Culture Z Livres Papiers — 02 février 2014
L’évangile cannibale, le dernier roman de zombies de Fabien Clavel vient de paraître

Fabien Clavel, notre professeur de français parisien, s’attaque enfin aux zombies, après avoir consécutivement exploré le thème des nephilim, des elfes, des vampires et des anges. Mais comme il le dit lui-même dans une interview faite par son éditeur actuSF, à l’occasion de la parution du livre et que je vous conseille vivement de lire dans son intégralité :

“J’ai même une liste dans laquelle je barre peu à peu les créatures évoquées. J’ai par exemple encore des fantômes, des loups-garous, des momies, des super-héros et autres dans cette liste. Dès que j’ai un projet qui tient la route sur l’une de ces figures, je me lance. Cela vaut aussi pour les genres comme le wu xia, le planet opera, le cyberpunk. L’idée serait d’explorer ces univers de la même manière que, toutes proportions gardées, Balzac et Zola décrivaient les différents milieux sociaux. Cela ne m’empêche pas d’ailleurs de revenir plusieurs fois sur une même créature : les anges sont présents dans Nephilim et Les Adversaires, les vampires dans Homo Vampiris et Le Miroir aux vampires. Pour les zombies, je travaille aussi sur un roman jeunesse, Metro Z, qui les évoquera selon un angle différent. D’autre part, pour poursuivre la filiation avec les cycles du XIXe siècle, je m’attache peu à peu à relier mes histoires entre elles avec des personnages récurrents afin de proposer un monde complexe mais cohérent.”

Voici donc le synopsis du roman :

Aux Mûriers, l’ennui tue tout aussi sûrement que la vieillesse. Matt Cirois, 90 ans et des poussières, passe le temps qui lui reste à jouer les gâteux. Tout aurait pu continuer ainsi si Maglia, la doyenne de la maison de retraite, n’avait vu en rêve le fléau s’abattre sur le monde. Et quand, après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires retrouvent la lumière et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, c’est pour s’apercevoir qu’ils sont devenus les proies de créatures encore moins vivantes qu’eux. Que la chasse commence…

Vous l’aurez compris, les zombies vont avoir affaire à… des vieux.

Et ce roman est dédié à Dédée. Mais qui est donc Dédée ? L’auteur nous l’explique :

“Dédée était ma grand-tante, décédée il y a quelques années, et qui faisait un peu office de grand-mère. Mes trop rares visites à sa maison de retraite m’ont permis de découvrir à quel point ce genre d’endroit est déprimant, quand bien même son établissement était de bonne tenue et n’avait rien à voir avec le Mouroir décrit dans le roman. J’ai pour habitude de dédier chacun de mes romans à une personne qui m’est chère. Vu le sujet de celui-là, Dédée s’est imposée. D’ailleurs le personnage de Maglia lui emprunte quelques traits.”

Pourquoi des vieux ?

“C’était l’un de mes points de départ : du post-apo avec des vieux. J’ai sans doute été lointainement influencé par Les Assurances Crimson de Terry Gilliam qui ouvre Le Sens de la vie des Monty Python : de vieux employés se révoltent et prennent le pouvoir dans leur compagnie d’assurances et se lancent à l’assaut de leurs rivaux sur un immeuble transformé en bateau pirate. Ce qui me plaisait de montrer, chez mon personnage principal, c’était à la fois l’élément de révolte de cet ex-soixante-huitard et aussi sa désillusion. Il est celui qui a su proposer le choix d’une rébellion face au pouvoir en place mais aussi celui dont la rébellion même a été entièrement retournée et réutilisée par l’ultra-libéralisme contemporain. Le fait que ce soit des vieux qui survivent montre aussi qu’ils ont pris la place des jeunes. Il semblerait que, pour la première fois depuis des décennies, les nouvelles générations héritent d’une situation plus difficile que celle de leurs aînés, ­notamment du point de vue de la santé. Dans L’Évangile ­cannibale, la jeunesse est constamment utilisée au bénéfice des adultes, les vieux étant rejetés dans le mouroir. Finalement, les grands absents du roman, ce sont les générations intermédiaires, dont la mienne en particulier, sur qui repose pas mal de responsabilités.”

Quelle a été la documentation pour ce nouveau livre ?

“Ma documentation a surtout consisté en films. Ma première émotion visuelle pour le film de zombies a été la série 28 jours plus tard et 28 semaines plus tard. Du premier j’ai retenu Londres abandonnée et désertée, du ­second Londres bombardée (les scènes au napalm étaient vraiment impressionnantes). J’ai transposé cela à Paris. Le pilote de The Walking Dead a été aussi une source d’inspiration. J’ai aussi visionné tous les Romero pour l’occasion. De Dawn of the Dead, j’ai retenu la scène du supermarché mais en la ­modifiant : poussé par une sorte d’instinct de conservation qui dépasse le trépas, les zombies se mettent à la place des surgelés et deviennent eux-mêmes le produit vendu. J’ai aussi vu Dance of the Dead et Bienvenue à Zombieland pour l’approche plus humo­ristique et la recherche sur les différentes manières de tuer un zombie. La série des [•Rec] m’a été utile pour voir comment construire le scénario de manière à ce que tout se passe sous les yeux d’une caméra (ici, mon narrateur-­personnage). L’Armée des morts m’a terrifié avec la petite fille zombie que j’ai reprise pour le personnage de Manon. Les autres films que j’ai vus m’ont sûrement influencé aussi, comme la série des Resident Evil ou La Horde, mais je serais plus en peine de dire comment.”

Source : ActuSF

 

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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