Mort et Vif Papiers Projets — 19 juillet 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 14

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Hôpital d’Aberdeen, 24 heures plus tôt. Service des urgences. 240 km de la plate-forme Elgin.

Bam, Bam ! On a tiré. Je suis persuadée qu’on a tiré deux coups successifs, nets et francs. Où ? A l’un des étages supérieurs. Qui ? Ca, je l’imagine bien. Il fallait que ça arrive. Depuis que les soldats ont pris possession des lieux, un accident devait se produire un jour ou l’autre.

Bam, bam, bam ! Ca recommence, mais ce n’est plus un tireur isolé cette fois-ci. Bien au contraire, ils s’y prennent à plusieurs et ils ne cessent de faire feu.

- Marlène ! C’est le chaos ici, on ne peut plus rester là ! Il nous faut partir au plus vite. Crois-moi.

C’est ma collègue et néanmoins amie Christina. Une chouette fille. Infirmière, comme moi, nous nous sommes rencontrées lorsque je suis arrivée dans ce pays. Il me fallait une chambre, elle proposait une collocation. Depuis, nous ne nous quittons plus, même si je n’habite plus avec elle. Mais après plus d’un an de vie commune, je découvre une autre facette de sa personnalité. Je ne savais pas encore à quoi elle pouvait ressembler lorsqu’elle était envahie par la peur.

- Arrête de crier Christina. Que se passe-t-il ? Tu as pu voir d’où venaient les tirs.

- Les soldats ont tirés sur des malades !

- Quoi ? Que me racontes-tu ? Enfin… Pourquoi ? Que s’est-il passé ?

- Ils deviennent fous, tous autant qu’ils sont. Les malades sont complètement enragés. Ils sautent sur les autres patients pour les manger ! Tu m’entends, ils se mangent entre eux !

C’est tellement difficile à croire que je ne sais plus que dire. Christina est pourtant une personne sensée. Je ne peux pas imaginer qu’elle soit du genre à fabuler.

- Regarde autour de toi Marlène. Il y a trop de malades ici. Et nous ne savons pas les soigner ! Tu vois bien que nous n’y arrivons pas. Le personnel soignant est débordé. Les plus atteints sont transférés aux étages supérieurs car on ne sait plus qu’en faire.

Elle a raison, il faut être réaliste. Nous sommes complètement dépassés par les évènements. Les patients sont couchés sur des brancards qui s’entassent dans les couloirs en attendant d’être pris en charge, certains étant installés à même le sol. Les files d’attente de malades débarquant par wagonnets ne cessent de s’agrandir. Nous ne savons plus où les affecter, toutes les places étant prises. Les plus atteints sont envoyés dans les étages supérieurs, mais aucun ne semble jamais en revenir. De toute façon, nous y sommes interdits d’accès, seul le personnel soignant de l’armée intervient dans ces étages là.

- Eh les filles, ils viennent de condamner l’ascenseur et les escaliers. Je ne sais pas ce qu’il se passe là-haut, mais je crois que ça a mal tourné.

C’est Kersten, la réceptionniste des urgences. Une dame adorable, la cinquantaine, toujours au courant de tout dans l’hôpital. C’est d’ailleurs elle qui m’a permis de trouver ce job. Je lui en serai éternellement reconnaissante. Mais je divague… Christina était déjà particulièrement paniquée, et l’intervention de Kersten n’a fait que rajouter à son affolement.

- Je vous dis qu’on ne peut pas rester ici plus longtemps. Ca va mal finir, même pour nous, vous verrez.

- Mais on ne peut faire ça Christina. On ne peut pas abandonner les patients. Et nos collègues ? Qu’en penseront-ils ? Nous sommes déjà en sous-effectifs, ce sera impossible à gérer pour eux. Et puis, ça va à l’encontre même du code de déontologie. Ca pourrait nous couter très cher. Ah… Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je ne me sens pas à l’aise à l’idée de me sauver maintenant.

Vlan ! Une porte s’ouvre violemment. Un malade en déboule. Les symptômes sont visibles de loin. Le verdict est sans appel. Cet homme est indéniablement en phase terminale de la maladie. Il se rue sur la première personne qu’il trouve sur son chemin et le mord à la gorge. Le sang de la victime gicle brusquement, la carotide ayant été touchée.

Un silence glacial s’installe pendant quelques instants. Les autres patients, souvent arrivés quelques heures plus tôt, regardent la scène avec stupéfaction. Puis les premiers hurlements retentissent lorsque des soldats font éruption dans la pièce et tirent sur le malade.

Force est d’admettre que Christina a raison : on ne peut plus rester là. La panique, la peur, l’effroi, tous ces sentiments se mélangent aux travers des cris, des beuglements des ordres des soldats, des impacts des gens qui tombent à terre, des malades qui se plaignent de douleurs ou qui vomissent. C’est le chaos le plus complet. Les gens commencent à courir, cherchent à quitter les lieux, mais les soldats qui surveillent l’entrée les en empêchent. Ils les repoussent violemment et les menacent de leurs armes.

Bam ! Un soldat vient de tirer sur une dame à bout portant. Je n’en crois pas mes yeux. Cette femme ne demandait qu’un peu d’aide pour se relever. Elle s’est approchée du soldat, accroupie, et celui-ci l’a abattue comme un chien qui aurait la rage. Je suis stupéfaite, complètement paralysée. Je ne bouge plus, mon cerveau ne répond plus. Je n’entends qu’un vague son sourd telle une cassette audio que l’on passerait au ralenti. Je panique à mon tour. C’est ma façon à moi de m’affoler, j’abandonne. Christina me crie de réagir, de partir, mais sa voix est sans effet. Je ne l’entends pas vraiment, je vis hors du temps. Je vois bien sa bouche se mouvoir, sortant désespérément mots après mots. Je la vois bien s’agiter des bras et des mains, me montrant le chemin. Bam ! Elle vient de tomber à mes pieds, abattue à son tour. Son sang a éclaboussé mon visage et tout est redevenu clair en un instant. Les bruits ne sont plus étouffés, l’action ne se passe plus au ralenti. Je distingue de nouveau clairement et je comprends qu’il est temps de me réveiller.

Auteur

Michael Chevalier

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2 Commentaires

  1. Nouveau lieu, nouveaux personnages !!!

    merci et vivement la suite ;)

    • Voilà tu à pensé comme moi ^^

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