Mort et Vif Papiers Projets — 22 mars 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 4

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Impossible de rentrer. La porte principale de la salle des communications est condamnée. Très certainement bloquée de l’intérieur. Un peu comme si quelqu’un avait cherché à se barricader dedans. J’essaie en chuchotant.

- Il y a quelqu’un ?

Un grognement, puis un second. C’est clair, j’ai ma réponse, il y a bien quelqu’un.

- Qu’est-ce qu’on fait Rodrick ?

- Hum… De mémoire, il y a un autre moyen de communication dans les appartements du capitaine. On tente le coup ?

Il me fait un signe affirmatif de la tête et je lui emboite alors le pas. Il semble très sûr de lui, un peu comme s’il pense que rien ne peut lui arriver. Ou alors que rien ne peut lui arriver de pire. Quoiqu’il en soit, c’est rassurant d’avoir un tel compagnon. Seul, je serais très certainement resté enfermé dans ma cellule en attendant les secours. Comme un couard, certains diront.

On retourne dans les LQ en contournant par l’Est où se trouvent les cellules des ouvriers et au second étage les appartements du capitaine. Ca grogne et ça traine la savate devant nous. Il est là de dos, on dirait qu’il erre sans but. On les détecte facilement à leurs bruits, c’est un bon point à signaler. Par contre, eux nous sentent, j’en suis sûr. Je pense que c’est l’odeur du sang qui les attire. On garde nos distances pour l’instant. Il nous faut un plan d’attaque. Et Yvan a un plan, il attaque. Il se rue discrètement sur le mort-vif. Mais celui-ci l’entend, ou le sent, et commence à se retourner lentement. Si lentement qu’il se prend de plein fouet la clé anglaise dans le visage qui éclate alors telle une pastèque. C’est surprenant de voir la facilité avec laquelle leur tête explose systématiquement. Et je ne pense pas que ce ne soit dû qu’à la force d’Yvan. On vient dans mon dos. Le grognement, les bruits de savates qui raclent le sol. Il y en a un juste derrière moi. Vite, bouger puis se retourner. Je me lance dans la direction d’Yvan. Trop tard, on m’a agrippé par la veste. Je me débats. Je mets des coups de coudes à gauche et à droite. J’arrive enfin à me dégager mais je tombe à la renverse en me retournant.

- Yvaaannn !

Pastèque. Encore une fois, pastèque. Yvan était déjà là. A peine avait-il vu le mort-vif qu’il se rua à mon secours. C’est la deuxième fois que je lui dois la vie. J’ai bien peur qu’il n’y en ait de troisième. Il ne sera plus là bien longtemps. Comment vais-je faire ? Je ne suis pas doué pour faire ça. Arriverai-je seulement à lever cet outil ? Alors comment ferai-je pour m’en servir comme une arme si je ne peux à peine le tenir ?

- Reprend tes esprits chef, et dis-toi que ça en fait déjà trois de moins. Moi je compte. Je me suis fixé un objectif, tous les exterminer.

- Merci Yvan…

- Et ne me remercie pas, je fais ça par pur plaisir. Haha.

J’étais tellement concentré sur les exploits de mon compagnon que j’en ai oublié de surveiller nos arrières. Quel crétin je peux faire. Le problème, c’est lui. Ou plutôt, c’est moi. Il en a déjà éliminé trois avec un bras en moins. Combien en ai-je eu ? Oui, je connais la réponse. Je ne peux pas continuer à l’admirer et me morfondre à la moindre mauvaise rencontre. Mais comment faire. Si c’était si facile, je les sécherais avant lui. Je suis faible, voilà tout. Ou disons que mes qualités sont ailleurs. Je suis bon en réflexion. Voilà. C’est ça. La réflexion, c’est mon arme. On se convainc comme on peut dans ces moments là.

On progresse doucement, en avançant accroupi. Inutile de se faire remarquer. Yvan a eu la bonne idée de nous faire nous déplacer face au vent pour éviter que les mort-vifs ne nous sentent facilement.

La porte des LQ est juste devant nous mais une petite échelle permet de grimper le long du mur sans risque. De plus, la structure cylindrique qui l’entoure permettra à Yvan d’y monter en prenant appui avec son dos. Une fois sur les toits, on sera plus en sécurité.

- Je grimpe en premier si tu veux bien.

- Ok, mais alors ne traine pas Rodrick car ils arrivent.

Il les extermine avant moi et maintenant, il les voie avant moi. C’est agaçant. J’empoigne rapidement les premiers barreaux et je monte à vive allure. Il me suit sans chercher la confrontation cette fois-ci. Il faut dire qu’ils arrivent vite. Je ne sais pas pourquoi ceux-ci sont plus vifs que d’autres. Autant certains se meuvent comme des larves, autant d’autres sont pris d’une soudaine énergie qui les fait jusqu’à courir. En tout cas, les échelles sont comme les escaliers, un concept trop évolué pour eux.

Je jette un coup d’œil par-dessus le dernier barreau. Personne sur le toit. C’est calme en surface, il semble que l’on peut s’y aventurer. Un dernier pas puis on s’approche du puits de lumière en coupole qui donne sur le corridor adjacent aux appartements du capitaine. Comme bien souvent, c’est fermé de l’intérieur mais la clé anglaise d’Yvan fait un excellent pied à biche. Le système de fermeture saute et on peut commencer à observer en passant la tête. J’écoute. C’est ma technique, écouter les sons suspects. J’écoute parce qu’on ne voit pas grand-chose honnêtement. La faute à un puits de lumière trop épais.

- Bon, eh bien il va falloir se lancer. Tu sautes en premier ?

- Certainement pas Yvan. On ne se jette pas dans l’inconnu.

- On peut passer par la ventilation sinon ?

- Tu regardes trop la télé, Yvan. Tu crois pouvoir te glisser dans un conduit d’aération ? Allez, on s’organise. Tout d’abord il faut que l’on trouve un moyen d’observer le corridor par les deux côtés. Cherche quoique ce soit d’utile sur le toit. Tout se qui traine peut nous servir.

Mais un toit n’est pas un entrepôt, et force est de constater qu’il n’y a pas grand-chose à récupérer. Il y a bien le système d’antenne, mais si on le démonte, on sera venu ici pour rien. Donc, interdiction formelle d’y toucher. Non, décidemment, il n’y a rien qui puisse servir. J’ai bien peur qu’il faille sauter dans le vide. A moins que… Si les conduits d’aération ne seront jamais des espaces suffisamment larges pour s’y faufiler, nous devrions pouvoir utiliser leur petites cheminées tubulaires pour se créer un périscope en y accrochant en son bout mon téléphone portable en mode enregistrement vidéo. Je lui fais faire un tour complet à 360° puis je le remonte.

- Alors Rodrick ? Elle montre quoi cette vidéo ?

- Je ne sais pas si c’est un bon ou un mauvais signe mais je vois un corps jonchant le sol sur la vidéo.

- Tu penses qu’il est mort ?

- Difficile à dire, mais pour un vivant, il ne bouge pas beaucoup.

- Je voulais dire, penses-tu que c’est un mort-vif ?

- Je ne sais pas. Honnêtement celui-ci a l’air bien mort. Et le bruit que l’on a fait en faisant sauter la fermeture du puits de lumière ne l’a pas fait broncher.

- Alors on saute ?

- J’aimerais de dire oui mais nous n’avons qu’une partie du couloir de filmée. Avant d’y aller, regardons par l’autre puits de lumière. Je me sentirai plus rassuré.

- Comme tu voudras, c’est toi le chef.

Rebelote à quelques mètres de là. Nouvelle vidéo et même signalement. Un corps sans vie allongé sur le sol. Cette fois ci, il va falloir se lancer.

- Ecoute Yvan, le plus simple c’est que je te descende le plus doucement possible. Une fois en bas, je te fais passer ta clé à pastèque, et tu agis en fonction si l’un des deux se mettait à être plus vif que mort.

- Ca me va. Mais ne traine pas à m’envoyer mon arme une fois que tu m’auras déposé.

- C’est le plan.

Je me mets à plat ventre et je le retiens tant que je peux pendant sa descente. Il est vraiment très lourd et il me glisse petit à petit des mains. De toute façon, il faut qu’il saute sur la fin. Je le lâche le plus doucement possible mais il se vautre en faisant un bruit du tonnerre sur le sol en métal du couloir. Plus un geste. Son regard se fixe sur l’un des deux cadavres au sol. Il ose à peine se relever. On écoute, encore et toujours. Puis on attend un grognement.

- Merde ! Ca se lève. Vite Rodrick, mon arme !

 Je lui lance son arme pendant qu’il se redresse péniblement. Des bruits de pas s’accélèrent. Ce n’est plus un mais maintenant deux grognements. Je le vois ramasser sa clé anglaise aussi vite qu’il le peut mais ca semble venir des deux côtés. Difficile à dire, je ne vois rien d’ici. Enfin, je distingue quelque chose. Ca ne sent pas bon. Il se protège avec l’outil mais ne peut que contenir le monstre qui tente de le mordre. Je ne vais tout de même pas le laisser tout seul face à ces monstres ?

Il y en a un qui vient dans son dos. Il n’est plus qu’à deux mètres. Je vois le bout de ses bras poindre, tendus comme des crochets de caravane. C’est fichu. Il va être pris en sandwich, se faire manger des deux côtés. C’est dégelasse. C’est moi qui lui ai dit de passer en premier. Bah… Il faut être réaliste, de toute façon, il a déjà été mordu, il ne lui reste plus bien longtemps à vivre. Non mais ca ne va pas de penser comme ça ! Suis-je aussi monstrueux qu’eux ? Allez, réagi Rodrick. Fais quelque chose. Ok, la bagarre n’est pas mon fort, mais la dignité, ça, je connais. Je ne le laisserai pas crever seul ! Le couteau ! Une telle arme doit bien permettre de faire « pastèque » !

Je vois ce mort-vif se glisser dans le dos d’Yvan tel un lâche mais il ne l’aura pas. J’attrape le couteau entre mes deux paumes de mains, le pointant vers le bas et je me jette sur le monstre lui enfonçant la lame dans le crâne. Il s’arrête aussitôt de gémir et tombe comme une poupée inanimée, sous l’effet du coup si ce n’est sous celui de mon poids. Pas de temps à perdre, Yvan est toujours dans de sales draps. Je récupère le couteau aussi vite que possible et le plante de nouveau dans le crâne du second mort-vif. A son tour, il tombe telle une marionnette. Radical.

- Ca va, tu n’as rien ?

- Sans toi, je ne m’en sortais pas. Merci Rodrick.

Il reprend sa respiration péniblement. Je pense qu’il a vraiment eu peur.

- Je ne comprends pas, chef. On peut les exploser très facilement mais ils sont d’une force colossale quand ils se jettent sur nous.

- Je pense que l’odeur du sang les met en transe, ou quelque chose du genre. Tout n’est pas encore très clair. Mais qu’importe. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ceux-ci étaient par terre, comme réellement morts.

J’esquisse tout de même un sourire. Car si nous sommes passés proche de la catastrophe, j’ai enfin débloqué mon compteur. Deux d’un coup qui plus est. Peut-être la chance du débutant ? L’égo. Tout ce qu’il persiste, même dans de tels moments est de satisfaire son ego. Pense-t-il comme moi ? Est-il déçu que je lui aie volé ces deux nouvelles proies. Car je remonte maintenant à un point, alors qu’il aurait pu me distancer à cinq points s’il les avait eus. Quelle étrange pensée. Mais c’est amusant, je dois bien le reconnaitre.

- Rodrick ? Note pour plus tard, éviter les macchabées, même ceux au sol.

Se mettrait-il à réfléchir ? N’est-ce pas mon arme la réflexion ?

Les appartements du capitaine sont enfin là. Je m’avance prudemment vers la porte d’entrée. Fermée, encore une fois, très certainement de l’intérieur, comme toujours. Je frappe à la porte. Aucun grognement. Je frappe une seconde fois.

- Il y a  quelqu’un ? Capitaine, vous êtes ici ?

Aucune réponse, il est temps de passer à l’assaut de cette porte.

- Yvan, tu penses pourvoir faire levier avec ta clé pour forcer la porte ?

- Ca m’a l’air envisageable. Pousse-toi que je prenne mes appuis.

Il se positionne face à la porte, cale la clé anglaise dans un angle lorsqu’une voix chuchotant se fait entendre de l’autre côté.

- Non, n’en faites rien. Inutile de casser la porte, on ne pourra plus la refermer. Un instant, je vous ouvre.

Auteur

Michael Chevalier

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2 Commentaires

  1. Super ! Juste trop court comme d’habitude.

    • Trop court ? peut etre…Trop bien ? surement ^^

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