Mort et Vif Papiers Projets — 27 avril 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 6

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Je suis réveillé par un bruit de plastique. Un timide bruit de frottement comme si un petit animal, une souris par exemple, cherchait à fouiner dans les poubelles. Cela m’intrigue, il faut que j’aille voir. J’ai la tête en compote et beaucoup de mal à me lever. Je m’étais finalement décidé à boire ce verre d’eau et le somnifère avait diablement fait son effet. J’étais ensuite tombé devant l’ordinateur. J’avais précédemment recouvert le corps d’Yvan dans un drap avant de le balancer par un hublot. Je sais, ce n’est pas la plus belle des cérémonies d’enterrement pour un ami, mais les circonstances me pardonneront, j’en suis sûr. Quand au corps du vieux capitaine, il est toujours là, enroulé dans le tapis. Il va falloir que je m’en débarrasse également, mais il se vidait de son sang et le bouger en devenait très compliqué. 

Alors ce bruit ? Qu’est-ce qui peut bien faire pareil bruit ? Ca vient de la cuisine. Je suis intrigué, car je ne vois pas ce que ça peut-être. Non, décidemment, je ne comprends pas qui, ou quoi, produit un tel son. Il faut dire que j’ai encore la tête en javel, les réveils sont souvent difficiles après la prise de somnifères. Encore quelques pas et je l’aperçois : le sac poubelle en plastique qui contient la tête du capitaine. Il faut bien que j’en ai le cœur net, j’ouvre. La tête s’est transformée. C’est répugnant. Elle bouge, enfin sa mâchoire essaie, principalement. Quelle horreur. Je sors le petit sabre et j’embroche la tête par le sommet du crâne. J’adore. Le mouvement est si fluide et si naturel finalement.

Il est temps que je me pose. La situation s’est aggravée. J’ai perdu Yvan et la capitaine s’est avéré être un lâche. Je suis seul. Définitivement seul. Je ne sais plus que faire. Attendre d’hypothétiques secours ou bien continuer de visiter la plate-forme à la recherche de survivants. Difficile à dire, mais je crois que si je reste ici, je vais devenir fou. Littéralement fou. Il faut que j’agisse.

L’ordinateur ; le capitaine y a accès à beaucoup d’informations sur la plate-forme et son personnel. Combien de personnes y travaillaient actuellement ? Je regarde dans les fichiers des emplois du temps. Nous étions encore 28 personnes affectées hier. Comptons un peu. Yvan en a maitrisé trois, j’en ai poignardé deux, plus lui et le capitaine. Avec moi, cela fait huit personnes. Il reste donc vingt personnes sur la plate-forme. Non, dix neuf, il faut octroyer celui qu’Yvan a jeté par-dessus bord ce matin même. Le plus simple serait de la nettoyer quartier après quartier, de les débusquer et de les anéantir les uns après les autres jusqu’à ce que la plate-forme soit débarrassée de ces monstres. Je pourrais facilement jeter les corps à la mer et les lieux redeviendraient sûrs.

Mais pour ça, il faut être un guerrier, un vrai tueur. Il y a encore quelques heures, j’aurais dit que ça ne me correspond pas. Mais n’est-ce pas ce que je suis devenu ? N’ai-je pas tué plus de mort-vifs qu’Yvan ? J’en ai même tué un qui ne l’était pas encore ! Ne me suis-je pas découvert une passion dans le maniement des lames. Lorsque j’ai découpé le bras d’Yvan, ce fut comme une révélation. Le sentiment d’avoir définitivement acquis quelque chose de nouveau. Le couteau prolonge le bras et lui rajoute une fonction dont il ne dispose pas naturellement. Ce n’est pas comme une arme à feu, ce n’est pas mécanique, c’est plutôt une sorte d’extension, comme un sixième doigt. Et c’est bon. Qu’est ce que c’est jubilatoire d’enfoncer sa lame dans la tête d’un mort-vif. Il y a une première couche qui craque assez facilement, le crâne, puis s’ensuit la partie molle, tel du beurre, la cervelle. Le crâne est vraiment friable, un peu à la façon d’une coquille d’œuf, dur et fragile à la fois. Une fois la lame rentrée, un léger coup de poignet, et le crâne continue de se fissurer avec aisance. Par contre, tout ceci est accompagné d’un son répugnant. Nous considérerons qu’il s’agit de l’envers du décor.

Alors je me récapitule le plan : nettoyer la zone pour être en sécurité dans un premier temps puis tenter d’y dénicher des survivants. Le capitaine n’était pas forcément le seul couard planqué dans une zone sûre. Si Yvan n’avait pas été là, ne serais-je pas encore enfermé dans ma cellule à cette heure-ci ? Je me dois de savoir : suis-je seul ou non ?

Allez, un peu de méthodologie. Qu’est ce qu’on a ? Deux lames ; soit un couteau et un petit sabre. C’est discret et cruellement efficace. Est-ce suffisant ? C’est que je ne me vois pas manier l’arme d’Yvan. Et je ne vois rien d’autre d’utile ici. Indéniablement, une arme de jet aurait été la bienvenue. Tant pis, je ferai sans. Que me faut-il ? De l’équipement pour me protéger, ce sera la clé du succès de l’opération. Ne pas se faire mordre, c’est primordial. Car si je peux m’occuper d’un mort-vif en un contre un, je serai vite submergé s’ils me prennent en sandwich comme ce fut le cas pour Yvan dans le couloir.

Je fouille un peu les lieux, tentant de dénicher tout ce qui peut me servir de protection. Je ne peux m’empêcher de penser aux combinaisons qu’utilisent les techniciens lorsqu’ils travaillent près du forage. Avec ce genre d’habit, je n’aurais rien à craindre. Sur Elgin, on fore par plus de six milles mètres de fond afin de remonter des hydrocarbures, essentiellement du gaz à condensat, le H2S. Ce gaz est classé dans la catégorie des « HP/HT », pour « haute température, haute pression ». Les techniciens en rigolent en l’appelant « le jus de Rocco ». Pour simplifier, disons que lorsqu’il remonte, il gicle vite, fort, et à une température d’environ deux cents degrés. Qui plus est, ce gaz est extrêmement acide et corrosif. Autant dire que si les combinaisons sont capables de protéger d’un tel danger, elles devraient résister à une morsure de mort-vif, non ? Il est indispensable que je m’en procure une. Et qu’importe si elle réduit les possibilités de mouvements. Avec elle, je serai intouchable. Oui, mais en attendant, il me faudra bien de quoi me protéger un minimum. Dans la chambre du capitaine, la penderie pourrait dissimuler deux ou trois vêtements utiles. Après tout, en cette période automnale, le capitaine devait bien disposer d’habits chauds et épais.

Des costumes, encore et encore, ainsi que quelques parkas. Mouais. Je n’ai pas prévu de me rendre à un défilé de mode, ni de recevoir du monde. Je m’apprête à ressortir de la chambre un peu déçu mais derrière la porte est accroché un magnifique cuir aviateur, avec son col peluché, épais au possible. Je n’attends pas une seconde de plus pour m’en recouvrir. Il sent le parfum, ou plutôt, le vieil après-rasage bon marché que l’on trouve dans les grandes surfaces. Infecte. Avec un peu de chance, même les mort-vifs en seront dégoutés ! Dans la cuisine, rien de bien utile. Je grignote tout de même une ou deux barres chocolatées histoire de reprendre des forces. Non pas que j’ai réellement faim. Mais plutôt que j’anticipe le besoin d’énergie à venir. Et puis c’est très encourageant, car comme il le dise dans la publicité, « un Mars, et ça repart ! ».

Je m’amuse, mais le temps passe et j’aimerais éviter de sortir la nuit, lorsque la visibilité est mauvaise. Ici, le soir tombe vite. D’ailleurs, quelle heure est-il ? Combien de temps ai-je dormi ? Deux heures ? Dix heures ? Non certainement pas autant car il fait encore jour dehors. Il doit bien y avoir une horloge quelque part : ok, 16 heures passé, ça ne me laisse plus qu’une heure avant la tombée de la nuit. Deux heures grand maximum. Le bon sens voudrait que j’attende demain matin, que je profite d’une nuit de sommeil salvatrice ici même, dans un lit confortable. J’hésite. J’ai hâte de voir s’il reste des survivants. Plus j’attends, moins il y en aura. J’hésite encore, entre la prudence et l’envie d’en découdre. Car c’est bien ça qui me motive le plus me semble-t-il ; en découdre avec les mort-vifs. Les exterminer les uns après les autres, leur faire payer la mort d’Yvan, la situation présente et peut-être même plus. Après tout, n’est-ce pas à cause d’eux que je suis prisonnier de cette plate-forme ? Ne devrais-je pas être assis au coin du feu à siroter une bonne bière ? Il n’y a pas la moindre goutte d’alcool sur ce tas de ferraille. « Question de sécurité » disent-ils.

Bon, je suis remonté comme jamais. J’y vais. Je pique la montre du capitaine avant de dégager. Je reviens dans une heure pétante, de cette façon, je ne prends pas trop de risque.

Au moment d’ouvrir la porte, j’ai tout de même un pincement au cœur. Partir à la chasse aux mort-vifs peut paraitre terrifiant, mais, aussi surprenant que cela puisse paraitre, je trouve ça ludique. En plus, je n’y vois aucune restriction de principe. Certains considèrent la chasse cruelle. Les animaux ne peuvent se défendre, ou alors ils paniquent et tentent de s’enfuir, comprenant que les choses vont mal tournées. Je l’avoue, c’est cruel. Mais dans ce cas-ci, chasser des mort-vifs, on ne peut se poser la question de la légitimité. Ce ne sont que des monstres avides de sang. Personne ne peut plus leur trouver rien d’humain. J’attends encore celui qui viendra me dire que ce ne sont que des hommes et des femmes qui ont perdu la tête, qu’ils peuvent très certainement être soignés. Certains ecclésiastiques parleront même de libération de l’esprit prisonnier du joug du malin. Guérir des morts ! Foutaises. Moi je pense qu’il faut tous les éliminer. En enfer ou au paradis, qu’ils partent ! En tout cas, leur vraie place n’est plus sur terre.

Auteur

Michael Chevalier

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1 Commentaire

  1. Super ! vivement la suite.

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