Culture Z Livres Papiers — 09 octobre 2014
L’évangile Cannibale, la critique !

Synopsis

Aux Mûriers, l’ennui tue tout aussi sûrement que la vieillesse. Matt Cirois, 90 ans et des poussières, passe le temps qu’il lui reste à jouer les gâteux. Tout aurait pu continuer ainsi si Maglia, la doyenne de la maison de retraite, n’avait vu en rêve le fléau s’abattre sur le monde. Et quand, après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires retrouvent la lumière et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, c’est pour s’apercevoir qu’ils sont devenus les proies de créatures encore moins vivantes qu’eux. Que la chasse commence…

Avec L’évangile Cannibale, Fabien Clavel nous apporte un peu d’innovation (je m’apprêtais à dire fraîcheur mais c’eut été mal venu !) dans le monde des zombies de façon assez surprenante. La première partie du roman, sous couvert de nos chers zombies, dénonce avec clairvoyance la fin de vie de nos ainés placés en maison de retraite, dans le dénuement matériel et affectif le plus total, dans la dépendance la plus entière, dans la vulnérabilité la plus épouvantable. Mais elle le fait sans apitoiement aucun, sans complaisance non plus, mais avec la précision d’un scalpel et un humour noir redoutable qui parfois nous balance entre le rire et les larmes.

“On est des guerriers désarmés. Parfois, c’est les vêtements qui nous manquent. Soit on t’habille tous les jours de la même manière, soit on te refile ceux du voisin qu’est mort et qu’était obèse, ça s’enfile plus facilement. La transition linceul, j’appelle ça.”

Ce roman nous interpelle, nous secoue, nous culpabilise, nous horrifie…

C’est d’ailleurs de cette façon que l’auteur nous piège et nous rend presque sympathique au départ son narrateur, Matt Cirois, quatre-vingt-dix ans, pourtant un vieux salopard comme il se plait lui-même à le revendiquer, acariâtre, paranoïaque et expert cracheur, la bête noire des z soignantes des Mûriers. Mais au fil des pages, le doute s’insinue puis s’impose : Matthieu nous offre “sa” vérité, sa propre vision des choses édulcorée à volonté, corrigée après coup et pas racontée sur le vif, ce qui lui permet de bienheureuses omissions. Et, comme Matthieu s’impose comme seul narrateur, verbal puisqu’il enregistre son récit sur un dictaphone, ne vous attendez pas au style littéraire de Clavel, préparez-vous au verbe haut en couleur, au langage cru et acerbe, à l’humour noir et grinçant et aux insultes vengeresses de Matt !

La seconde partie est un road movie incongru en fauteuil roulant, parsemée de clins d’œil littéraires, cinématographiques et religieux, celui de notre petite troupe de vieillards dont certains sont grabataires, qui entrent dans un Paris dévasté à la recherche de couches et de bouteilles d’oxygène en guise de matériel de survie, n’ayant pas peur de mesurer la déchéance physique de la vieillesse à celle des morts vivants.

“Il fallait nous voir quand on a passé la porte de Champerret ! La horde sauvage ! La chevauchée fantastique ! On montait bien à sept kilomètres à l’heure ! Yan chantait « Quand on arrive en ville / tout le monde change de trottoir ». C’est dire s’il était content ! Voilà comment les vieux sont entrés dans Paris. Après la 2e db du général Leclerc, la 2e dfr division de fauteuils roulants du général Cirois !”

Et la rencontre, bien sur, est aussi incongrue que le road movie !

“Une course poursuite inédite s’est mise en place…
Devant : Simon, soixante-cinq kilos tout mouillé, le foie qui lâche, sur son hémiplégia 3000 à propulsion podale de secours…
Derrière lui : Zombie n°2, carcinome spinocellulaire en ulcération croûteuse, la cheville gauche en vrac, encore à moitié congelé…
On aurait dit qu’ils jouaient à être les plus lents possibles…”

Mais la suite se gâte en se transformant en délire psychotique d’un pervers paranoïaque qui se prend pour Dieu, et finit en apocalypse dans un jardin d’Eden avec une tentative de repeuplement à vomir. Ça ressemble effectivement plus à un mauvais San Antonio qu’à du bon Clavel. Et toutes les références, religieuses (les apôtres, d’ailleurs, auront sans doute du mal à se retrouver…) ou autres, ne justifient pas la gratuité du sordide. C’est en général là qu’on a envie de lâcher le bouquin et qu’on ne continue que si on le doit ou si on aime le glauque pour le glauque, le macabre, la perversité, et j’en passe… Rien ne vous sera épargné, pédophilie, viol, sodomie, cannibalisme etc…  Si, une seule chose, les armes, parce que comme il le dit lui-même, Fabien Clavel ne voulait pas d’armes, son seul principe dans ce bouquin étant de s’en tenir aux tournevis et aux perceuses. Après avoir terminé la lecture, on est surpris de voir que quelque chose peut encore l’effrayer… Il nous avait vraiment habitués à beaucoup mieux…

note6

 

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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