Mort et Vif Papiers Projets — 03 mai 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 7

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De retour dans le couloir, je ferme précautionneusement la porte avec les clés que le capitaine avait abandonnées sur son bureau. C’est mon point de chute, je veux le conserver sain et sauf. J’observe les corps des deux mort-vifs que j’ai poignardés car ils m’intriguent. Pour bien chasser, il faut bien connaitre sa proie répétait souvent Yvan. Aucune trace de morsure. Leurs corps ne semblent pas déchiquetés. En gros, ils ne se sont pas transformés suite à une agression d’un mort-vif. Mais alors comment est-ce arrivé ? Je reste perplexe. Je pense que la clé se trouve dans les somnifères. Le vieux a dû les endormir avant d’abandonner leurs corps dans le couloir. Il s’est certainement dit que les mort-vifs s’en occuperaient et qu’il pourrait économiser des rations de survie de cette façon. Mais aucun mort-vif ne les a mordus. Ca, j’en suis certain. Cela veut dire qu’ils sont morts d’une autre façon et qu’ils devaient être malades comme le pilote avant de mourir. Ou alors, ils ne sont pas vraiment morts. Contaminés comme le pilote, ils ont fini par se transformer une fois assoupi sous l’effet des somnifères. Peut-être que lorsque l’on dort, notre corps est plus vulnérable et le risque de se transformer est plus important. Après tout, Yvan n’est pas vraiment mort. Il s’est effondré endormi puis s’est redressé mort-vif. Je suis perdu. Il doit bien y avoir une explication cartésienne à tout ça. Je récapitule ; on se fait mordre, on se transforme, on s’endort, on se transforme parfois. Non, trop compliqué. Je devrais examiner leurs deux corps de nouveau. Quelque chose m’a forcément échappé. Les retourner encore une fois, les bouger, voir comment ils réagissent… Ca y est, je comprends mieux. Leur peau est devenue sombre, mais une partie l’est d’avantage. Il est évident qu’ils ont été étranglés. On voit précisément une ligne tout autour du cou. Ce vieux saligaud les a très certainement tués par strangulation après les avoir endormis puis il s’est débarrassé des corps en les jetant dans le couloir. Quel gros fourbe. Je fouille leur poche et je trouve un portefeuille sur le premier. Il me donne à sourire, c’est celui du contremaitre.

Les vestiaires des techniciens ne sont pas à plus d’une centaine de mètres. C’est mon objectif principal. Il s’y trouve les tenues de protection qu’il me manque tant.

 Je dois sortir du bâtiment mais je ne peux plus emprunter l’échelle extérieure. Les puits de lumière sont inaccessibles depuis le couloir, bien trop surélevés. Il y a bien un ascenseur mais je ne suis pas suffisamment fou pour prendre le risque de le voir s’ouvrir sur une meute de mort-vifs. Je préfère descendre les escaliers prudemment, d’autant qu’eux ne savent pas les prendre. Au mieux, ils doivent pouvoir les descendre, assez vite en y réfléchissant bien, mais jamais ils ne les monteront. Enseignement du jour : escalier signifie zone sûre. C’est bon à savoir.

Une pause tous les cinq à dix mètres pour prêter l’oreille me parait être le bon rythme. J’écoute, toujours et encore, tout ce qu’il se passe. J’essaie de différencier les bruits métalliques de la plate-forme des sons organiques des mort-vifs. J’ai atteint le rez-de-chaussée, mais je suis toujours dans la cage d’escalier qui se conclue par une double porte imposante. Il y a un petit carreau de fenêtre sur chacun des battants. J’essaie d’y regarder à travers, à la recherche du moindre mouvement suspect. Rien de visible, le couloir semble désert. J’empoigne le pommeau de la porte. Je m’y prends très délicatement pour ne pas faire de bruit, mais à peine la poignée tournée que la porte commence à s’ouvrir plus vite que prévu. Il y a quelque chose derrière, quelque chose de lourd que j’essaie de retenir tant bien que mal. Effectivement, un grognement ne tarde pas à se faire entendre. Rapidement, je tente de refermer la porte mais il a réussi à passer son bras dans l’ouverture. Et maintenant je peux distinguer sa tête hideuse à travers le carreau de la porte. Toujours aussi répugnante. On ne peut se faire à une telle horreur. Il pousse, il pousse fort. Situation bloquée. De plus, je me décale  vers les gonds pour ne pas me faire agripper par son bras qui griffe la porte tel un râteau. Je perds de l’emprise. Ne surtout pas rester bloqué dans le coin, sinon c’est la mort assurée. Les escaliers, c’est de là que viendra la solution. Je prends appui sur la porte et me jette dans les escaliers en grimpant à toute vitesse les premières marches jusqu’à mi hauteur. Il m’a suivi, mais comme prévu, il ne peut monter. Il se vautre lamentablement dès la première marche, grognant de plus bel. Quelle tâche. Qu’on ne me dise pas qu’il est encore humain. Est-il seulement un être vivant ? N’importe quel animal, à la cervelle aussi petite soit-elle, se comporterait d’une façon moins stupide.

Je me crois en sécurité en hauteur, mais il me surprend à ramper pour monter les escaliers. A cette vitesse, il lui faudra bien deux jours pour rejoindre le premier étage. Toujours est-il qu’il s’acharne. Sans abdiquer, marche après marche il fini pas se rapprocher, inexorablement. Certainement l’appel du sang. Je sors le sabre, pour gagner en allonge. Il est maintenant tout près, je m’accroupi pour l’encourager à continuer son escalade. Il s’achemine tout droit sur la lame. Il ne semble pas la voir, ou en tout cas pas la voir comme un potentiel danger. La pointe de la lame est maintenant sur son front. Il m’accroche le pied et plus il force, plus il s’embroche de lui-même. Il s’arrête net, la lame l’ayant transpercé d’une dizaine de centimètres. C’est stupéfiant.

J’en remets un petit coup par sécurité, puis un dernier. Bientôt, son crâne ne sera plus qu’une passoire. Je lui fais les poches, tel un voleur de poules. Mark Defoe, je ne le connaissais pas vraiment. Il devait travailler d’avantage à l’administration de la plate-forme, sinon il me serait familier. En tout cas, il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Et je compte. Je devrais plutôt dire, je décompte. Plus que dix huit.

Mes investigations reprennent. Je me suis fait avoir par la porte des escaliers, mais je ne vois pas beaucoup de solutions pour éviter ce genre de situation incongrue. Peut-être aurais-je du le réveiller en frappant à la porte par avance. Il devait très certainement être adossé à celle-ci et lorsque je l’ai ouverte, son mouvement et l’odeur du sang ont dû le réveiller.

Le couloir est tranquille. Pas un bruit, pas un chat, pas un cadavre au sol. Je n’ose pas trop fouiller en détail tant que je n’ai pas la combinaison. Peut-être y en reste il un à éliminer, dans les toilettes par exemple, mais je préfère voir ça plus tard. Sortir d’ici rapidement et rejoindre les vestiaires, c’est toujours et plus que jamais mon principal objectif.

Dans mes souvenirs, il y avait du monde dehors, du monde qui nous a pris en chasse lorsque l’on grimpait à l’échelle extérieure. Je me dois de les éviter. Je ne peux pas prendre le risque de les affronter de face. Il me faut en savoir d’avantage, il me faut de l’information sur ce qu’il y a dehors et comment les choses ont évoluées. Je vais commencer par inspecter par les fenêtres de l’étage pour tenter d’observer sans me faire remarquer. Un coup d’œil à l’est, un autre au sud, un dernier par les fenêtres au nord. Ah ! Ca bouge au nord, j’en découvre deux. Moi, je dois rejoindre le sud, je devrais donc pouvoir les esquiver sans difficulté. J’ouvre une fenêtre plutôt que sortir par la porte. Je regarde de part et d’autre, discrètement mais sans perdre de temps. Puis je saute délicatement tel un félin sans faire de bruit. J’avance, dissimulé par les structures de la plate-forme jusqu’au coin du bâtiment. J’écoute et j’observe. Les vestiaires ne sont plus très loin, droits devant à vol d’oiseau. Malheureusement, la grue qui se trouve sur le passage m’empêche de bien discerner le chemin à emprunter. Un obstacle à contourner ne m’arrange guère.

Bruit de savates qui trainent derrière moi. Quels fourbes ces mort-vifs, ils me surprennent toujours de dos. Mais je me suis déjà fait avoir une fois, je sais comment réagir : courir. Je me lance rapidement sans même me retourner. Plus vite ! Contourner la grue et espérer que le chemin ne sera pas encombré. Trois pas de plus et…

 - Bande de salopards, toujours là où on ne vous veut pas.

Ils sont trois, bloquant un passage trop étroit pour que je me permette de tenter de passer sur le côté. Derrière moi, les bruits de pas s’intensifient. Il m’a suivi à la trace et au pas de course. Il doit être mort de faim. Je ne me suis toujours pas retourné. Je n’en ai nul besoin. Je l’imagine très bien avec sa gueule de déterré. Il faut vite réagir, trouver une solution, sur le champ. Monter, prendre de la hauteur, utiliser des chemins qu’ils ne peuvent pratiquer. La grue, évidemment. Sa structure métallique me sert d’échelle mais qu’il est difficile de progresser rapidement. Chaque pas requiert de trouver de bons appuis. J’y arrive, tant bien que mal, encore une poussée et je serai en sécurité de la meute qui s’est amassée à mes pieds.

Prendre le temps de respirer, de regarder en bas, de les narguer même un petit peu. Je sais que c’est inutile, mais ca réconforte l’égo. Il est temps de se poser quelques instants. Qu’est ce qu’on a ? Ils sont quatre macchabées à n’attendre qu’une seule chose, que je chute. Je m’emploie à ne pas leur offrir ce plaisir, malgré le manque de prises de la structure tubulaire. Cette partie là n’avait clairement pas été conçue pour être utilisée comme une échelle. Je dois être suspendu à trois bons mètres de haut, et je suis en sécurité pour l’instant. D’ici, j’ai une vue quasi dégagée sur l’entrée des vestiaires. Ce n’est plus très loin. Au mieux y a-t-il trente mètres à parcourir. Je pourrais contourner la grue en me déplaçant le long de la structure. Une fois de l’autre côté, je sauterais rapidement et je rejoindrais la porte d’entrée du bâtiment. Trop risqué. Ils vont me sentir et ils me rattraperont sous peu. Non, je dois trouver autre chose. Je pourrais profiter de la situation, faire un tir groupé. De les voir ameutés de la sorte me donne envie de faire un Strike, comme au bowling.

- Regarde bien Rodrick, qu’est ce qu’on a ?

Je sais, se parler à soi-même est une forme de folie, mais je le prends cette fois-ci comme un encouragement. Au bout de la grue, une grande palette suspendue contenant des barils recouverts d’un filet.

- Je te vois venir Rodrick. C’est cousu de fil blanc.

Même vide, c’est bidons pèsent une tonne. Les lâcher de cette hauteur sur leurs sales têtes n’en fera que de la bouillie. Je m’adore.

Grimper sûrement le long les tubes. Je ne suis pas pressé, même si particulièrement excité à l’idée que mon génial plan se réalise. Je les imagine déjà ensevelis par les divers barils et débris métalliques qui se trouvent sur cette palette. En réalité, ma seule crainte est : vais-je être capable de manœuvrer la grue. J’ai fait le tour pour atteindre l’échelle menant à la cabine de pilotage. Et maintenant j’y prends place. Il y a tout un tas de manivelles, de boutons, de leviers… En toute honnêteté, je n’ai aucune idée de leur utilité. J’ai bien une vague notion des actions de certains d’entre eux pour avoir vu les ouvriers les manipuler, mais ça ne va pas beaucoup plus loin. Coup de chance, les clés sont sur le démarreur. Je lance l’engin. Le bruit et les vibrations sont effrayants. Ceux qui travaillent plusieurs heures d’affilées à ce poste doivent devenir dingos. Qu’importe, ils n’auront certainement plus jamais à supporter cet enfer. La machine a du vécu ; Les inscriptions sur les différentes commandes ont toutes quasiment disparues. Il en reste tout de même quelques unes pour me permettre de déduire certaines actions. L’un des leviers permet de déplacer la palette le long du bras, sur un rail, tandis qu’un autre permet de l’abaisser ou de la hisser le long du câble qui la soutient. J’y vais, je tente un premier déplacement, il faut que je rapproche la palette qui est à l’autre bout du bras de la grue. Je tire le premier levier pour la rapprocher et… Vlan ! C’est la boulette, ou nous dirons que ce n’était pas le bon levier. Plutôt que de se rapprocher de la cabine comme je l’imaginais, la palette a chuté violemment d’un bon mètre, s’embrochant sur l’un des tuyaux de la plate-forme, laissant dorénavant s’échapper un énorme jet de vapeur. Si ce n’est ce levier, alors ce sera le suivant. Je l’active ainsi vers le bas à son tour et la palette commence alors à se rapprocher comme convenu, tandis qu’elle a tendance à se pencher dangereusement au fur et à mesure, si bien que son contenu ne va pas tarder à se déverser. Le filet qui englobe la palette s’est agrippé à l’un des tuyaux de la plate-forme.

- Quelle poisse ! Pas de panique. Forçons encore un peu, ça va bien finir par céder. Allez, viens là ma belle.

Vlan ! Eh oui, le filet a cédé. La palette se balance maintenant mais tout semble se maintenir en équilibre dessus. Si le contenu se déverse, autant dire que j’aurai fait tout ceci pour rien. Je patiente quelques instants que la palette se stabilise de nouveau. J’en profite pour regarder en bas. Mes énergumènes sont toujours présents, plus que jamais au taquet, certainement attirés par le bruit. Je reprends, doucement. Il faut que je rapproche la palette afin de la positionner à leur aplomb. Voilà, encore un peu et se sera presque parfait. Plus qu’à larguer l’ensemble, mais alors comment ? Telle est la question. Je ne vois rien qui ressemble à un bouton permettant de lâcher la palette et je ne tiens pas à appuyer sur tout et n’importe quoi. Je tente de regarder la façon dont elle est maintenue : un câble, une poulie, un crochet. Le crochet n’a pas l’air particulièrement motorisé. Je crois qu’il va falloir que je coupe.

- Allez Rodrick, un peu de courage ! Deux ou trois mètres à tout casser pour se rapprocher du câble et un coup de couteau bien placé fera l’affaire.

Sauf que le câble est en acier et qu’il va me falloir beaucoup de temps pour le couper avec la partie dentelée du couteau d’Yvan. Ce n’est pas très pratique. Je suis mal positionné. Mon bras gauche, tendu, me permet de me maintenir, tandis que je dois couper le câble avec le bras droit, également tendu. Mes muscles me tirent, il me sera impossible de tenir une éternité dans cette position.

Le câble est composé d’une multitude de petits fils de fer torsadés. Je n’aurai peut-être pas besoin de tous les couper finalement. Sous l’effet du poids de la palette, le câble finira par céder de lui-même lorsque je l’aurais suffisamment entaillé. Encore quelques coups et…

Chlack ! Le câble a cédé et la palette s’est violemment éclatée sur le sol. Malgré ma position surélevée, je n’arrive pas à distinguer correctement l’étendue des dégâts. Les ai-je tous eus ? Sont-ils tous écrasés en bouillie sous les décombres ? En tout cas, la passerelle n’y est pas totalement restée intacte. Redescendre rapidement pour observer. C’est la partie la plus excitante. Vais-je pouvoir en décompter quatre de plus ?

Je rejoins l’étroite échelle qui mène au poste de pilotage et débute ma descente lorsqu’un son rauque rugit sur la plate-forme. Du métal grince. Je dirais même qu’une grosse pièce de métal grince. J’ai du endommager une partie en faisant tomber la palette. Et cette partie n’est autre que les fondations de la grue. Je la sens bouger. Oh non, la grue est en train de se renverser ! J’accélère le mouvement, je ne tiens pas à me faire ensevelir sous des tonnes de métal. Je n’y arriverai jamais. Mes pieds ont glissés et je me suspends dorénavant par les deux mains pendant que la grue fini de s’effondrer. Je m’attends au pire, l’impact risque d’être très, très violent.

- Outch !

Au moment de l’impact, mes mains n’ont pas résisté et je suis tombé un peu plus bas sur la passerelle. La grue est juste au dessus de moi, en suspend sur une partie de la structure de la plate-forme. Le choc a fait un vacarme infernal, mélangeant des sons de métal s’entrechoquant et de pression de gaz et de vapeur se relâchant d’une seule salve. Il y a finalement peu de fumée. J’avais peur d’être submergé par les effluves de poussières mais il n’en est rien. Mon erreur serait de rester ici par terre pour souffler quelques instants. Ne surtout pas stagner ici, dans cet état. Les mort-vifs rôdent, mais le chasseur, aujourd’hui, c’est moi.

Auteur

Michael Chevalier

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