Culture Z Livres Papiers — 01 avril 2016
Enragés de Pierre Gaulon, la critique !

Un grand merci à l’auteur français Pierre Gaulon d’avoir appelé notre attention sur son roman Enragés qui, proposé comme un thriller au lieu d’un roman post-apocalyptique, nous avait complètement échappé lors de sa sortie chez Fleur Sauvage en mai 2015, car nous serions sans le savoir passés à côté d’un roman remarquable qui nous change des classiques du genre. Que les fans se rassurent, il y a du zombie, beaucoup de zombies, avec des scènes de tension et d’horreur susceptibles de les combler, même si, au fond, le thème du roman est autre, dénonçant avant tout une peur primale de ce qui nous attend…

Déjà fan depuis toujours des huit clos, j’ai été comblée par cet ouvrage qui repose sur deux huit clos parallèles : celui de Louis, jeune homme on ne peut plus banal qui se retrouve confiné dans un appartement en sous sol en plein centre ville avec pour seule compagnie sa chienne Bingo sans comprendre ce qui lui arrive et totalement coupé du monde, et celui de Lucas, jeune sociopathe champion de tir sportif, qui, lui, se retrouve bloqué chez son oncle en pleine campagne, et qui, ayant eu accès aux dernières informations des médias, a pris la mesure de la situation.

Tout l’intérêt de ce parallèle de deux hommes confrontés à une pandémie annonçant la fin de l’humanité est basé sur la maladie mentale qui touche Lucas. D’un côté, Louis, auquel nous nous identifions d’emblée avec son avalanche d’émotions, ses questionnements dictés par ses sentiments, sa terreur, sa façon d’être totalement démuni et assommé par la brutalité de la situation. Bref, Louis n’est pas un héros, et nombre d’entre vous lui reprocheront de ce fait de ne pas être attachant. Il ne ressemble ni à Rick, ni à Daryl et ne fera donc ni frissonner de plaisir ces demoiselles, ni gonfler de testostérone les pectoraux de ces messieurs qui se garderont bien de s’identifier. C’est ce qui fait tout son charme : il est vrai. Il est exactement comme tout homme normal à peu près cérébré placé brutalement dans une telle situation : il a peur, il est même terrifié, il s’interroge, il se terre, il est de plus en plus horrifié, il a du mal à assimiler, il réfléchit et ne décide de sortir que lorsqu’il n’a plus le choix. C’est l’archétype du personnage crédible, terriblement crédible. Et le cheminement de l’esprit de Louis et la vague d’émotions qui en découle sont remarquablement maîtrisés par l’auteur et son style concis, direct, percutant, sans fioriture, toujours totalement juste. Face à Louis, Lucas, le sociopathe, parfaitement décrit, même situation, même possibilité de réflexion, mais absence totale de sentiments qui lui permet d’appréhender la situation de façon froide, détachée et cynique mais totalement réfléchie. Intéressant cheminement totalement inédit que de comparer le comportement de deux hommes normalement intelligents face à une apocalypse, l’un ne se différenciant de l’autre que par son absence totale de ressenti émotionnel, autrement dit d’étudier l’influence des émotions sur le comportement rationnel d’un individu placé en situation de stress extrême et de les amener à se rencontrer.

Quant au scénario, il repose, avec beaucoup de sincérité et une extrême retenue, sur des thèmes très actuels qui font de plus en plus la une des médias : l’homme restera, encore et toujours, le pire ennemi de l’homme. Ce qui, d’ailleurs, nous était annoncé d’emblée dans le synopsis :

Et si les histoires de zombies n’étaient que des jeux de miroirs ? Et si le plus effrayant se révélait être au fond de nous ?

La pollution à outrance, la destruction systématique et acharnée de la planète, les guerres, le terrorisme, l’absence de limites de l’ambition humaine et de sa soif de pouvoir, les manipulations génétiques et leur redoutables retombées… Et le pire dans ce scénario, c’est qu’à aucun moment il ne peut être pris en défaut. L’origine est une pandémie virale d’un virus mutant, combiné redoutable de celui de la rage et de celui de la grippe, diminuant sa durée d’incubation et modifiant son mode de transmission, ce qui rend l’extinction humaine incontournable…

Pour tous ceux qui connaissent l’ étude du MIT des années 70  The limit of Growth, et la théorie des catastrophes du grand mathématicien René Thom datant de la même époque et abondamment remodélisée et remplacée, ce roman sort du genre thriller ou post-apocalyptique et vous fait froid dans le dos…

Coup de chapeau à l’auteur pour le symbolisme du champ de trèfle à 4 feuilles mutants et pour la fin magnifique et désespérée sous-tendue par le vain espoir d’Olivier…

Un ouvrage réellement littéraire, parfaitement écrit, maîtrisé du début à la fin tant sur le plan scénaristique que sur le plan de la gestion émotionnelle des personnages, d’un réalisme percutant, dont l’horreur, pour ceux qui savent lire entre les lignes, ne viendra pas des zombies… Car, au final, qui sont les véritables Enragés ?

Un roman fort, qui se lit trop vite, écrit par un jeune auteur français, Zombiesworldiens, Zombiesworldiennes, il ne faut pas le rater !!!!

Pour info, l’auteur sera présent à la 15ème édition des Imaginales, du jeudi 26 au dimanche 29 mai 2016 à Épinal, excellente opportunité pour acheter l’ouvrage si vous ne l’avez pas déjà, vous le faire dédicacer, et rencontrer l’auteur !

note9

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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