Culture Z Films Vidéos — 24 octobre 2012
EDDIE : THE SLEEPWALKING CANNIBAL

Réalisation : Boris Rodriguez
Scénario : Alex Epstein, Jonathan RannellsBoris Rodriguez  

Genre : Comédie horrifique, Drame
Année : 2012
Durée : 1h23
Musique : David Burns
Production : Michael A. Dobbin, Ronnie Fridthjof
Casting : Thure Lindhardt, Georgina Reilly, Dylan Smith, Stephen McHattie
Format et nationalité : Long métrage canadien et danois

 

 

 

 

Gribbsie nous avait présenté brièvement ce film découvert à l’occasion du FEFFS 2012.

Synopsis

Dans un coin reculé de l’Ontario recouvert de son blanc manteau neigeux, un petit village accueille un nouveau professeur d’art, Lars Olafssen (Thure Lindhardt), artiste de renommée mondiale en panne d’inspiration qui cherche à s’isoler.

À peine arrivé, il doit apprendre à s’adapter à son nouvel environnement, aux us et coutumes d’usage et son insertion s’annonce  compliquée. Ses collègues insistent à propos de l’attention apportée à un élève en particulier, Eddie (Dylan Smith), dont la tante et la plus importante mécène de l’école. Ce dernier, apparemment discret simple d’esprit, aurait en effet dû être placé en institution lors du décès de cette riche donatrice. Mais pour que l’établissement puisse continuer à bénéficier de ses subventions, quelqu’un doit impérativement recueillir Eddie . Âme charitable désireuse de séduire sa collègue Leslie, jouée par Georgina Reilly (Pontypool), Lars se propose de l’accueillir chez lui sans se douter de son terrifiant secret. En effet, le doux jeune homme est atteint d’un meurtrier somnambulisme. Cette découverte stimule l’inspiration de l’artiste qui va exploiter cette particularité sous l’œil complice de son marchand d’art, joué par Stephen McHattie (Pontypool).

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Ce que Gribbsie en avait dit

Réalisé pour à peine plus d’un million d’euros, à l’échelle nord-américaine cela fait de lui un petit budget. Néanmoins ambitieux et furieusement drôle, il se trouve avoir sa place dans la famille élargie du zombie.

Avis

Pour son 1er long métrage, Boris Rodriguez, qui avait fait ses débuts avec un documentaire sur la jeunesse à la Havanne (Havana Kids – 1995) avant de s’initier aux courts métrages (Beso nocurno en 2000, Perfect en 2003) et de travailler pour la télévision (“Volt” – 1997, Sonny by Dawn – 2005), cherche à innover.

Comment renouveler le film de genre en s’affranchissant de la mythologie, des codes et des attentes du public ? ” En créant un nouveau monstre ! “ répond le réalisateur. En effet, s’emparer d’un cannibale somnambule lui permet une très grande liberté, puisque à sa connaissance, pas de précédents. Ce n’est donc pas un film de zombie, le personnage principal n’est pas non plus infecté, il souffre d’un mal dont il n’a apparemment pas conscience car il ne se manifeste que lors de son sommeil. Ainsi la nuit il sort de son lit, se dévêtit et traque ses proies à l’extérieur. Il mord, il mâchouille (comme le zombie de Floride !), il tue, il massacre, il démembre, avant de regagner son lit pour y terminer paisiblement sa nuit, maculé de sang.

Alors qu’on pourrait s’attendre à un film d’horreur avec un monstre en proie à d’inextricables pulsions psychotiques, c’est un Eddie attachant que nous découvrons. Ce film doit en effet beaucoup à la prestance et à l’interprétation d’acteurs de grande qualité. Nous avons particulièrement tenu à saluer la prestation de Dylan Smith qui interprète de façon très charismatique son personnage nu dans la neige, saisissant le spectateur et ancrant une ambiance particulière. Chancelant, embué par sa propre chaleur, recouvert de sang, contraste tranchant sur la neige immaculée. Il souffle, avance péniblement, mu d’un instinct prédateur, il pourrait presque être confondu avec un zombie. Et s’il n’en est pas un, c’est aussi parce que le réalisateur les connait bien les zombies.

Les archétypes très fortement marqués permettent de souligner les antagonismes et les subtilités des personnages. Ils empruntent tout autant au mythe de Pygmalion fasciné par Galathée, qu’au rapport du docteur Frankenstein avec sa créature ; mais pour le réalisateur, c’est d’abord le lien filial, ou “brother-brother”, qu’il faut appréhender.

Lars, peintre de renom à la dérive, tente de trouver sa place dans l’école du village.

Un lycée comme les autres, ou presque, avec ses difficultés financières et ses petits arrangements. L’artiste devenu enseignant est alors bien loin du faste du monde élitiste de l’Art.

Il s’ouvre alors aux relations humaines et un lien très fort va se tisser avec Eddie. Cette rencontre, cette découverte mutuelle va entrainer les deux personnages vers leur destin commun.

La progression narrative offre des scènes de vie quotidienne touchantes qui participent à faire d’Eddie : The Sleepwalking Cannibal un film subtil et sensible.

Boris Rodriguez nous a confié qu’une réelle amitié s’était tissée entre ses acteurs, ce qui se ressent à l’écran. Un réel coup de cœur s’est produit lors du casting, la question des interprètes étant fondamentale pour lui dans ce projet.

Dans le même esprit, nous avons eu beaucoup de plaisir à retrouver Stephen McHattie, présent dans trop peu de scènes – pour des raisons financières, pour ne rien cacher – incroyable par son interprétation. En conseiller artistique complaisant, presque malsain, il emplit pleinement l’espace tant visuel que sonore.

Eddie : The Sleepwalking Cannibal est un film qui repose beaucoup sur les performances de ses acteurs – l’un d’entre eux n’hésitant pas durant une scène à se laisser aller à des larmes non feintes, le budget accordé aux effets spéciaux pouvant en être allégé sans perdre pour autant sa crédibilité.

Boris Rodriguez nous a confié que certains plans ont même été coupés au montage malgré les craintes des producteurs qui doutaient de l’efficacité d’un film gore, sans gore !

Eddie : The Sleepwalking Cannibal est une comédie horrifique qui ne se prend pas au sérieux et qui tend vers la romance sans pour autant verser dans le dégoulinant de sentiments.

Ce film n’est pas non plus un simple divertissement, il nous questionne sur la création artistique, de l’émergence de l’inspiration aux limites de l’acceptable. Il est intéressant de noter que le réalisateur ne tombe pas dans l’écueil du vain débat de ce qu’est ou non de l’Art en s’intéressant plus aux processus qu’aux résultats et en suggérant tout en subtilité l’ambivalence personnelle, loin de toute restriction manichéenne.

Présenté lors de nombreux festivals à travers le monde cette année : TriBeCa Film Festival (Manhattan, 17 – 28 avril 2012), Edinburgh International Film Festival (20 juin – 1 juillet), Festival International du Film de Karlovy Vary (République Tchèque, 29 avril – 7 juillet), Fantasia Festival International de Films (Montréal, 19 juillet – 9 août), Eddie : The Sleepwalking Cannibal gagne à être découvert !
Vous pouvez d’ailleurs découvrir une vidéo réalisée par les étudiants de l’école MJM Graphic Design de Strasbourg, lors d’un échange avec le réalisateur à l’occasion du FEFFS 2012.

Nous avons également eu la chance de rencontrer Boris Rodriguez dans un salon d’hôtel strasbourgeois. Comme plusieurs réalisateurs, membres du jury, journalistes et organisateurs étaient réunis en même temps dans cet espace, bien que confortable, relativement exigu et trop peu insonorisé, nous sommes au regret de vous avertir que la qualité de notre enregistrement n’est pas aussi bonne que nous l’aurions souhaité. Cela-dit, nous espérons que vous aurez autant de plaisir que nous à rencontrer Boris Rodriguez.

 

Entretien de Zombies World avec le réalisateur Boris Rodriguez – FEFFS 2012
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 En bref

 Une belle découverte lors du FEFFS 2012, ce film, bien qu’à petit budget et très éloigné du genre zombie, ne nous a pas déçues !

 

note8

Auteur

Feelu

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