BD Papiers — 20 mai 2012
Ghouls of Nineveh

Illustrateur et dessinateur : Fabrice Gagos

Édition : Sombrebizarre

Genre : Humour,  horreur

Nombre de pages : 68 pages

Nombre de tomes : 1 pour le moment, série qui débute

Date de Parution : mai 2012

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Adam, le héros, travaille dans un vidéoclub. Il doit assister à l’enterrement de son beau-père avec qui il n’avait pas de bonnes relations. L’histoire se déroule essentiellement dans un cimetière, lieu où des mondes différents vont  se côtoyer : la famille du défunt, des adolescents gothiques et des zombies.

Avis

L’album présente une histoire originale qui lie des mondes et des cultures différentes. Ce mélange d’univers et de générations donne lieu à un scénario plein d’humour. En effet l’arrivée des jeunes gothiques dans l’église fait place à de petites phrases d’humour noir comme « J’espère que la maison de Dieu est solide ».  Mais l’humour passe aussi par le traitement de sujet d’actualité. Le début parle de la question de l’homosexualité et des univers gores plutôt destinés aux garçons. Le scénariste casse les clichés en les détournant par de petits clins d’œil humoristiques par exemple « Mignonne ta cliente » et la réponse « Elle est gay ». Ce dialogue permet de parler de séduction dans un univers métalleux et horrifique. N’y a t-il que les garçons qui aiment se faire peur et aiment les effusions de sang ?

Tout est fait pour mettre à mal les stéréotypes. D’où la confrontation des adolescents gothiques et la famille du défunt. Les jeunes sont dans le cimetière pour s’adonner à des rituels, à évoquer des histoires mystiques autour d’un croisé « Montfaucon ». Ce mythe des croisades est raconté en plusieurs étapes dans le récit et il encadre la cérémonie mortuaire du beau-père du héros. Avant que les deux univers se rencontrent réellement, le récit les superpose. Il y a un jeu d’enlacement qui donne une touche gothique à l’enterrement (technique bien pensée qui permet d’installer un décor gothique très riche).

Notre héros, Adam sert de passerelle entre ses deux mondes, car il est décrit dés le début comme étant un amateur de film d’horreur, un musicien dans un groupe de métal. Il possède de nombreux tatouages et aime passer ses journées avec ses amis pour regarder des films et boire de la bière. Image qui s’oppose à celle de sa famille ce qui explique pourquoi il est rejeté. « Faire venir ton frère à l’enterrement de Charles. Que dirait-il s’il pouvait voir ça ? ». Les tensions familiales sont palpables et permettent d’aborder le problème des générations et la question de l’acceptation de l’univers gothique. Le conflit est générationnel et Adam est rejeté. L’album d’une certaine façon cherche à montrer que les apriori de la famille relèvent de stéréotypes connus, de clichés qu’il essaie d’abolir.

Cependant le héros n’est pas qu’un cliché sur patte, il possède une forte personnalité qui se révélera surtout lors de l’attaque des zombies.

En effet les zombies malgré leur caractère menaçant et monstrueux seront une source de fascination pour le héros. Alice dit : « Je rêve, ça l’amuse ! ». Les zombies se feront tabasser à coup d’objets religieux ce qui est jouissif et amusant. Le décalage entre les zombies et l’église apporte une note d’humour jouissive.

Pour la famille du héros, les zombies représentent une apocalypse, ils sont tétanisés et se réfugient dans la prière.

Le lieu du cimetière et de l’église a souvent été utilisé dans les scénarios zombiesques, cependant la touche gothique apporte une richesse supplémentaire extrêmement appréciable.

L’œuvre possède aussi une atmosphère proche des comédies gores des années 80/90 et essaie de mettre en image un suspense. Les plans des images sont soignés et étudiés, nous pouvons évoquer l’image où l’on voit uniquement la main du commis du prêtre armé d’une faucille et le prêtre de dos. Que va t-il se passer ?

Il y a aussi de nombreuses références à de grands auteurs de l’univers horrifique (entre autres) comme Ben Templesmith. Les amateurs du genre apprécieront les influences.

Il faut avouer que l’œuvre n’est pas placée sous l’égide de la violence, il y a quelques scènes de massacres de zombies avec des objets en tout genre, cependant l’auteur a pris le parti de présenter une histoire détaillée et riche plus. La première apparition des zombies est bien amenée et la trame bien ficelée ce qui est extrêmement appréciable.

Le graphisme est simple et épuré, il n’y a pas trop de détails, cependant tous les éléments sont importants. Le dessin sert l’ambiance avec brio, son apparente simplicité permet d’apporter la tension au récit car tous les éléments du dessin ont leur importance. La palette de couleurs se veut réaliste, elle reproduit l’ambiance du cimetière la nuit. L’œuvre est bien pensée dans sa totalité. L’histoire et le dessin fusionnent parfaitement pour garantir une ambiance 100% horreur.

En bref : beaucoup de bonnes idées qui donnent du charme à ce premier volume et qui le rendent très divertissant. Une histoire profonde qui évoque des sujets d’actualité à travers une trame zombiesque bien amenée. Tout le monde y trouve son compte ; les connaisseurs apprécieront les influences des grands du genre et les amateurs aimeront l’histoire fouillée et riche en détails.
Une petite édition avec un talent prometteur qui mérite d’être connu.

 

note8

Auteur

sherane

Chroniqueuse bande-dessinée, comics, manga, livre ... et plus généralement tout ce qui se dévore.

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1 Commentaire

  1. Ca a l’air tentant, j’aime le style, mais par contre, j’aime moins le format… j’aurais préféré un album grand format cartonné, style ‘Zombies’ surtout pour le prix :(
    Sinon, à quand la suite ?

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