Mort et Vif Papiers Projets — 16 juin 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 12

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Nous sommes confinés dans le bureau. Je l’ai installé sur un fauteuil, pour qu’il soit à l’aise et je lui ai préparé la potion du capitaine, celle qui fait rêver, à base de somnifères. Après tout, rêver, n’y a-t-il pas droit une dernière fois ? Mais ce sera pour plus tard, car avant, j’aimerais profiter de la situation pour essayer d’en apprendre d’avantage sur la façon de piloter cet engin. Puisqu’il était décidé à décoller il y a encore dix minutes, c’est qu’il doit s’y connaitre un minimum. Alors que je pense sa plaie sans conviction, j’essaie de le questionner.

- Tu sais faire voler cet hélicoptère Liccha ? Je t’ai vu t’installer aux commandes, tel un pilote. Je croyais que seul le pilote savait le manœuvrer ?

- Oui et non. En fait, je suis son copilote, j’ai donc tous les acquis, mais je manque cruellement d’heures de vol. Je ne suis pas officiellement habilité à voler, mais j’ai les bases. Je devrais pouvoir le faire.

En réalité, j’hésite. Puisqu’il est capable de faire décoller l’hélico, pourquoi ne pas partir avec lui. Il me montrerait les différentes manipulations et je l’achèverais s’il se transforme une fois en l’air. C’est risqué, évidemment. Me mettre à piloter en plein vol sans jamais avoir essayé, c’est comme faire tapis au poker. De tels risques ne me ressemblent pas. Mon style, c‘est la méthodologie, la préparation, la sécurité. Je vais le faire seul, à ma façon et tant pis si j’échoue.

- Tu sais Liccha, c’était mon rêve de voler. A chaque fois que je prends l’hélicoptère, je demande au pilote de m’expliquer comment ça fonctionne. Pour eux, je veux dire, pour vous, c’est très simple, mais pour nous autres, c’est trop compliqué. Je t’envie !

- Ne dis pas ça Rodrick. Il n’y a rien d’extraordinaire à faire voler cet appareil. C’est comme conduire une voiture, c’est une question d’apprentissage, voilà tout. Je t’explique si tu veux ?

- J’en rêverais, mais il y a plus important maintenant. Je dois finir de te soigner.

J’ai bien pris soin de ne pas complètement dévêtir ma tenue. Sait-on jamais. Il pourrait se transformer d’une minute à l’autre. Je garde mon sabre dans ma botte, à portée de mains. Je prends une seringue, je la remplie du premier flacon venu. Je simule. Il me croit.

- Merci, merci mille fois. Tu sais, j’ai paniqué tout à l’heure. Je voulais tellement m’enfuir d’ici que je courais sans réfléchir. Tu sais, j’ai moi-même tué mon ami… le pilote. Je l’avais sanglé au lit quand j’avais vu qu’il agressait tout le monde. Un peu plus tard, alors qu’il ne bougeait plus vraiment, j’ai voulu le couvrir avec sa couverture et c’est alors qu’il m’a mordu. Il m’a même arraché un morceau de barbaque. J’ai admis qu’il n’était plus le même, et quand j’ai vu l’infirmier dans le couloir, en train de se faire bouffer par les monstres, j’ai compris qu’il en était devenu un lui aussi. Alors, j’ai pris l’extincteur et je l’ai assommé de coups. Je ne m’attendais pas à ce que sa tête éclate si facilement pour tout dire.

La piqure administrée, je le rassure une dernière fois pour gagner sa confiance.

- Voilà, demain tu te sentiras mieux. Ca m’a pris une nuit pour m’en remettre tu sais.

- Ils t’ont mordu également ? Où ça ?

- Oui, ils ne m’ont pas loupé. Mais l’endroit qu’ils ont touché est… personnel. Tu vois ce que je veux dire. Haha.

- Oui, je comprends, inutile de te défroquer devant moi. Hahaha.

- Alors cet hélicoptère ? Tu m’apprends à le faire décoller ?

- Oui, avec plaisir.

Et il part dans les moindres détails. Je lui fais répéter à moult reprises, prends un maximum de notes en enregistrant la conversation, ou devrais-je dire, son monologue, avec mon portable. Voler, c’est intriguant, intéressant et inquiétant à la fois. J’avoue avoir hâte de m’y atteler. Mais il y a quelque chose que je dois finir avant. C’est une situation difficile. Autant le capitaine était un salopard, autant Liccha m’a tout l’air d’un brave type. Tuer des monstres est une chose, tuer des hommes en est une autre. Je me refuse à le tuer tant qu’il ne s’est pas transformé. Et qu’importe si ça prend la nuit. Je ne lui infligerai pas ça, je ne m’infligerai pas ça. Je ne suis pas un meurtrier !

Auteur

Michael Chevalier

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2 Commentaires

  1. Super ce chapitre merci :)

  2. J’en aurai bien voulue un peu plus ;)

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