Culture Z Films Vidéos — 27 mai 2013
Evil Dead : la critique !

Réalisateur et scénariste : Sam Raimi

Titre original : Book of the Dead ou L’Opéra de la Terreur
Genre : Horreur, grand-guignol, humour
Année de sortie : 1981

Durée : 1 h 22 minutes
Acteurs
: Bruce Campbell : Ashley “Ash” J. Williams, Ellen Sandweiss : Cheryl, Richard DeManincor : Scott, Betsy Baker : Linda, Theresa Tilly  : Shelly, Sam Raimi : la voix du Démon

 

 

 

Synopsis

Cinq copains, trois filles et deux garçons, partent en vacances dans une maison perdue dans la forêt. Peu après leur arrivée, ils découvrent au sous-sol un livre et un magnétophone. L’enregistrement leur révèle que cette maison était celle d’un archéologue qui s’était retiré ici pour étudier le livre intitulé Le Livre des Morts, le Necronomicon. Relié en peau humaine et écrit avec du sang humain, le Necronomicon contient des incantations permettant de réveiller les esprits maléfiques en sommeil. La suite de l’enregistrement contenant les incantations, le cauchemar commence alors pour la bande d’amis…

 

Un peu d’histoire…

Il est des films que l’on aime et qu’on oublie. D’autres qui savent maintenir chez le spectateur un souvenir impérissable grâce à la sympathie subjective que l’on y porte et enfin il y a quelques films qui savent traverser les âges, rester de générations en générations comme des monuments : des films cultes. Parmi ce petit cercle très fermé il y a sans doute le mythique Evil Dead, chef d’œuvre de l’horreur, premier film ( !!) d’un certain Sam Raimi.

 

 

En 1981 The Book of the Dead terrorisait les américains tandis qu’il faut attendre 1982 pour que la croisette regarde droit dans les yeux (avec des pouces dedans, haha… oui beurk, mais c’est dans le film !) le nouveau visage du film d’horreur américain. Intitulé L’Opéra de la terreur dans notre belle contrée (ne riez pas, le titre est plutôt bien trouvé), à une époque où tout anglicisme était proscrit, il laissera à jamais son emprunte dans les esprits. En effet, ce film à su relancer l’horreur au niveau où Roméro l’avait propulsé. Entre temps, le genre était devenu confidentiel, et les cinémas de quartiers “Grindhouse” seront le dernier rempart des productions indépendantes et subversives pendant les années sombres et mercantiles du cinéma indépendant et horrifique. Evil Dead est à la fois l’icône d’un cinéma horrifique entreprenant et moderne, mais aussi le chantre d’une autre manière de faire du cinéma : peu de moyens et beaucoup d’idées pouvait suffire à se retrouver en pleine lumière au festival de canne. Au passage, à l’ère du cinéma aussi libre que sans moyen, la France était le pays le plus prolixe, depuis les années 60, elle avait su sans cesse se moderniser et proposer un cinéma entreprenant et ambitieux. Evil Dead est l’expression américaine et hardcore de cette liberté de ton, substituant la nouvelle vague française et poétique qui s’essouffle à une nouvelle vague de sang made in USA. Mais ce film est aussi le chant du cygne d’un cinéma artisanal, broyé par Lucas et Spielberg et l’industrialisation du cinéma que même Tarantino avec son diptyque Grind house (Boulevard de la mort et Planète terreur), que j’aime beaucoup, n’arriveront pas à ressusciter…

 

Linda et son rire sardonique : assurément mon coupe de cœur (et de stress) !

 

Le film raconte comment un petit groupe de jeunes se retrouve isolé dans une cabane en forêt et sera en proie à des esprits malveillants venus d’un autre temps… Classique ? Non, ceci messieurs dames est l’ancêtre du modèle horrifique moderne. Des jeunes, de l’isolement, quelques poitrines de ci de là, du sang, beaucoup de sang, saupoudrez de talent et vous obtenez Evil Dead.

Afin de célébrer la réédition de ce classique, ZombiesWorld a décidé de chroniquer le film. Un problème s’impose, qui donc pourrait, en toute objectivité chroniquer un film qui a bercé (violemment) notre adolescence ? Et bien la solution, demander à celui qui n’avait jamais vu le film. Ceci explique pourquoi c’est le chroniqueur jeux vidéo qui s’y colle. Alors oui, je sais c’est honteux et dans les commentaires on s’empressera d’écrire « bouuuu ça se dit expert en zombies, ça bosse sur ZombiesWorld, le site de référence en la matière, et ça a jamais vu Evil Dead ?? ». Mais voyez vous, votre humble serviteur adore le cinéma et les films d’horreur, mais pas n’importe lesquelles. En effet, j’aime les nanards, les mauvais films d’horreurs, les copies bas de gamme des classiques du genre, les vrai Grindhouse qui tachent, qui suintent le ketchup et les plans nichons faciles, les zombies en papiers mâché, les acteurs recrutés sous des abribus, les figurants pas concernés et membres de la famille du réal, les blondes qui ont une espérance de vie inversement proportionnelle à la taille de leur bonnet de soutien gorge, à tel point que j’avais mis un point d’honneur à ne jamais regarder les bon films d’horreurs pré 90’s. Paradoxe, je connais par cœur Evil Dead 2! Bref, revenons au film !

 

“Scott ? Je crois qu’il y a quelque chose à la cave” “… naaaaan”

 

Soyons honnête, les années ont passées et cela se voit. Mais lorsque l’on regarde un film de plus de trente ans, à fortiori lorsque ce film brillait par la quantité (et la qualité) de ses effets spéciaux, on cherche non pas à savoir si le film est bon (il n’a plus rien à prouver) mais plutôt pourquoi il est devenu culte. Néanmoins j’y met l’ambiance : Volets clos, noir complet, grand écran, son puissant, la couette jusqu’au nez et surtout la porte du placard ouvert (il n’y a rien de pire qu’une porte de placard ouverte après un film d’horreur). Et bien malgré les années il faut reconnaître que le film réussit le tour de force de stresser le spectateur à deux  ou trois moments, c’est dire !

Dès le départ nous pouvons voir le soin apporté à la réalisation. Une direction efficace, des plans rapprochés utiles, un cadrage génial et cela dès les premières minutes. Nous sommes à la fois le sixième passager de la mythique Oldsmobile Delta 88, mais Sam Rémi nous place aussi en tant que voyeur, caché derrière les arbres à observer ces jeunes dans ce piège inéluctable, nous confondant avec l’esprit démoniaque. Les indices sont là et ils ne veulent pas les voir (ceux qui ont vu La cabane au fond des bois récemment sourirons inévitablement tant le film singe avec un génial second degré Evil Dead), le point essentiel étant la traversée du pont de bois qui détruira leur échappatoire ou encore les visions de l’une des filles. La maîtrise des plans aura sûrement inspirée le début de Funny Game de Michael Haneke tant les plans sont lourds de sens. C’est peut être l’une des forces de ce Evil Dead, au-delà des dialogues, plutôt creux, ce sont les plans, et donc le réalisateur qui impose une narration, une atmosphère lourde et impose au spectateur son rythme. Les plans ont donc une voix, indicible mais présente, qui nous chuchote à l’oreille et fait naître une peur, une voix incarnée par la voix du Necronomicon à la fin du film. Pour l’anecdote, c’est Sam Raimi qui prêtera sa voix à l’esprit maléfique… « Coïncidence ? Je ne crois pas ».

 

La fameuse scène du viol sylvain. Vous ne verrez plus jamais Jardiland de la même façon…
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Une fois sous l’emprise de cette réalisation sans faille, nous regardons la prévisible descente aux enfers de notre petite troupe. Ces derniers, au nombre de cinq, gravitent autour d’Ash, le (anti)héros de l’histoire. Après avoir pris leurs quartiers, l’une des filles du groupe va entendre des voix et avoir des visions. Alors que tout être humain aurait pris ses jambes à son cou, cette dernière passera outre, d’autan que ses compagnons la railleront assez violemment. On peut apercevoir dans les gribouillages de la névrotique hallucinée l’esquisse de la source du mal : le livre des morts. Peu après, une trappe du salon s’ouvrira spontanément et Scott le copain macho et un peu débile s’enfoncera dans les entrailles de la maison pour en révéler son secret grâce à un magnétophone : un archéologue vivait ici avec sa femme et étudiait un antique livre, le Necronomicon. Suite à ses études, sa femme sera possédée et ce dernier… ben on sait pas ! Mais bon, en bon élément perturbateur, ce dernier a pris soin d’enregistrer sur bande la formule du livre des morts qui permet de réveiller les esprits du mal. L’enregistrement va donc rameuter les ténébreux démons, mais heureusement, ce bon professeur livre aussi un dernier conseil : il faut couper les membres des possédés pour leur échapper. Sympa… quoi que… ne pas réciter la formule eut été plus efficace.

 

Ash, alias Bruce Campbell deviendra à ce moment une légende du cinéma d’horreur !

 

Cheryl (notre Jeanne d’Arc 2.0) est décidément la plus réceptive au mal. Après avoir eu ses vision, dessiné le Necronomicon (fort mal), elle sera violée par des arbres vivants avant d’être la première possédée (en fait elle se fait posséder métaphoriquement parlant et posséder… posséder posséder quoi !). C’est alors que le film nous présente une sorte de zombie, pantin maléfique, échappant aux lois de la gravité et donc très loin de la vision de Roméro. Doué d’une puissance colossale, la mort vivante est pratiquement invulnérable et son but est plus proche de la torture mentale que du simple meurtre. En effet, cette dernière sera vite enfermée dans la cave ce qui ne semble pas l’ennuyer outre mesure puisqu’elle en profitera pour terroriser les quatre survivants par ses élucubrations. La malédiction va ensuite s’étendre à tous les résidents, sauf Ash, qui semble être le pion du Necronomicon, élu pour être celui qui devra lutter et souffrir. Ash va donc se résoudre à tuer un à un ses anciens compagnons et ensuite les démembrer pour les rendre inoffensifs. Mention spéciale à la terrifiante Betsie Baker, alias Linda dans le film, la petite amie d’Ash, absolument terrifiante. Elle n’attaquera pas Ash pendant un long moment en se contentant de le suivre partout et en riant comme une folle. Effet garanti ! Ash pris au piège décide donc, dans un dernier effort de jeter le livre maudit dans le feu. Alors qu’il allait rendre son dernier soupir ce dernier se verra débarrassé des démons qui brûleront et seront réduits en bouilli comme le livre. Le jour revient enfin, et alors qu’Ash se dirige vers l’extérieur une force semble le rattraper, il n’en n’a pas fini avec le Nécronomicon !

 

Cet extrait est le climax du film. Alors qu’Ash se laisse duper par le démon, sa petite amie se transforme et commence à chanter une  petite comptine. Brrr…
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Montage aux petits oignons, acteurs crédibles (même si Scott est rudement détestable) Evil Dead est un sommet incontestable de l’horreur en mettant en scène des zombies sadiques, en exploitant la mise en scène et le cadrage comme un personnage (et pour cause, la camera est à la fois le spectateur et l’esprit du mal). Il faut cependant reconnaître que les trucages ont (mal) vieillis, surtout le final où les zombies fondent. Néanmoins l’objectif est, de façon surprenante, atteint car ce premier visionnage a laissé chez moi un sentiment confus. Ce film est à la fois horrible (on se dit a maintes reprises que le film à l’époque devait être extrêmement choquant) mais aussi amusant car il caricature volontairement les personnages et les situations (comme Wes Craven a su le faire plus tard avec Scream), tendance qui ne cessera d’être exploitée dans Evil Dead 2 et 3 puisqu’Ash virera cinglé, au point de sombrer dans le grand guignolesque dans le dernier opus. J’ai donc éteint mon téléviseur me suis couché en regardant anxieusement la porte ouverte de mon armoire… avant de me relever pour la fermer. On n’est jamais trop prudent !

 

En bref :

Un must have ! Pour tous ceux qui n’ont pas encore ce film, il faut absolument l’acheter et le placer dans sa vidéothèque à coté de La Colline a des yeux. Vous aurez donc le diptyque ultime de l’horreur made in America du temps où les slasher n’existaient pas, où la musique se faisait au synthé et où le sang avait un bon goût de tomate. Une excellente édition qui vous épargnera en outre la désastreuse (parait-il) traduction française de 1996.

Ce n’est qu’un au revoir Ash !

 

Lire aussi : La Chronique Annexe d’Evil Dead de Sengoten

Auteur

Baltorg

Chroniqueur Jeux vidéo

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10 Commentaires

  1. bravo! super article:)

  2. Un film comme ça, ça ne s’oublie pas !

    • Et oui! Mais il serait bien de savoir pourquoi, pour toi, il est inoubliable. Moi c est le rire de Linda mais j’ imagine qu’ un chef d’ oeuvre ne tient pas qu’ à cela.

  3. he’ll suck your soul dry

  4. Il est sorti une édition collector, il y a quelques années, de evil dead avec le nécronomicon. Hélas je n’ai l’ai plus mais si vous aimez, il me semble que vous pouvez encore en trouver …

    • Effectivement j’ai vu ca sur le net. Sympa, mais bon, il faut pas le laisser trainer à coté du programme tv

  5. Félicitation tu as sus retranscrire dans cet article plutôt complet, l’univers de ce film glauque de ce chef d’œuvre pionner des films du genre.

    • Merci du compliment !

  6. toute les vérités sont bonnes à dire. Tiens, ce n’est pas le slogan d’un magazine people bien connu?

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