Culture Z Livres Papiers — 12 mars 2012
J’ai embrassé un zombie (et j’ai adoré), un roman pour ados… adorable !

j ai embrasse un zombie et j ai adore de adam selzer

Auteur : Adam Selzer

Éditeur : Albin Michel

Sortie : 4 mai 2011

 

Nombre de pages : 230

Prix : 12, 83 euros

 

 

 

Synopsis

Je suis là, devant la scène, il chante d’une voix rauque une chanson que j’adore. Il est pâle, timide, sublime dans ses vêtements noirs. Je craque complètement. Je suis amoureuse… Le seul problème, c’est qu’il sent un tout petit peu le formol. Et que c’est un zombie.

 

Critique

J’ai enfin pu trouver ce qui se cachait derrière ce titre de roman pour le moins énigmatique et curieux, “J’ai embrassé un zombie (et j’ai adoré)“, écrit par Adam Selzer et publié chez Albin Michel en 2010. Et j’y ai trouvé une histoire intéressante mais peut-être un peu trop légère, tout dépendant de ce que l’on cherche…

Alley, une ado pas comme les autres, et Doug, un mort-vivant qui a “dix-sept ans et déjà las du monde”, s’aiment. Le roman est sympathique et se lit facilement, il se destine évidemment aux ados, mais aussi aux adultes à l’esprit jeune.

En tout cas, pour ce qui est du divertissement, on est vraiment bien servis ! La couverture nous montre un rouge à lèvres noir et nous attire tout de suite vers un univers très moderne, mais aussi gothiquement bizarre. C’est une jeune fille nommée Alley, de son nom complet, Algonquin, habitant dans une banlieue de Des Moines aux États-Unis, qui parle à la première personne du début à la fin, ce qui en fait un roman très personnel.  Elle est optimiste et vivante, sa personnalité fait penser à celle de Poppy, la jeune femme du film anglais Be happy“ou encore Jess Day, celle de la série américaine New girl. À la différence de celle-ci, elle n’est ni naïve ni malheureuse en amour, enfin, pas de la façon dont elle voit les choses. Elle reste une ado mais n’en manque pas pour autant de verve.

Le problème principal de ce livre pour nous les zombiephiles : on confond le terme “zombie” avec “vampire” alors que ce n’est pas du tout la même chose. Ici, tout est mélangé dans un univers gothique où les vivants côtoient les morts-vivants, sans distinction entre ceux-ci. Nous, ça nous concerne de près…

Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est que l’histoire se déroule dans une société où le vampirisme, ou le phénomène de la vie après la mort, est devenu courant et fait partie de la vie, les zombies sont des sortes de citoyens américains, peu appréciés, il est vrai, mais qu’on ne s’étonne plus de voir, comme dans une autre série américaine de vampires bien connue, True blood.

Roman plein d’humour, comme son titre le laisse penser avec raison, “J’ai embrassé un zombie (et j’ai adoré)” nous fait rire et sourire du début à la fin, l’auteur a le don de dédramatiser les choses, même les choses très graves comme la mort. On lit par exemple : “Quand ta conseillère d’orientation t’ordonne de mourir, t’es mal barré”, un trait d’humour noir que certains apprécieront.

L’héroïne est intelligente comme celle de “Juno” et elle écrit des critiques de musique dans un blog, elle a un esprit inquisiteur, cherche à connaître et comprendre les gens. L’histoire se situe bien dans l’air du temps et renvoie à celle de Twilight, c’est une ado qui tombe amoureuse d’un mort-vivant et qui doit se changer à cause de lui, vous connaissez le topo ? Et ses parents sont inquiets pour elle, elle tente de les rassurer en leur disant qu’elle court moins de risques qu’avec un ado “normal”, ce qui est à la fois vrai et faux. La description des problèmes rencontrés avec un mort-vivant est pleine de petits détails curieux et amusants : il sent le formol par exemple, et ne peut pas dormir huit heures de suite car sa condition entraîne des problèmes de santé navrants. La passion de la musique, avec de nombreux titres mentionnés, rend le tout charmant. Alley est une véritable passionnée, et elle traite le commun des mortels avec condescendance à cause de cela : “J’ai pitié d’eux. Ils ne sauront jamais ce que ça fait d’avoir une chanson qui pénètre dans votre âme, chamboule votre univers et bouleverse votre vie. Ils n’ont jamais ressenti ce que j’ai ressenti quand j’ai entendu pour la première fois les Ramones chanter I Don’t Want to Live This Life. L’amour et la musique semblent ici liés : “La playlist s’avère être un mélange de Cole Porter et de Leonard Cohen, agrémenté de quelques autres titres. Il y a une piste de Joni Mitchell. Comment sait-il que je l’aime, elle aussi ?” Ce garçon dont elle est amoureuse, mort-vivant comme elle finit par le découvrir, semble bien fragile, il est chanteur rock mais ne peut pas chanter plus de deux chansons par nuit, la jeune fille est tout de suite désolée pour lui : “mon cœur se brise, non pas que je sois déçue mais je suis désolée pour lui”.

couple de zombies

Outre ce ton à la Arlequin plein de bons sentiments romanesques, ce que l’on peut trouver pour piquer la curiosité, c’est le fait que les gothiques sont partout dans ce monde, ils sont devenus la règle plutôt que l’exception. Elle se rend par exemple dans un centre commercial et on lit “Sitôt entrée, je me rends compte qu’en fait, je ne suis pas venue depuis le grand boom de la mode gothique.” Pourtant, de la manière dont on décrit ce phénomène, ça ne donne pas envie d’en faire partie car on réalise que les gothiques en question se comportent de façon pathétique, “à la manière de gangs rivaux”.

gangs rivaux

Si ce roman se lit très agréablement et facilement, un peu comme les aventures de Stephanie Plum, chasseuse de primes, l’héroïne de Janet Evanovich, on remarque en revanche que les clichés sur l’adolescence sont omniprésents, ce qui rend le tout lassant : le fameux bal de fin d’année et ses problématiques sexuelles plombent la légèreté de l’ensemble. On y trouve aussi les sempiternelles réflexions sur l’avenir, le choix de l’université, ce qui par moment fait penser à une sorte de roman qui serait une parodie de Degrassi version gothique.

 

Tout de même, dans l’ensemble, une véritable originalité éclaire ce roman pour ados attirés vers le côté obscur mais aimant celui-ci quand il est teinté d’humour et d’étoiles comme chez Tim Burton, le ton fait penser à son univers. Un Megamart qui emploie des morts-vivants, ce n’est pas banal. La critique de la société de consommation et du monde du travail n’en est pas absente puisqu’on lit l’ironie grinçante un peu partout mais surtout en sachant que les employés vivants ne sont pas tellement mieux traités. L’héroïne de “J’ai embrassé un zombie...” aura-t-elle la même chance dans ses aventures avec une créature d’outre-tombe que Bella dans “Twilight” ? Peut-être pas, mais elle propose une sorte de réflexion philosophique et existentielle sur l’adolescence parmi les vampires/zombies…

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Auteur

vampirellaorasul

Mi-vampire, mi-fée, entièrement Canadienne et souvent Française dans la vraie vie, je m'intéresse aux vampires depuis que j'ai 13 ans, une sombre année où j'ai croisé le roman "La Reine des damnés" de Anne Rice, et depuis, je n'ai cessé d'élargir mes horizons, j'aime tout ce qui est étrange, différent, les fantômes, les zombies, les goules, je reste curieuse de tout et toujours prête à découvrir de nouvelles choses. Doctorante à la Sorbonne sur le sujet de la femme vampire en littérature, ma vraie vie se fait la nuit parmi les créatures de l'ombre... Je cherche un emploi et je lutte sur tous les fronts, mais tel est mon destin. Dès que possible, je me connecte pour vous passer mes dernières impressions zombiesques et y puiser de l'énergie en même temps, car j'aime communiquer, cela est mon maître mot ! Au plaisir de vous retrouver dans des mondes hostiles à la vie et faits pour les braves :-)

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