Survie — 02 février 2016
Dernier meurtre avant la fin du monde de Ben H. Winters la chronique !

En février 2015, il y a tout juste un an, Super8 Éditions nous offrait la première version française d’un ouvrage du romancier américain Ben H. Winters Dernier Meurtre avant la fin du monde, premier opus d’une remarquable trilogie parue aux États Unis en 2012 sous le nom de  The Last Policeman.

D’emblée l’auteur met en scène son héros Hank Palace, dit Stretch du fait de sa morphologie, officier de police. Depuis qu’il est enfant, celui ci fait toujours le même rêve : celui de son idole emblématique qui lui ébouriffe les cheveux tous les ans à la même époque, lui remettant son insigne d’inspecteur de police en grande pompe. Sauf que lorsque ce jour tant attendu arrive enfin, la scène ne se déroule pas exactement comme dans son rêve et pour cause : un astéroïde nommé Maïa de 6,5 km de diamètre va frapper la terre dans 6 mois et onze jours. Le monde va disparaître et les cartes sont redistribuées dans ce décor pré apocalyptique de la petite ville de Concord. Certains habitants quittent tout pour accomplir le rêve de leur vie, d’autres  rejoignent d’improbables groupes religieux, d’autres se regroupent en famille pour profiter ensemble du temps qui reste, d’autres prennent les armes pour une dernière guerre vengeresse de race ou de religion, d’autres encore préfèrent anticiper en se suicidant.

“Des gens fabriquent des fusées, des gens se construisent des cabanes dans les arbres, des gens prennent plusieurs femmes, des gens tirent au hasard dans la foule, des gens s’immolent par le feu, des gens entreprennent des études de médecine tandis que les médecins abandonnent leur travail et se construisent des huttes dans le désert pour s’y installer et prier.”

Mais d’autres, plus rares, comme Stretch, décident de continuer leur vie. Et la vie de Stretch c’est son job. Et son job c’est enquêter, chose loin d’être aisée dans un monde pré apocalyptique où la fuite des salariés fait chuter une à une toutes les entreprises, supprimant peu à peu les communications, les transports, rendant les ordinateurs inutiles et les renseignements difficiles à obtenir. Retour dans le passé, exit les nouvelles technologies, vivent les bonnes vieilles méthodes. Et son enquête dans ce contexte va être d’autant plus difficile qu’il s’agit à première vue d’un suicide, chose courante par les temps qui courent. Pire, chaque région possède son propre mode de suicide favori : armes à feu, immolation, etc… Et à Concordance,  c’est la pendaison.  Et il s’agit là justement d’un suicide par pendaison : affaire classée pour sa hiérarchie et ses collègues en manque d’effectifs mais Stretch s’entête. Quelque chose cloche. Et c’est dans ce contexte “d’insoutenable immanence” étrange que l’Inspecteur Hank Palace va nous entraîner avec lui dans  les nombreux rebondissements de cette affaire qu’il s’obstine à vouloir élucider avec un entêtement qui donne à réfléchir. Pour couronner le tout, la victime s’avère être un homme sans amis, un petit statisticien asocial et obsessionnel dont tout le monde se fout éperdument. Mais plus cette disparition apparaît insignifiante aux yeux de tous, plus l’idée de cette victime assassinée et abandonnée dans les toilettes d’un Mc Do comme un morceau de viande est insoutenable pour Hank qui compte bien découvrir la vérité. 

“Je comparerais l’ambiance qui règne sur la ville à l’état d’esprit d’un enfant qui n’a pas encore d’ennuis, mais qui sait que ça ne va pas tarder. Il est dans sa chambre, dans l’expectative, « attends un peu que ton père soit rentré ». Il est maussade et irritable, sur les nerfs. Perdu, triste, tremblant de savoir ce qui va lui tomber dessus, et tout au bord de la violence ; pas en colère, mais envahi par une anxiété qui peut facilement virer à la colère.”

Un style littéraire parfait, un rythme parfois un peu lent, et au final un sujet qui ne s’avère pas vraiment être un thriller mais plutôt sa toile de fond : la pré-apocalypse, les hommes face à leur destin : inédit, intéressant et fort bien étudié. Trop réaliste pour ne pas être douloureux et terriblement angoissant. Un monde lugubre, de la violence, des trafics d’armes, des pillages, des dealers, qui ne tient plus que par la volonté de certains qui s’entêtent. Qui s’entêtent à servir du café ou à résoudre un meurtre ou encore à chercher de l’espoir, comme Nico, l’attachante petite sœur décalée de Hank, dont on devine qu’elle pourrait tenir un rôle important dans cette trilogie pré-apocalyptique. Et c’est sur ceux qui s’entêtent que portera l’étude, et sur ce que l’on est capable ou non de faire face à son destin. Et vous que choisiriez-vous face à votre destin ?

note8

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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