Mort et Vif Papiers Projets — 31 mai 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 11

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Bien dormir ? Mon cul, oui ! Je n’ai pas cessé de faire des cauchemars dans lesquels je me faisais bouffer non-stop, façon « fast food ».

Je me sens tout de même mieux, moins fatigué qu’hier soir, mais plein de courbatures. C’est que je ne suis pas un sportif moi. Huit heures passé à ma montre. Il est temps de s’y mettre, la journée va être bien remplie. Mon équipement m’attend. J’en suis fier et qu’importe si je ressemble à un monstre une fois porté. Il est mon unique chance de survie. Alors si le fonctionnel prend le dessus sur l’esthétique, pour cette fois, je le tolère.

Avant de rejoindre la salle des communications, je veux finir d’explorer ce bâtiment. Il n’y a que deux étages à nettoyer, ça devrait aller vite. Je fouille de partout et je sors les corps des mort-vifs éclatés. Je farfouille les bureaux, j’inspecte les lieux, je découvre ou redécouvre des endroits que je n’imaginais pas. Les toilettes de l’administration sont bien plus propres que celles des LQ. Sur les bureaux du personnel, des photos de leur famille, de leur femme, de leurs enfants. C’est triste et réconfortant à la fois. C’est ce qui fait de nous des êtres humains, c’est ce qui nous distingue des mort-vifs, les sentiments. Je tiens à m’assurer que plus personnes ne pourra s’introduire dorénavant dans ce bâtiment. Je condamne les portes de derrière en empilant bureaux et chaises. Désormais, impossible qu’un mort-vif n’entre par ici. Pour l’entrée principale, je glisse un bâton entre les poignées. Ils ne seront pas capables de le faire sauter.

La salle des communications m’attend, et ces occupants également. Je me souviens qu’elle était barricadée de l’intérieur et que des mort-vifs y erraient. Rien n’a changé : les mêmes grognements, le même obstacle. Quand je pense que je vais forcer une porte pour agresser des mort-vifs, c’est vraiment le monde à l’envers. Je place la hache de manière à faire levier et je décoince progressivement la porte. Je mets coups de pied et coups d’épaule afin que la porte cède définitivement. C’est fait ! Je suis aux aguets attendant que les mort-vifs m’attaquent. Mais non, décidément, ils sont vraiment surprenants. Je me glisse doucement à l’intérieur de la pièce et je les aperçois tous les deux, ligotés à un pilonne. Qui a bien pu faire ceci ? Certainement quelqu’un qui n’avait pas de quoi les tuer ou qui ne voulait pas le faire.

Ils ne peuvent bouger, ils me font de la peine, d’autant que je reconnais Brent, l’agent de maintenance. Brent était un chic type, toujours disponible, toujours souriant, toujours prêt à donner un coup de main. Vous aviez un problème de chiottes bouchés ? Il intervenait dans l’heure. Plus d’eau chaude dans les douches ? Il s’en occupait de suite. Besoin d’un joueur supplémentaire pour une partie de poker ? Il ne disait jamais non. Un mec cool en somme. Je le regrette déjà.

Je sors le sabre et maitrise ces deux enragés. Il n’en reste plus que deux dorénavant. La fin est proche.

Je referme derrière moi et condamne toutes les entrées. Après avoir scellé les portes de la pièce, j’enlève le haut de la combinaison sans quoi je ne pourrai utiliser le matériel établi. J’avoue ne pas tous les connaitre. L’un ressemble à une radio, un peu comme celle présente chez le capitaine, mais en plus moderne, pour ne pas dire plus complexe.

Je m’installe, place le casque sur mes oreilles et commence à parler dans le micro.

- Ici plate-forme Elgin, m’entendez-vous ?

Aucune réponse, je recommence.

- Allô, ici plate-forme Elgin, m’entendez-vous ?

Rien, pas même un peu de friture. Le vide absolu. Je suis un peu dépité. Je ne comprends pas. Il doit bien y avoir quelqu’un de vivant sur cette planète qui puisse répondre à un coup de fil, non ?

- Allô, allô, je recommence, ici plate-forme Elgin, m’entendez-vous ?

A priori non, personne ne peut répondre. Bon, si personne n’écoute, peut-être que quelqu’un parle. Je me lance à la recherche de signaux émis, canal par canal. Dans l’ensemble il y a beaucoup de friture, mais je tombe rapidement sur une station qui diffuse en continue.

- « Appel à la population. Veuillez rester chez vous. Ne sortez sous aucun prétexte. Attendez à l’intérieur que les services d’hygiène viennent vous diagnostiquer. Il est dorénavant interdit de sortir de chez soi. Tout contrevenant se verra maitrisé par les agents de sécurité. Ceux qui détectent une contamination chez eux doivent mettre un chiffon rouge à leur porte. Appel à la population. Veuillez rester… »

- Quelle merde ! J’étais loin d’imaginer un tel marasme.

Je suis complètement perdu dans mes pensées. Que faire ? Qui va venir me chercher ? Dois-je mettre un chiffon rouge au sommet de la plate-forme ? Les services d’hygiène vont-ils se déplacer jusqu’ici pour me diagnostiquer ?

- Balivernes, ce ne sont que des conneries !

Je suis déçu et énervé. Tout ça pour ça. Pourquoi s’acharner à survivre s’il n’y a plus d’espoir ? Et moi qui devais rentrer il y a encore deux jours. Quelle blague ! Rentrer chez moi ? Pour y faire quoi ? Voir ma famille ? Je n’ai pas de famille, en tout cas pas ici. Je panique. On panique toujours lorsqu’on ne sait pas.

Boum ! Une explosion à l’extérieur. Inutile de se précipiter pour savoir d’où ça vient ou ce que c’est. Une telle structure ne peut pas tenir sans maintenance régulière, et il y a de trop longues heures qu’aucun technicien ne s’en occupe. Qui plus est, une partie de la structure a été endommagée lorsque j’ai joué avec la grue. Il faut se rendre à l’évidence, cela devait arriver.

Ok, le temps joue dorénavant contre moi. Il me faut tout de même aller constater les dégâts. Ici, il n’y a globalement plus grand-chose à faire. J’ai un nouvel objectif : trouver un moyen de m’échapper.

- Ok, Rodrick, mais ne confond pas vitesse et précipitation. Il te reste deux mort-vifs à anéantir.

Il y a un bâtiment que je n’ai pas du tout assaini, c’est celui des parties communes, comprenant le réfectoire, les cuisines, les douches, l’infirmerie… Et c’est très certainement ici que se trouvent les deux derniers macchabées.

Je sors pour constater l’étendue des dégâts. Ca ne sent pas bon. L’un des puits a pris feu et il n’est clairement pas question d’essayer de l’éteindre. Certains diront qu’en pareille saison, ça réchauffe l’atmosphère. Je contourne les flammes pour atteindre les parties communes. Yvan avait raison : la chaleur peut vite devenir insupportable sous cette combinaison. Je me présente devant l’entrée, les portes sont grande ouvertes. Il semblerait que l’on ait cherché à s’enfuir rapidement de ce lieu. Le système anti-incendie s’est mis en route suite à l’explosion. L’alarme sonne violemment, et l’eau inonde petite à petit les pièces. Ma vision et mon ouïe étaient déjà réduites à cause de la cagoule, autant dire que maintenant, entre l’eau qui ruisselle sur ma visière et le son assourdissant de l’alarme, je progresse très difficilement en essayant de reconnaitre les lieux. Je ne me pose pas trop de questions, à quoi bon ? Je ne crains finalement pas grand-chose, protégé comme je le suis.

Je prends sur la gauche pour me rendre au réfectoire. Je me souviens de cette scène d’horreur, la première fois que je les ai vus dévorer un homme. Il doit bien en rester un ou deux par là. Je progresse lentement mais sûrement. Je reconnais bien les lieux, l’entrée du réfectoire est juste là sur la droite. Je pousse l’un des montants de la porte d’entrée, et je le découvre ici même, à l’endroit où nous l’avions laissé. Toujours allongé, sur le sol, complètement déchiqueté. Je serais surpris qu’il bouge encore celui-là.

Encore une fois, ces mort-vifs me surprennent. Il m’a senti et il commence à s’agiter, à ramper dans ma direction. Le plus drôle, c’est que ses jambes, elles, restent sur place. Ils l’ont tellement grignoté qu’il n’a plus de ventre et sa colonne a cédé lorsqu’il a commencé à se remuer. C’est stupéfiant. Les mort-vifs culs-de-jatte peuvent encore être agressifs ! J’utilise ma technique favorite, à savoir le bloquer par la nuque sur le sol et je m’apprête à lui asséner le coup fatal lorsque l’on me saute dessus par derrière. J’en ai un d’accroché à mon cou. Il essaye de me mordre à travers la combinaison. Il est lourd, il me bloque le bras gauche. Je ne le vois pas. Je panique, je me débats, à gauche, à droite, j’essaie de m’en débarrasser. Impossible.

- Du calme Rodrick, tu ne crains rien. Prends le temps d’analyser la situation mon vieux.

Sa tête est juste sur mon épaule, à porter de ma main droite. Je m’abaisse pour retirer le sabre de ma botte. Je pense pourvoir le planter aisément, mais le rampant m’attrape alors le bras. Ils m’énervent. Ok, faisons dans l’ordre. Du bras gauche, je parviens à planter le couteau dans le crâne de celui qui est au sol. Il me lâche illico-presto l’autre bras. Je sors le sabre, je prends le temps de bien viser et je perfore le crâne de celui se trouvant sur mon dos. Il est toujours aussi lourd mais tout à coup beaucoup moins virulent. Je le laisse choir sur le côté. Je suis content, fier, je les ai tous eu. Mort-vifs restants, aucun !

J’ai besoin de reprendre mon souffle, de respirer. Je retire la cagoule, j’y vois maintenant un peu mieux mais l’alarme hurle toujours et encore. Ils sont tous les deux au sol. Le premier, c’est Sanchez, le second par contre, il ne me dit rien Pourtant, je devrais connaitre presque tout le monde dans cette partie de la plate-forme. Les gens « d’en bas » essentiellement venaient dans ces quartiers. Jamais le capitaine ne serait venu partager son repas avec le petit personnel. De plus, sa tenue est différente de celles que nous utilisons pour travailler ici. Ca ne ressemble pas à des vêtements personnels, mais plutôt à un uniforme. J’essaye de trouver des indices, un blason, quoique ce soit qui pourrait m’aider à comprendre. Je m’arrête en pleine recherche, j’ai vu une silhouette. Je remets vite ma cagoule, mon cœur s’est emballé d’un coup, je suis sûr d’avoir vu une silhouette de mort-vif tendue à l’autre bout de la pièce. A moins que ce ne soit de nouveau le coup du miroir ? Non, pas cette fois-ci, j’étais accroupi, la silhouette est bien droite. D’ailleurs elle est toujours devant moi, lancinante, se balançant légèrement telle la pendule d’une horloge.

- C’est quoi cette histoire ? Ne suis-je pas sensé vous avoir tous exterminés ?

Je m’avance d’un pas décidé. Le peur a vite cessé pour laisser place au doute. Je veux en avoir le cœur net. Y a-t-il un mort-vif de plus à décompter ? Et si oui, qui est-il ? D’où vient-il ? Pourquoi n’était-il pas listé sur l’ordinateur du capitaine ? Je contourne les tables, les chaises et j’approche des cuisines. J’y pénètre d’un pas franc tout en restant sur mes gardes et je le vois. Il y en a bien un de plus, vacillant légèrement, suspendu à trente centimètres du sol.

- Mais quelle horreur, qu’est ce c’est que ça ?

Je m’approche pour mieux observer la scène. Il est là, il me sent et tend ses bras pour m’agripper. Je tourne autour et je comprends d’avantage. Il est pendu par la colonne à un crochet de boucher, telle une vulgaire carcasse de porc. Il y a du y avoir du grabuge par ici. Quoiqu’il en soit, il y a une astuce quelque part dans le nombre exact de personnes à bord. Je lui éclate le crâne de ma hache, certainement par charité chrétienne, puis je retourne à la recherche d’indices sur le mort-vif du réfectoire. Sa tenue noire m’intriguait. Elle n’est pas de celles que l’on trouve habituellement sur la plate-forme. Je l’ai, sur le col intérieur, une indication : « Air Service Inc.».

- Je suis vraiment trop con !

Je le crie bien fort comme pour expier ma bêtise et libérer ma colère. Quelle tâche je suis !

- Cet homme fait parti de l’équipage de l’hélicoptère, comment ai-je pu les oublier ? Et en plus, c’est le pilote qui nous a mis dans une telle mouise !

Je me hais. Qu’importe. Il me faut un chiffre. Combien étaient-ils ? Je tente de me souvenir lorsque je les ai rencontrés alors que je m’apprêtais à partir. Il y avait le pilote, tenu par un gars de chez nous et un autre que je ne connais pas. Puis il y avait un homme plus âgé qui m’a adressé la parole. Donc ils étaient trois à minima. C’est extrêmement frustrant de ne pas savoir précisément. Tout mon plan repose sur un nettoyage intégral de la plate-forme. Comment le mettre en œuvre si je ne sais exactement le nombre de personnes présentes. Je reprends le décompte, nous en sommes à moins un.

Bon, il y a un endroit où je dois me rendre en priorité, l’infirmerie. Tout est parti de là, tout finira certainement là. Ce n’est qu’à quelques encablures. Si
ça veut rire, ce bon vieux Jenson aura même réussi à survivre.

A priori non. Je reconnais sa blouse, initialement blanche, sur un cadavre au milieu du couloir. Il a dû souffrir ce vieux planqué. Son corps est comme sa blouse, en lambeau. Il me sent, mais il ne peut à peine bouger tant ses membres sont déchiquetés. Il me fait de la peine. Je l’aimais bien, moi, le père Jenson. Il était mon principal dealer de somnifères et de pansements chauffants. Je peux dire qu’il m’a bien aidé à supporter l’environnement hostile de cette plate-forme. Je le fini avec le sabre, d’un coup sec, comme pour abréger ses souffrances, et je me retourne vers la porte de l’infirmerie. Elle est fermée mais pas bloquée. J’ouvre et pénètre dans la petite pièce. Sur un lit git le corps du pilote. C’est lui, je le reconnais. Il est sanglé, impossible qu’il ne s’échappe. De toute façon il ne bouge pas d’un poil. Je m’approche. Il ne risque pas de bouger, sa tête est complètement atomisée. Il semblerait que je ne sois pas le seul exterminateur de mort-vifs. En décomptant Jenson, nous en sommes dorénavant à moins trois. Ca ne finira jamais…

J’inspecte rapidement la pièce du regard. J’entrevois des affaires personnelles. Sur la table, un portefeuille, certainement le sien. A côté, un mouchoir, quelques pièces de monnaie, et un trousseau de clés. Rien d’utile. Il est de temps que je retourne aux appartements et je trouve un moyen de me sauver rapidement. La plate-forme est en feu, elle ne restera émergée éternellement.

Alors que je reprends le chemin dans l’autre sens, je réfléchi aux différentes façons de quitter les lieux. Des canots sont prévus en cas d’évacuation d’urgence. Il y a également un plus grand bateau, certainement pour les gens importants comme le capitaine. J’emprunte le pont formé par l’écroulement de la grue et au bout de celle-ci, je peux apercevoir les canots de sauvetage. Enfin, je pensais pouvoir les apercevoir. En s’effondrant, le bras de la grue les a complètement noyés. Quand au plus gros bateau, il a été transpercé par le rail de son bras. Pour résumé, il coule. Il reste bien un canot mais il s’est détaché et vogue à cent ou deux cent mètres d’ici. Impossible de le rejoindre à la nage. L’eau est glaciale, elle me tuera avant même que je fasse la moitié du trajet. Quelle poisse !

Je suis perdu, je ne vois pas d’autre solution que ce canot. Peut-être qu’avec une protection bien imperméable et une bonne bouée, je pourrai le rejoindre sans risque. Ou bien créer une embarcation de fortune pour flotter jusqu’à lui. Compliqué.

Réfléchissons, ou plutôt, regardons. Qu’est ce qu’on a ? Un rapide panorama des lieux me ramène à l’évidence : l’hélicoptère. J’y pense depuis pas mal de temps mais à la vérité, je suis incapable de piloter ce genre d’engin. Pilote d’hélicoptère, ça ne s’improvise pas ! Essayons, après tout, qu’ai-je à perdre.

Tout d’abord, les clés de l’engin. Je me souviens avoir vu un trousseau de clés à l’infirmerie, sur la table à côté du cadavre du pilote. C’est certainement celles-là. Ensuite, le manuel de bord. Je me doute bien que ça ne sera pas dans la  boite à gants. Dans la salle des communications, l’un des postes est relié à internet. Avec un peu chance, il y aura bien un site ou une vidéo sur « you tube » pour apprendre à décoller.

Je ne traine pas une seconde de plus, mais arrivé à l’infirmerie, je ne trouve plus les clés sur la table. Je ne suis pourtant pas fou. Elles étaient là, j’en donnerais ma main à couper. Si elles n’y sont plus, c’est forcément que quelqu’un les a prises. Je ne suis donc pas seul.

Qui ? Où ? Ca s’est forcément produit il y a moins d’un quart d’heure. Je n’ai vu personne sur le chemin. Il n’a pas dû sortir. Je regarde autour de moi. Une porte mène à la chambre de Jenson. Je m’approche, doucement, mais elle s’ouvre très rapidement et un homme en surgit me poussant violemment au sol avant de s’enfuir.

- Revient ! Oh ! Qu’est-ce que tu fais ?

Je cours à sa poursuite, mais ma combinaison ne me permet pas de le rattraper rapidement. Je le vois sortir du bâtiment et s’enfuir à toutes enjambées.

- Mais qu’est-ce que tu fais, revient, je te dis, revient ! Je ne vais pas te manger !

Quel pauvre type, il ne peut pas prendre le temps de s’arrêter une seconde et de me parler. En tout cas, il est hors de question qu’il se casse avec mon appareil. Je le course tant que je peux. Heureusement, il ne connait pas bien les lieux. J’emprunte mon raccourci, le pont-grue, qui me permet de le rattraper au niveau de l’héliport.

- Arrête de courir et regarde-moi ! Je m’appelle Rodrick, je suis l’un des ingénieurs de la plate-forme. On peut discuter peut-être ?

- Il n’y a rien à dire ! Moi je me casse d’ici avant de crever !

- Calme toi, j’ai nettoyé la base, il n’y a plus rien à craindre. Qui es-tu ?

- Non, tu ne comprends pas, je dois vite partir avant d’y passer. J’ai vu comment les autres finissaient une fois mordus. Je veux qu’on me soigne, qu’on me soigne vite.

Il me tend son bras, et à l’évidence, il est foutu. Ses veines noircies remontent le long de son cou comme elles le faisaient sur le corps d’Yvan. Il ne tiendra plus bien longtemps.

- C’est arrivé quand ?

- Il y a quelques heures, je dois faire vite.

Il se rue dans l’hélicoptère et prend place au poste de pilotage.

- Ok, ok. Écoute-moi bien. J’ai de quoi te soigner ici même, dans les appartements du capitaine. Si tu pars dans cet état, tu es mort. Tu te transformeras en plein vol. Je te laisse imaginer la suite. Réfléchi bien, j’ai de quoi te soigner, je me suis moi-même soigné hier.

- Tu t’es soigné ? Comment ? Comment as-tu fait ?

- C’est un produit que m’a administré le capitaine. Tu sais, il ne manque de rien, lui. Allez, suis-moi, tu n’as rien à craindre, je te protègerai. Si tu savais le nombre de mort-vifs que j’ai éclaté. Maintenant, je peux dire que la base est saine.

Je le sens hésiter. Ses mains tremblent tellement qu’il n’arrive même pas à introduire les clés dans le démarreur. Il se décide finalement à me suivre alors je tente de détendre l’atmosphère. Je le reconnais, c’est  l’homme qui m’a adressé la parole l’autre jour, avant le départ avorté.

- Je suis content de ne pas être le seul survivant. Ca fait du bien de parler à quelqu’un d’autre. Tu me rappelles ton nom, j’ai oublié.

- Liccha, c’est comme ça qu’on m’appelle.

- Enchanté Liccha. Ravi de te revoir, on s’était aperçu sur la passerelle lorsque l’hélicoptère s’est posé. Tu te souviens ?

- Ah oui, c’est toi qui devais rentrer avec nous. Eh bien, tu auras été gâté. C’est incroyable ce qu’il se passe ici. Vivement que l’on parte, on n’est pas en sécurité ici. Tu as des nouvelles du port ?

- Euh… Oui, j’en ai reçues. A priori, ils s’apprêtent à envoyer un équipage de secours, mais ils ne seront pas là avant bien deux ou trois heures. En attendant, je pense qu’il faut qu’on te soigne et qu’on se mette à l’abri.

- Oui, c’est une bonne idée. Mais tu as une planque, un endroit sûr ?

- J’ai pris possession des appartements du capitaine.

- Possession ? C’est-à-dire ? Il est où, le capitaine ?

- Disons qu’il n’est plus.

- Ah. Je comprends. Mais qui reste-t-il alors de vivant ? Tu as pu secourir d’autres personnes ?

- En toute honnêteté, il ne reste que toi et moi. Le drame aura été fatal à tous nos confrères, de ton côté, comme du mien. J’ai vu mourir mes amis sous mes yeux. Tu sais, Liccha, c’est tragique, mais on peut se réjouir d’être encore en vie.

- Oui, tu as parfaitement raison, finalement, j’ai de la chance de t’avoir rencontré.

- Oh oui, tu as beaucoup de chance.

Auteur

Michael Chevalier

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4 Commentaires

  1. Très bonne article :D

  2. Très bonne article :D

  3. Hate d’en lire plus !

  4. Dis donc, c’est dense !
    Continue !

    :o

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