Culture Z Livres Papiers — 26 février 2014
La nuit a dévoré le monde, roman zombie de Martin Page (Pit Argamen), la critique

 

Le romancier français Martin Page, qui écrit sous le pseudonyme de Pit Agarmen, nous livre son sixième et meilleur roman avec “La nuit a dévoré le monde”. Il se lance cette fois dans un nouveau genre et s’attaque au roman d’horreur et c’est avec plaisir que l’on retrouve l’humour acerbe et la dérision de sa plume dans ce nouveau genre.

Synopsis :

Antoine Verney est un jeune écrivain de  romans à l’eau de rose. Sa petite amie l’a quitté pour se marier avec un homme qu’elle n’aime pas, il n’a pas d’argent, peu d’amis, et a des difficultés à s’intégrer et à se socialiser. Alors qu’il participe à une fête dans un appartement à Pigalle, il boit et s’effondre dans la pièce où les manteaux des invités ont été déposés. A son réveil, il découvre une scène d’horreur : les murs et les sols sont couverts de sang, un corps sans tête gît à terre et les zombies ont envahi les rues. Il n’est finalement pas si surpris. Voilà longtemps que l’humanité a atteint le stade ultime de la décadence, de la sauvagerie et de la cruauté, et il n’y avait sans doute qu’un pas pour que l’homme se transforme en monstre anthropophage. Face à cette nuit de cauchemar, le jeune survivant s’organise, vit reclus au troisième étage de cet appartement qui n’est même pas le sien et se croit un temps à l’abri, en dépit des attaques répétées des morts-vivants… Mais la folie de la situation fait vaciller sa propre raison, il régresse vers l’animalité, le désarroi, la démence.
Pour échapper au désespoir et à sa propre chute, il réapprend peu à peu à vivre et à lutter, tient un journal. Il se livre alors à une introspection sur sa propre condition humaine, réfléchit sur le sentiment douloureux de ses échecs passés et de son inadaptation profonde à la société des hommes. C’est cette inadaptation qui explique peut-être qu’il ait survécu à cette apocalypse… Quand il semble s’être résolu à une solitude définitive, et à une mort certaine, il rencontre Sarah, une autre survivante, qui lui fait entrevoir la puissance de la vie, de l’amour et de l’espoir qu’il porte encore en lui.

Citations

“Il m’a fallu un mois pour comprendre que les zombies ne sont pas le vrai danger. Je suis mon pire ennemi. Les zombies ne peuvent franchir les trois étages, ils ne peuvent défoncer la porte. Par contre, ils courent dans ma conscience comme s’ils en avaient toutes les clés.”

“Je suis en sécurité dans le passé. Je travaille à lui faire coloniser mon esprit pour atténuer les images du présent. Le passé est mon médicament.”

“L’espérance dans un monde dévasté est une saloperie. Le passé est un piège, le futur aussi. Il ne reste que l’instant présent. Une seconde est une forteresse indestructible.”

“Je suis plus dépendant d’eux qu’ils ne le sont de moi. Je n’ai personne d’autres que ces êtres. Ils sont ce que j’ai de plus cher au monde: le rappel permanent de ma mortalité et de ma fragilité, et de la force de vie qui palpite en moi. Ils me désirent comme personne ne m’a jamais désiré. Grâce à eux, j’ai pris conscience de la beauté de la vie qui bat dans mon cœur. Leur faim est un hommage.”

« C’est la fin du monde, ou plutôt du monde tel que nous le connaissions, tel que nous l’avions domestiqué et vaincu »

« Finalement, la nature nous a éliminés à l’aide de versions monstrueuses de nous-mêmes. »

Critique

Ce roman est  moins un livre sur les zombies que sur l’âme humaine et la solitude. L’auteur a parfaitement su détourner les codes du genre zombie. Ici le zombie est utilisé comme une allégorie du déclin accéléré de notre société et symbolise une forme de dégénérescence de l’être humain tandis que notre anti-héros est un Robinson Crusoé des temps modernes. L’auteur met en avant la psychologie de son personnage, et la richesse et l’originalité du livre réside dans les questionnements que des événements apocalyptiques peuvent induire chez les rares survivants. Comment survivre quand tous nos repères se sont écroulés, quand on n’a plus rien ni personne à quoi se raccrocher, comment se redéfinir quand l’autre n’est plus là pour nous apporter un regard extérieur sur nous-mêmes, comment faire face au silence, à ce face à face permanent avec le néant, quand débute la folie et la paranoïa ? Alors il fait le point sur son passé et tente de se reconstruire un avenir. La peur, l’angoisse, la survie, la solitude sont autant de démons à affronter pour peut être en définitive se construire une nouvelle humanité.

L’exercice, ce huit-clos intense du personnage, est une réussite entre littérature générale et littérature de genre, portée par une plume incisive et qui souvent fait mouche. On retrouve toute l’ironie féroce de l’auteur de ‘Comment je suis devenu stupide’ dans ce livre. On peut même y voir un hommage à la littérature de genre. L’auteur de littérature blanche signe sous pseudonyme un ouvrage classé dans la littérature fantastique ou d’horreur et fait de son personnage principal un auteur de littérature rose, une autre littérature de genre. Et, comme dit Arnaud Viviant ” la littérature de genre parle à ceux qui n’ont pas fait d’études, et qui ne font pas partie des élites. C’est un moyen de faire passer des choses en contrebande.” Et Martin Page, via son pseudo Pit Agarmem, nous livre ici une critique aussi aiguë qu’acerbe de notre société de consommation. Un angle d’approche engagé supporté par un sens critique solide et étayé. En plus de cette approche « politique », l’auteur nous offre un personnage touchant, un anti héros paradoxal, empreint de certitudes mais malgré tout pétri de doute, habité par la nécessité de sa survie et parfois complètement insouciant, tantôt au plus profond du désespoir et de la solitude, tantôt porté par une euphorie frisant la folie. L’auteur utilise à merveille les zombies pour produire un roman de grande qualité, intéressant, mais aussi paradoxalement très beau en dépit de la situation apocalyptique. Il se livre, s’expose et son roman transpire l’émotion. Pas étonnant dans ce cas qu’il ait utilisé un pseudo…

note9

 

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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2 Commentaires

  1. Merci du partage, j’irais voir si je le trouve pour le lire :D

  2. ce livre est mon prochain ouvrage que je compte découvrir rapidement.

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