Culture Z Livres Papiers — 23 février 2013
La nuit a dévoré le monde : j’ai deux amours, les zombies et Paris !

Auteur : Pit Agarmen
Nationalité :
Française
Date de sortie :
23 août 2012
Genre : Anticipation, Épouvante/Horreur, Action, Survie
Éditeur : Robert Laffont
Collection :
Roman
Nombre de pages : 228
Prix conseillé : 17€

Pour lire les premières pages en ligne

 

 

Présentation

Un homme a miraculeusement survécu au déferlement des zombies sur le monde. Durant des mois, il tente de survivre à l’horreur de l’apocalypse qui a frappé l’humanité.
Un Ovni littéraire, à mi-chemin du roman de genre et du roman classique : dérangeant et cruel, d’une intelligence et d’un humour acérés.

Quand les hommes se transforment en zombies, et qu’un jeune écrivain se trouve seul confronté à cette violente apocalypse, il n’est finalement pas si surpris. Depuis longtemps l’homme a fait preuve de sa décadence et de sa cruauté. Aujourd’hui, un pas de plus dans l’abomination a été franchi : il est devenu un monstre anthropophage.
Face à cette nuit de cauchemar, tel Robinson sur son île, le jeune survivant s’organise. Il vit reclus dans un appartement et se croit un temps à l’abri, en dépit des attaques répétées des morts-vivants. Mais la folie de ce nouveau monde fait vaciller sa propre raison. Pour échapper au désespoir, il réapprend à vivre et à lutter, Armé d’un fusil, il découvre avec surprise qu’il peut tuer et qu’il a même un certain talent pour ça. En ré-interrogant son passé, il se livre aussi à une introspection sensible sur sa propre condition et les raisons de ses échecs passés. C’est son inadaptation à la société des hommes qui explique peut-être sa survie à cette fin du monde.
Un roman d’action, littéraire et psychologique, qui reprend les codes du genre pour mieux les subvertir.

Avis

Sélectionné à l’occasion du prestigieux prix de Flore 2012, La nuit a dévoré le monde est un ouvrage singulier. En effet, édité par Robert Laffont, bien que nous soyons pleinement dans la mode zombie, ce genre de récit est rare. Très rare même. Aussi l’intérêt était-il très fort. Attisé qui plus est par l’usage d’un pseudonyme par son auteur – vite éventé.

Petit plaisir, loin de l’habituelle Californie ou de New York, l’action se situe en France, à Paris (quartier de Pigalle). Dans le genre, ça permet une petite bouffée d’oxygène comme lorsque Jean-Pierre Andrevon a écrit Un horizon de cendres en 2008.
Expédions d’emblée la grande angoisse des lecteur/trices occasionnel/les : ce livre est court, écrit dans un langage naturel accessible. Bref ! Il ne devrait pas prendre la poussière trop longtemps dans vos toilettes près de votre lit.

Nous suivons un homme, Antoine Verney , un écrivain Harlequin (vous voulez que je vous explique ?) de 36 ans. Celui-ci se raconte sous la forme d’un journal de bord, d’une autobiographie calendaire, alors qu’il tente de survivre à une nuit qui a fait basculer le monde (celui que le “héros” perçoit, du moins). Cet écrivain asocial, handicapé du présent, ne doit son salut qu’à une providence floue, jamais expliquée d’ailleurs. Car c’est un fait à accepter d’emblée : Antoine ne sait pas ce qui s’est passé, ignore à quoi c’est dû. Il va falloir faire avec ce préalable. On part avec un personnage antipathique, égocentrique à la limite du nombrilisme, superficiel (un peu bômeur en fait). Je cite : ”Je suis un Robinson, les zombies sont mon océan.” Chouette nan ? Je vous donne envie ?

Le décor de Paris en fait un huis clos dont la fenêtre (au sens littéral) est ouverte sur un terrain de jeu certes miné mais plus grand que quatre murs. Premiers gros bémols que je citerai, malgré cet environnement qui nous est familier, quelques invraisemblances vont nous gratouiller : dans l’appartement initial ainsi que dans les autres que l’écrivain va fouiller, ce dernier va trouver deux fusils. Okay, la culture rurale ou vieille France n’est peut-être pas très loin mais je serais curieuse de savoir combien d’armes recèlent les logements rupins (j’admets que c’est un préjugé de ma part, sans doute me trompé-je). Allons plus loin ensuite : vous verrez dans les premières pages que le narrateur décrit une perte sèche d’un tiers de son poids en une semaine, ce qui même pour un épisode de Koh Lanta sans feu et sans riz, n’est pas très réaliste je pense (là encore, si vous avez de quoi me contredire et étayer vos propos, faites-vous plaisir dans les commentaires !).

La nuit a dévoré le monde paie son tribut à la littérature et au cinéma de genre ; par exemple le moment initial où tout bascule rappelle aisément les effets de manche (qui a dit : facilités ?) de récits parfois pessimistes à la Twilight Zone like. Puis la présence d’un animal de compagnie – fortement marquée par des livres comme l’incontournable Je suis une légende de Richard Matheson (à lire absolument, oubliez les films !), ici un chat qui semble particulièrement mal intentionné. On pourra aussi trouver des ressemblances avec Rammbock (Berlin Undead), mais “Pit Agarmen” a donné une réponse sur son blog indiquant qu’on lui parlait souvent du film de Marvin Kren qu’il ne connaissait pas jusque là.

Les quelques séances de Balltrap sur les zombies, certes jubilatoires, m’ont fait penser à une théorie d’un ami, FibreTigre (je vous recommande chaudement son twitter !). Je vous la résume ici, mais vous pouvez aller la lire par vous-mêmes : les fans de zombies craignent un certain conformisme et se sentent marginaux. Tirer sur un cadavre qui attend patiemment de vous becter, ça défoule certes. Pour le personnage principal de La nuit a dévoré le monde, cette apocalypse z arrive à point nommé, car de loser il accède au statut de “héros solitaire”. Cette solitude qui faisait de lui un paria auparavant est valorisée. Une autre de ses initiatives, une lecture publique de son “œuvre” (comprenez là : le récit de sa survie) à un parterre de morts vivants paraîtra alors une revanche jalouse et mesquine envers son “ancien monde” contre qui par lâcheté il n’avait certainement jamais osé se rebeller. Mais en réalité, il est encore dans l’évitement, toujours du bon côté.

Et si ses réflexes de survie élémentaire ne semblent pas trop mauvais (je laisserai des experts en juger), il développera un stratagème pour “être touché” assez glauque. Si la survie immédiate et physique semble contredite, c’est la survie dans sa dimension psychologique qui est citée – d’une façon originale et intéressante. Sans l’autre on n’existe pas. L’humanité est passée du statut de propriétaire du Monde à simple locataire qui a rendu les clefs.

 

En bref

Misanthropie, mon amour ! Si vous aimez quand ça râle, quand ça pègue (passée la scène d’exposition, vous serez dans le bain), les corps faisandés sans odorama, vous devriez passer deux ou trois heures divertissantes. Nous ne tenons pas là encore une fois l’ouvrage qui redéfinira le genre. Mais je crois qu’on n’en attendait pas autant, alors soyons indulgent/es.

Récit ramassé et exercice intéressant de vengeance sociale, il n’en reste pas moins que le quotidien du protagoniste principal se résume à : lire, écrire, s’occuper/parler à des plantes. Aussi j’espère que vous ne m’en voudrez pas si je vous avoue qu’en terme de littérature zombie, je préfère la lecture en ces pages ouaibes de Jérémy : Journal d’un Geek en territoire zombie.

Pour aller plus loin

Chose assez rare, l’auteur a mis à disposition sur internet un court dossier présentant la genèse de son roman. À lire par curiosité ICI.

 

note7

 

Auteur

Bonne proto-geekette mais piètre survivante, j'ai néanmoins fait mien l'adage : "Un bon zombie est un zombie mort. Deux fois."

Articles relatifs

3 Commentaires

  1. Exellent, malgré le fait que sa donne de la concurence a Jeremy (va falloir te motiver si on veux vendre ton chef d’oeuvre a Romero :P )
    bref, sa rete un roman de zombie francais qui m sembl tout de meme tres interessant a lire… Que de livre a acheter, je vous jure…

  2. Il a l’air cool ce livre ! J’pense que je vais le prendre

  3. Bon bah je l’ai pris ce matin sur mon kindle et je l’ai mangé aujourd’hui doucement, c’était vraiment pas mal, à lire !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*