Mort et Vif Papiers Projets — 15 mars 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 3

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- Laisse-moi réfléchir Yvan. Posons-nous la question habituelle, qu’est-ce qu’on a ? Bouilloire pour stériliser, bandages et ce qu’il reste d’alcool de ta trousse de soin, ceinture pour faire le garrot, couteau de chasse dentelé pour attaquer l’os, ainsi qu’un plateau et une bassine en guise de plan de travail. Bref, il ne nous manque rien. Prêt ?

- Oui, laisse-moi préparer le garrot. Et quand tu couperas, vas-y d’un coup net.

- Tu veux quelque chose pour faire passer la douleur ?

- Quelle douleur ? Je te l’ai dit, je ne sens déjà plus mon bras…

- Alors on ne traine pas. Je coupe au niveau du coude. Donne-moi deux minutes le temps de me recouvrir le visage.

J’enfile ma robe de chambre en guise de blouse, je me mets une serviette autour de la bouche et du nez et un vilain bonnet « rouge Cousteau » fini de protéger le dessus de ma caboche. Il me tend son couteau sorti du bain d’eau bouillante, que je m’efforce de tenir fermement, bien qu’un peu crispé.

- Allez Rodrick, qu’est-ce que tu attends, on ne va pas y passer la journée.

A peine le couteau posé sur son coude noirci, je commence à appuyer légèrement mais il pénètre alors avec une déconcertante facilité. Si bien que je sépare l’avant bras en quelques mouvements simples. Lui ne fait pas un bruit. Pourtant son regard n’a cessé de fixer l’opération.

- Je suis fait Rodrick. Tu vois, je suis déjà mort.

- Ne dis pas de sotises ! Pour un mort, je te trouve bien bavard. Laisse-moi recouvrir l’ensemble à l’aide de bandages et ce sera fini. Voilà, comment te sens-tu ?

- Bien… Ca va bien parce que je ne sens presque rien.

Il a clairement l’air abattu. Celui qui m’impressionnait tant n’a plus grand-chose du surhomme qu’il était auparavant. Au contraire, son regard reflète le désarroi de l’homme qui se sait foutu d’avance. Il faut que je trouve un moyen de lui remonter le moral, il faut que je le concerne, que je le motive.

- Où en est-on ? On a repris nos esprits, soigné ce qui pouvait l’être et on est à l’abri dans notre cellule. Qu’est ce que l’on peut faire ? Il est trop risqué de sortir pour l’instant. Cependant, il nous faut trouver un moyen de savoir ce qu’il se passe en dehors. Comment ?

- Le hublot Rodrick. On ouvre et on jette un coup d’œil.

Le voilà concerné à nouveau. C’est déjà ça de pris.

Je le laisse procéder. Il s’exécute sans difficulté malgré son bras mutilé. Je sens qu’il veut faire vite. Il sait son temps compté et il ne pourra tenir bien longtemps dans cet état. La vraie question est : combien de temps ? Car il a raison. Bien évidemment qu’il a raison. Je l’ai vu tout comme lui, son bras. Yvan est en train de se transformer en mort-vif et bientôt il se jettera sur moi comme les autres ont voulu le faire ce matin. Mais pour le moment je ne dis rien car il reste mon ami. Peut-être devrais-je anticiper ? Pourquoi ne pas garder son couteau ? Discrètement, je le glisse dans ma veste pendant qu’il est occupé à regarder par le hublot.

 - Alors ? Que vois-tu ?

- Il y a le ponton arrière d’accessible si on veut descendre par là. Ca a l’air désert. En tout cas, je ne vois pas qui que ce soit sur ce pont. Si on le suit vers le sud, on peut rejoindre la salle des communications. De là-bas, on pourrait appeler de l’aide ? Qu’est ce que tu en penses ?

- Il y a quoi comme hauteur ? On peut descendre sans se faire mal ? Et au pire, on peut remonter facilement si on fait une mauvaise rencontre ?

- Si on fait une mauvaise rencontre ? On courra.

- Non, je ne pars pas sans plan B. Ici c’est notre repaire et ça doit le rester jusqu’à ce que l’on trouve un endroit plus sûr. Réfléchissons… Retire les lattes du sommier, on va s’en servir pour confectionner une échelle. Fait sauter une latte sur deux, ça la rendra plus ergonomique. Je vais l’attacher aux pieds du lit avec des draps et pendant que tu l’as fait passer à travers le hublot.

- Tu es un malin Rodrick. Je te l’avais déjà dis ?

- La salle des communications est à une trentaine de mètres. Je pense pouvoir m’y rendre facilement. Le ponton semble dégagé à première vue.

- Comment ça « m’y rendre » ? Je viens aussi.

- Non Yvan, tu restes là. Avec ta main en moins tu ne pourras jamais remonter à l’échelle si nécessaire. C’est trop risqué. Je préfère que tu restes ici à surveiller pour moi.

- Ok, je vois. Je ne peux pas te donner complètement tord non plus. Mais il est hors de question que je te laisse prendre des risques seul. J’y vais avec toi.

- Tu es lourd… Mais tu es un ange.

Comme souvent à cette époque, la météo alterne les jours de brouillard et de beau temps. Et aujourd’hui, le ciel est dégagé. Enfin une bonne nouvelle, car on y voit clair. Je descends le premier. Un coup d’œil à gauche puis à droite. Rien à signaler. Il s’engage à son tour en évitant de faire trop de bruits. Mais le gaillard doit peser bien plus d’un quintal et les lattes n’avaient pas forcément été conçues pour être utilisées comme une échelle. Une première se fend, puis une seconde. Rien d’alarmant à priori, mais espérons que nous n’aurons pas trop à nous en servir.

Nous nous engageons sur le ponton et très honnêtement, vu son étroitesse, je peux affirmer que nous serons fichus si nous faisons une mauvaise rencontre. Yvan ne fait pas toujours preuve de finesse et sur ce coup ci, c’est un bien pour un mal. Disposer avec d’autres outils, il récupère une énorme clé anglaise de chantier. Cet outil qui pèse bien dans les vingt kilos enverrait n’importe qui au tapis sur un coup bien placé. Malgré son handicap, Yvan est capable de la tenir et de la manier d’une main. Je retrouve bien là cette force de la nature qu’il est.

Trente mètres, ce n’est pas loin… Et ce n’est pas proche non plus lorsque l’on est paniqué comme nous le sommes. Le plus effroyable, c’est de ne pas les voir, c’est d’imaginer que l’un d’entre eux peut débouler à n’importe quel moment d’un côté ou de l’autre, d’un angle de bâtiment ou d’une porte dérobée. Le pire ennemi dans ces moments là, c’est nous-mêmes.

Ca y est, nous y sommes. Nous avons rejoint la porte de la salle des communications sans encombre. Fermée à clé.

- On joue de malchance aujourd’hui. Quelle poisse !

- Pas de panique Rodrick, une porte, ça s’ouvre.

Un coup de clé anglaise plus tard dans le carreau de la porte puis Yvan glisse alors sa main de l’autre côté, faisant sauter le loquet et ouvrant ainsi la porte. Malheureusement, le bruit de verre brisé semble avoir attiré du monde. Je ne le vois pas mais leur grognement est reconnaissable parmi cent. Et pour sûr, l’un d’entre eux est tout proche. Nous refermons vite la porte derrière nous et tentons de nous cacher accroupis dans le petit corridor intérieur, tout en s’adossant contre le mur afin de se faire les plus discrets possible. Le grognement est plus fort, plus rauque, plus long. Il nous a sentis. Le sentiment de panique s’accentue. On ne sait vraiment que faire. Courir se réfugier d’avantage à l’intérieur ? Mais s’il y en avait d’autres dedans ? On attend, on verra bien. Nous nous sommes positionnés chacun d’un côté de la porte dont la vitre cassée nous permet d’apercevoir l’extérieur. Je me déplace légèrement. J’essaie d’observer d’un mouvement de la tête et il est là ! Juste devant moi. Il m’a vu. Il va venir. Il vient ! Il se jette à travers la vitre de la porte et s’effondre entre moi et Yvan. Je me suis décalé juste à temps pour éviter qu’il ne me tombe dessus. Il m’agrippe par la jambe de sa main crochue et grogne plus que jamais. Là je suis perdu. Que faire ? J’essaie bien évidemment de reculer mais il s’entête et commence à ramper dans ma direction. Il me faut agir sans tarder, sinon je suis mort ! Mais que faire ? Je glisse ma main dans ma veste pour en retirer le couteau lorsqu’une une énorme clé anglaise vient lui perforer et éclater la tête. Ca l’arrête net. Pouh… Je souffle un grand coup.

- Merci champion, j’ai cru qu’il allait me… Enfin, tu vois ce que je veux dire, n’est-ce pas ?

- On ne traine pas là, d’autres pourraient venir… Tu vois ce que je veux dire ?

- Ok, mais doucement, pas de précipitation. On avance prudemment, en prenant le temps de bien regarder un peu partout. Clair ?

- Chef, oui chef !

Il a retrouvé le sourire. Je crois qu’il est à nouveau dans son élément. Une sorte de chasse aux monstres dans laquelle il peut montrer toute sa puissance. Et qu’importe son handicap, sa volonté de se venger est trop forte. J’en aurais presque de la peine pour les mort-vifs, aussi effroyables soient-ils, car je peux l’affirmer ; le plus dangereux de tous à ce moment précis, sans aucune hésitation, c’est Yvan !

Auteur

Michael Chevalier

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4 Commentaires

  1. C’est décidément trop long d’attendre entre 2 ! Vivement la suite.

  2. Excellent… Ex-cell-ent

  3. Je pourrai savoir ou est le chapitre 1 s’il vous plait , j’aimerai commencer l’histoire par le debut :P

  4. Hyper addictif.

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