Culture Z Livres Papiers — 05 février 2012
Mon zombie et moi, un livre z pour réfléchir  !

Auteur : Pierre Cassou Noguèsmon zombie et moi pierre cassou nogues
Broché : 341 pages
Éditeur: Seuil
Parution : 2 septembre 2010
Prix : 20 euros

Vous vous rappelez, la dernière fois, pour bien commencer l’année, je vous avais donné la recette d’un super cocktail à déguster entre amis, je ne sais pas si vous l’avez essayé ? Il y a une version alcoolisée et une autre sans alcool, n’oubliez pas que ça n’a pas le même effet… Cette fois-ci, je vous conseille plutôt de boire un bon petit café noir pour avoir les idées bien en place.

 

 

Synopsis

Que et où suis-je ? Après avoir revisité un certain nombre de positions classiques sur la nature et le statut du sujet (celle de Descartes notamment) et de réponses possibles à la question de savoir ce que je suis (une personne ? une machine ?), cette enquête développe une théorie originale fondée sur la notion de figures imaginaires. On y trouvera une façon nouvelle de faire de la philosophie, s’appuyant sur et passant par la fiction. Cette méthode est mise en œuvre par l’analyse d’une série de figures tirées de la littérature, où sont convoqués des auteurs classiques comme Poe, Maupassant, Nerval, aussi bien que des écrivains de science-fiction comme Wells, Conan Doyle, Stapledon, Ph K Dick. S’y ajoutent d’originales fictions imaginées par l’auteur, qui deviennent autant de plans d’expérience philosophique : puis-je, au sens propre, perdre la tête ? être invisible ? intouchable ? habiter un tableau ? être fait de plusieurs morceaux ? Voici, autour de la question du sujet, un parcours par la fiction d’un pan de la philosophie aussi bien qu’un voyage philosophique à travers la science-fiction.

 

Critique

Vous avez compris le mode d’emploi du terme “zombies”, ce sont des sortes de créatures animées de mauvaises intentions, au cerveau en bouillie et au comportement non recommandable, qui n’en ont plus pour longtemps : au contraire du vampire, les zombies ne sont ni autonomes, ni intelligents, enfin… pour la plupart !

Mais réfléchissez un peu, d’une manière philosophique !

singe intelligent

C’est ce que l’auteur de Mon zombie et moi, M. Pierre Cassou-Noguès, aime faire (livre publié aux éditions du Seuil, 2010). Attention, ce livre n’est pas un simple divertissement, il stimule les neurones pour faire de vous le contraire d’un zombie, il vous rappelle que vous êtes un être humain conscient, intelligent.

Qu’est-ce qui nous différencie d’un zombie par exemple ? L’auteur donne l’exemple d’un phénoménologue, Merleau-Ponty. La phénoménologie est la branche de la philosophie qui se concentre sur l’étude de l’expérience et des contenus de conscience. Il tient à souligner un fait évident mais qui donne lieu à une série de réflexions intéressantes si l’on s’y met : “Je suis dans mon corps, et pour cette raison même, mon corps n’est jamais un objet pour moi”. Je ne peux pas par exemple, voir mon corps sous toutes ses coutures, de l’extérieur, puisque je suis dedans. Je pourrais me placer dans une galerie de glaces pour observer mon corps du dehors. Mais si je veux savoir en quel sens je suis dans mon corps ?

L’auteur donne alors l’exemple de Descartes, qui, comme vous le savez, a toujours la bonne réponse à tout. L’être humain, au contraire du zombie, est un esprit qui pense : en tant que je pense, je n’ai pas besoin de mon corps. Je pourrais m’imaginer, si je le voulais, que je n’ai pas de corps, que toutes ces sensations, ma respiration, le battement de mon cœur, ne sont que des illusions.

Mais si on peut quand même dire que je suis dans mon corps, alors où suis-je précisément dans mon corps, c’est ce que l’auteur demande. Descartes nous informe que nous sommes dans notre corps, dans la glande pinéale, une petite glande du cerveau. En tant que chose pensante, je suis là où ma pensée se fait. Et alors, où est mon âme ? Mon âme est attachée à ma glande pinéale, qui est en relation avec tous les organes du corps. Dans Les passions de l’âme, Descartes explique : l’âme a son siège principal dans la petite glande qui est au milieu du cerveau d’où elle rayonne en tout le reste du corps.

glande pinéale (les zombies n’en ont plus, si ?)

Par la suite, l’auteur de Mon zombie et moi s’intéresse à la fiction. C’est ce qui nous intéresse aussi sur Zombies World, tout ce dont nous discutons est de la fiction par le biais de différents moyens de diffusion : la littérature, le cinéma… Mais comment est-ce que l’être humain conscient et intelligent fait de la fiction ? C’est la question dont on débat ici.

Selon l’auteur : “La fiction, la fiction qui s’écrit ou se raconte, la fiction narrative comme je le dirai parfois, détermine le possible”. Mais en tant qu’être intelligent, on sait que “ce n’est pas vraiment vrai”. Pourquoi est-ce que cela nous intéresse tout de même ? Eh bien, c’est pour la bonne raison que les histoires racontées sont proches de nos expériences. “Est possible un être, une situation, évoqué dans une fiction à laquelle on adhère”. On n’y croit pas vraiment à ces histoires, et en tous les cas, on sait bien que ce n’est qu’un divertissement, mais on se prend au jeu. Comme dit la suite : “On suit cette histoire, à laquelle on ne croit pas, jusqu’à même s’identifier à des personnages dont l’expérience n’est pas identique à la nôtre. C’est bien alors que leur situation nous apparaît, en un sens, possible. Non pas sans doute possible dans le monde actuel…”

Ainsi, il est intéressant de comprendre le mécanisme de la fiction d’un point de vue philosophique. Dans ce livre, on veut élargir le possible auquel se confronte traditionnellement la philosophie pour y introduire les êtres bizarres de la science-fiction et de la littérature fantastique pour en savoir plus sur la subjectivité et son incarnation. Comment est-ce qu’en tant qu’être humain, je m’intéresse à des mondes imaginaires ? “Ce que je peux imaginer, c’est ce que je peux raconter. Pour imaginer, il faut que je me raconte une histoire”.

Et nous aimons nous raconter des histoires, n’est-ce pas ? Sinon, nous ne serions que des êtres humains qui sont dans leur corps et précisément à l’endroit de la glande pinéale, et nous ne verrions que ce que nos yeux voient. Au lieu de cela, nous avons utilisé notre imagination, nous avons embarqué dans l’imagination des autres. Fascinant, la façon dont l’être humain se nourrit d’imaginaire, n’est-ce pas ? Nous sommes aussi un peu comme des zombies, il nous faut de la nourriture, qui n’est pas nécessairement celle que nous trouvons au supermarché, on trouve la nôtre à la Fnac, au Virgin, sur internet, etc.

couple de zombies 

J’espère que cette petite réflexion vous a fait passer un moment agréable, sans pour autant faire de vous un passionné de philosophie. Nous n’en étions qu’aux premiers chapitres et nous arrêtons là pour le moment.

 

Conclusion

Ce livre m’a fait réfléchir et rêver mais m’a aussi plongée dans une sorte de vide intersidéral qui accompagne la philosophie : en ce sens, je dirais qu’il est très intéressant pour qui s’intéresse à la philosophie et au plaisir de lire pour lire et réfléchir pour réfléchir, mais pas pour qui souhaite lire un truc vivant, réaliste et plein d’action, cela va de soi. Ce n’est certainement pas de la fiction, c’est une réflexion sur la fiction : en tant que bouquin de philosophie, je le trouve très rigolo et ouvert, plus ouvert que d’autres manuels pousssiéreux. Très bien pour ce genre, donc.

 

note7

 

Auteur

vampirellaorasul

Mi-vampire, mi-fée, entièrement Canadienne et souvent Française dans la vraie vie, je m'intéresse aux vampires depuis que j'ai 13 ans, une sombre année où j'ai croisé le roman "La Reine des damnés" de Anne Rice, et depuis, je n'ai cessé d'élargir mes horizons, j'aime tout ce qui est étrange, différent, les fantômes, les zombies, les goules, je reste curieuse de tout et toujours prête à découvrir de nouvelles choses. Doctorante à la Sorbonne sur le sujet de la femme vampire en littérature, ma vraie vie se fait la nuit parmi les créatures de l'ombre... Je cherche un emploi et je lutte sur tous les fronts, mais tel est mon destin. Dès que possible, je me connecte pour vous passer mes dernières impressions zombiesques et y puiser de l'énergie en même temps, car j'aime communiquer, cela est mon maître mot ! Au plaisir de vous retrouver dans des mondes hostiles à la vie et faits pour les braves :-)

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