour les personnes âgées pouvait avoir lieu à tout moment (19 % à 24 %), pendant le sommeil (28 % à 38 %), au réveil (14 % à 12 %) lors d’exercice (44 % à 68 %). Ces découvertes illustrent l’impact de la douleur chronique sur la qualité de la vie des personnes plus âgées. Une des causes principales d’un style de vie sédentaire est la douleur chronique et ceci est plus commun parmi les personnes âgées. La conséquence de la douleur, c’est qu’il est difficile pour des personnes plus âgées de fonctionner quotidiennement et de s’engager dans des événements sociaux. En effet, la douleur chronique limite la mobilité physique et fonctionnelle et la marche, menant à l’atrophie des muscles et causant des chutes et des blessures.

Malheureusement, l’utilisation de médicaments et de méthodes non-pharmacologiques comme soulagement de la douleur a été  tristement inadéquate. Seulement 32 % à 39 % de nos participants ont pris des médicaments pour soulager la douleur. Ces découvertes sont en accord avec la littérature quant aux actions des personnes plus âgées pour chercher des médicaments.

Il est prouvé que les personnes plus âgées sont réticentes à demander le soulagement de la douleur, essayant de supporter la douleur comme une partie “normale” du vieillissement et souhaitant éviter d’être étiquetés comme “se plaignant”. Il peut être difficile d’encourager des patients à exiger un soulagement plus complet de la douleur. À cette fin, des interventions non-pharmacologiques peuvent être très efficaces pour tous les types et intensités de douleur et sont recommandées quand utilisées simultanément avec des interventions pharmacologiques dans le traitement de la douleur.

Il est inquiétant aussi de constater que les participants tant dans l’expérimental que dans le groupe témoin avaient un bonheur bas et une satisfaction de vie basse et aussi une grande solitude à la ligne des bases. Le score maximal pour le bonheur étant 28, le bonheur moyen tournait autour de 16 tant pour l’expérimental que pour le groupe témoin, ce qui indique un niveau relativement bas de bonheur. De même, le score maximal pour la satisfaction de vie étant 18 le chiffre moyen était autour de 10 pour les participants des deux groupes indiquant une satisfaction relativement basse dans la vie. Il inquiète aussi de constater que la solitude était autour 42 pour des personnes plus âgées dans les deux groupes, indiquant des expériences de solitude lourdes. Ces découvertes étaient en accord avec la littérature suggérant que les résidents dans des maisons de retraite avaient éprouvé des pertes relationnelles incluant la perte de conjoint, des parents et des amis et que ces pertes pouvaient mener à l’isolement social et à la solitude. En tant que tel, les résidents de maison de retraite sont socialement isolés et ont le sentiment d’être très solitaires.

La thérapie cognitive pour gérer la douleur souligne le rôle de facteurs cognitifs, affectifs et comportementaux dans le développement et le maintien de la douleur chronique. La thérapie cognitive réduit les sentiments d’impuissance et le manque de contrôle et établit un sentiment du contrôle de la douleur. En tant que tel, les personnes plus âgées avec une douleur chronique apprennent à utiliser des techniques diverses pour efficacement traiter les épisodes de douleur. À cet égard, l’utilisation de la thérapie d’humour semble être une intervention cognitive, non pharmacologique effective dans la gestion de la douleur chronique, améliorant  le bonheur et la satisfaction de vie et réduisant la solitude pour des personnes plus âgées. Les besoins de personnes plus âgées incluent la fierté, le maintien de la dignité, des contacts sociaux et de l’activité. A l’achèvement de la thérapie d’humour, les participants du groupe expérimental avaient une réduction significative de la sensation de douleur et ressentaient moins de solitude et étaient plus heureux et plus satisfaits de leurs vies. Les participants ont vraiment exprimé le bonheur et le rire. Ils ont partagé et ont ri de leurs propres histoires drôles et ont pu apprécier une perspective pleine d’humour de situations de vie. Ils ont aussi eu l’envie et l’impression d’être les membres d’une équipe quand ils étaient engagés ensemble dans les activités d’humour et le rire. Il n’y avait aucun changement significatif du score de la douleur, du bonheur et de la satisfaction de vie parmi des personnes plus âgées dans le groupe témoin.

En effet, l’utilisation d’humour nous donne la permission de rire et se détendre. Les matériels pour créer un environnement plein d’humour incluent des films drôles, des bandes audio et vidéo, des chansons pleines d’humour, des livres et des jeux pour les patients de chaque âge. L’utilisation de la plaisanterie du jour sur Internet, des plaisanteries et des histoires drôles aide les patients qui auraient autrement très peu ou rien pour rire.

Une stratégie cognitive soulageant la douleur très communément utilisée par des personnes plus âgées est la distraction. La distraction est réalisée en demandant aux sujets de faire attention à une autre modalité sensorielle, comme un stimulus auditif, visuel et tactile. À cet égard, les personnes plus âgées dans la maison de retraite pourraient, par exemple, être encouragées à observer des vidéos drôles ou écouter des plaisanteries ou de la musique drôle comme un moyen d’impliquer des modalités plus sensorielles et ainsi d’aider à la diminution de la douleur.

Néanmoins, il est noté que les personnes plus âgées dans l’étude présente peuvent avoir donné des réponses “socialement désirables” dans le post-test. Le fait que l’équipe de recherche ait visité la maison de retraite de façon régulière pour mener le programme de thérapie d’humour les a faits apparaître aux personnes plus âgées comme étant de bonne intention. De cette façon, les résultats positifs rapportés par les personnes plus âgées peuvent avoir été l’effet d’une relation thérapeutique et non du programme de thérapie d’humour. Ceci constitue une limitation à l’étude présente. En tant que tel, on recommande l’utilisation d’un groupe témoin avec des activités sociales et un avec des activités sociales et le programme de thérapie d’humour dans la nouvelle étude. Il est également suggéré que le bonheur et l’intensité de le douleur soient rassemblés dans le programme de 8 semaines tant pour le groupe expérimental que pour le groupe témoin dans la nouvelle étude. De plus, les mêmes personnes ont administré les évaluations pré et post test et ont mené le programme de thérapie d’humour tant dans le contrôle que dans les groupes expérimentaux, pourtant l’équipe de recherche avait insisté sur l’importance de pas être pas influencé. Dans des études futures, des intervenants différents devraient être utilisés pour les évaluations pré et post test et pour l’intervention. L’étude présente a utilisé une commodité échantillonnant la méthode, qui peut constituer une limitation à l’étude. Un autre est l’utilisation d’une mesure psychosociale traduite pour des adultes plus vieux dans des maisons de retraite. De nouvelles études sont nécessaires pour valider la mesure psychosociale dans cette population.

Pour résumer, étant donné les effets positifs de la thérapie d’humour dans le groupe expérimental, l’équipe de recherche a rapporté ces découvertes au responsable des deux maisons de retraite. En conséquence, le groupe témoin a été visité par l’équipe de recherche à la fin de l’étude et les activités de thérapie d’humour ont été exécutées.

5. Conclusions et Pertinence Clinique

Il est noté que les gens vieillissent jusqu’à 80 ans et plus et continuent à reporter les problèmes de santé tant qu’ils entretiennent un niveau relativement vigoureux d’intellectuel,  une activité interpersonnelle et physique. À la lumière de la haute fréquence des douleurs chroniques et de son impact sur les perspectives physiques et psychologiques parmi des personnes plus âgées, l’utilisation de thérapie d’humour comme un moyen de réduire la douleur et la solitude aussi bien que d’augmenter le bonheur croissant et la satisfaction de vie est très attrayant. Les infirmières et d’autres professionnels de la santé peuvent incorporer l’humour par souci pour leurs patients. Le récit d’une plaisanterie et encourager les patients à raconter une histoire drôle peut avoir un effet thérapeutique. Demander aux patients de faire “Mon Dossier Heureux” est aussi une bonne façon de les impliquer et les aider dans leur propre douleur et la gestion des symptômes. Indépendamment de leur condition physique, les patients doivent se permettre d’être heureux, laisser l’humour jouer un rôle plus grand dans leurs vies et profiter de la vie. L’utilisation de la thérapie d’humour est une bonne méthode de maintien de la santé, comme suggéré par les participants à l’étude présente.

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Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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