Culture Z Livres Papiers — 14 avril 2012
Les morts ont marché, la critique !

couverture du roman Les morts ont marchéAuteur :  Mathieu Fortin

Publication : au Québec en 2011

Collection : Mène ta propre enquête

Éditeur : Caractère,

Nombre de pages : 211

Prix : 16, 95 dollars canadiens

 

 Synopsis

Saint-Licoret, petit village de la Mauricie, est le théâtre d’une étrange épidémie : les habitants du village s’attaquent entre eux, des morts reviennent à la vie et s’en prennent à tout ce qui bouge. Quelle est la cause de cet étrange phénomène? Sont-ce les déchets nucléaires de la centrale ? Les armes bactériologiques utilisées sur la base militaire? Ou encore un virus venu du laboratoire de recherche pharmaceutique ? Mais surtout, qui a été le premier atteint et comment est-il parvenu à infecter tout le village ?
Tant de questions auxquelles le lecteur devra trouver la réponse pour résoudre l’énigme. Les morts ont marché n’est pas un roman, mais un livre-enquête. Le lecteur doit, à l’aide des différents éléments (fiches descriptives des victimes, les rapports médicaux, les interrogatoires des témoins, le dossier de presse, etc), jouer au détective et résoudre l’affaire. Comme un fin limier, le lecteur peut revenir sur certains passages, essayer de lire entre les lignes, tenter de percer la personnalité et les motivations cachées des personnages pour faire triompher la vérité. La collection Mène ta propre enquête présente un défi qui amènera les adolescents, tout comme les adultes, à une autre façon d’aborder la lecture, et ça, c’est cool.:cool:

 

Critique 

Le livre de M. Fortin, plein d’entrain et d’humour noir s’adresse lui aussi, comme dans ma précédente critique J’ai embrassé un zombie et j’ai adoré, à un public jeune d’adolescents, mais aussi à des adultes qui ont gardé l’esprit jeune, des “young adults” pour reprendre le titre d’un film à l’affiche en ce moment.

À d’autres, il semblera un peu trop léger car il n’a pas la gravité de la série télé Walking dead, ni l’envergure du film d’apocalypse généralisée comme La route, où le monde a explosé depuis 10 ans et où Viggo Mortensen est une sorte de zombie au bout du rouleau. Pas de véritable angoisse ici, c’est surtout un complot pharmaceutique autour de tests pour le médicament AIDES destiné à guérir du SIDA. Tant que l’on s’attend à un ton léger, investigateur et un peu policier, on n’a rien à perdre et tout à gagner en rencontrant des personnages hauts en couleur et un enquêteur minutieux et malin qui va faire le ménage dans la situation trouble d’un petit village du Québec, Saint-Licoret. On vous propose même un plan pour voir où chaque événement particulier s’est produit.

plan de Saint-Licoret

Un petit village du Centre-du-Québec lors d’une étrange épidémie

 L’essence de ce roman/enquête est la saveur québécoise très particulière avec ses expressions imagées et familières que l’auteur n’hésite pas à employer le plus souvent possible. Il a retranscrit le plus fidèlement possible la vie québecoise quotidienne dans son roman, ce qui est un challenge pour un roman d’enquêtes sur des morts. On retrouve par exemple des expressions commençant par “eille” : “Eille, c’est pas vrai, j’ai appelé le 911″, ou encore l’expression assez marrante “comme une poule pas de tête qui court” et puis celle-là : “vous penseriez que je vous mène en bateau”, ou celle-ci, “me faire gober”. Connaissez-vous le secondaire, ou le DEP ? Saurez-vous déchiffrer ces quelques expressions en plus d’enquêter sur les transformations zombiesques ?

Les morts ont marché n’est pas un roman philosophique à la Jean-Paul Sartre et serait même tout le contraire de cela. Il s’agit d’un livre s’approchant de la populaire série de livres-jeux Le livre dont vous êtes le héros, que l’on trouvait surtout dans les années 1980 et 1990, façon Hercule Poirot des zombies. Comme dans le film Contagion, il s’agit de trouver “qui a contaminé qui et comment cela est arrivé“. Ça vous branche ?

Même si ça ne vous branche pas trop (comme moi car je me dis “peu importe qui a fait quoi”), le style de l’auteur m’a semblé entraînant, ce qui m’a poussée à lire cet ouvrage s’approchant d’un roman de Stephen King où toutes les choses les plus bizarres et innommables peuvent arriver dans un petit village du Maine. Eh bien, c’est la preuve qu’on peut en faire autant au Québec !!! Et même faire dans le sordide comme les voisins américains.

Ainsi, plus qu’un roman pour ados de zombies, on peut y voir une sorte de roman social d’une petite ville du Québec, dans lequel on nous présente des protagonistes qui ont de la personnalité avec des situations bien différentes : de la directrice d’entreprise à la SDF qui vous informe que “eille, ce n’est pas parce qu’on vit dans la rue qu’on prend de la drogue”.

 

À partir de la page 85, on trouve des entrevues, par exemple :
- M. Leblanc, interrogé suite à la mort de sa femme et sa fille.
- M. De Grandpré, éducateur dans une garderie, infidèle à sa femme et témoins de l’attaque d’un zombie sur une jeune fille à qui il n’est pas venu en aide.
- Mme Lemay, qui a dû tirer sur sa fille transformée en zombie et qui est encore sous le choc.

Ces témoins qui ont beaucoup de choses à dire sur les récents événements, propos qui passionneront les amateurs de zombies !

En revanche, on peut reprocher à ce roman de n’être pas assez gore :twisted: et révoltant (dépend du degré de sauce piquante que l’on aime). Les attaques de zombies ne sont pas trop violentes et vous le regrettez sûrement, hein ? Un exemple simple : Quand c’est une jeune fille qui a attaqué sa mère, celle-ci témoigne :

“J’ai tendu les bras… mais elle ne s’y est pas réfugiée. Elle m’a sauté dessus en tentant de me mordre. Nous sommes tombées au sol, mais je l’ai repoussée avant qu’elle ne plante ses dents dans mon cou… Vous savez, tout le monde a déjà vu des images de films de zombies. J’ai eu une pensée pour ces monstres morts-vivants quand Camille m’a sauté dessus”.

Ainsi, l’angoisse et le dégoût ont peu de place dans ce roman et se sont surtout les neurones qui travaillent. Les passionnés de science s’y retrouveront peut-être mieux puisque l’on parle souvent d’un labo, IsidorPharma, qui procède à des expériences douteuses sur des gens, de pauvres types qui n’ont pas d’autres façons de se procurer du fric. 

film québécois de 1989 de science-fiction

Steve et Bozo

 

Cela rappelle le film Dans le ventre du dragon, vous connaissez ? Non ? Moi oui, c’était à l’époque où le cinéma québécois n’était pas florissant, mais il y avait deux ou trois bons films par an ! Ce film a gagné le prix du film s’étant le plus démarqué au London film festival en 1989. C’est l’histoire de Lou, Steve et Bozo qui distribuent des dépliants publicitaires. Pour gagner un peu d’argent, Lou accepte de faire des tests dans le laboratoire du Docteur Lucas, ce qui le rend malade et le rapproche de la mort. Je vous mets une image, si vous voulez chercher.

 

 

 Pour en revenir au livre de Mathieu Fortin, celui-ci est composé de plusieurs documents techniques, par exemple des fiches de suspects :

photo intérieur du roman de M. Fortin

Suspect du roman Les morts ont marché

 Elles sont plus ou moins intéressantes, on a plutôt envie de les survoler.

 articles de journaux du roman de M. Fortin

Des articles aux faits curieux et passionnants

À l’opposé, des articles de journaux s’avèrent passionnants puisqu’il est question des forces armées qui s’entraînent dans différentes régions. Mieux encore, un homme prétend dans l’un d’eux avoir été enlevé par des petits hommes verts qui lui ont fait des tests, une expérience traumatisante. Dans un autre, il est question de deux vaches éviscérées dans un champ voisin, la même nuit de l’événement. Toujours cette nuit-là, un autre homme affirme avoir aperçu des lumières vertes et blanches dans la forêt. Avec toutes ces informations, vous devriez avoir la puce à l’oreille !

On a aussi des fiches pour analyser les preuves matérielles.

analyse des preuves matérielles

Des analyses mystérieuses??

Des phénomènes inexpliqués, des zombies qui en contaminent d’autres, tout ceci s’est passé à Saint-Licoret. Voulez-vous devenir aussi un Ti-Joe connaissant (une de mes expressions québécoises préférées) et en savoir plus ? Lancez vous dans la lecture de ce roman ! :lol:

 note5

 

 

Auteur

vampirellaorasul

Mi-vampire, mi-fée, entièrement Canadienne et souvent Française dans la vraie vie, je m'intéresse aux vampires depuis que j'ai 13 ans, une sombre année où j'ai croisé le roman "La Reine des damnés" de Anne Rice, et depuis, je n'ai cessé d'élargir mes horizons, j'aime tout ce qui est étrange, différent, les fantômes, les zombies, les goules, je reste curieuse de tout et toujours prête à découvrir de nouvelles choses. Doctorante à la Sorbonne sur le sujet de la femme vampire en littérature, ma vraie vie se fait la nuit parmi les créatures de l'ombre... Je cherche un emploi et je lutte sur tous les fronts, mais tel est mon destin. Dès que possible, je me connecte pour vous passer mes dernières impressions zombiesques et y puiser de l'énergie en même temps, car j'aime communiquer, cela est mon maître mot ! Au plaisir de vous retrouver dans des mondes hostiles à la vie et faits pour les braves :-)

Articles relatifs

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*