Mort et Vif Papiers Projets — 10 mai 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 8

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Vite se relever, prendre un peu de hauteur et analyser la situation. La grue crée dorénavant un pont le long de la plate-forme. Utile. Par contre, la plate-forme est forcément endommagée. De toute façon, cela fait plus de vingt quatre heures que plus personne ne surveille les niveaux, ne vide les réservoirs et n’entretient la tuyauterie. Inutile de se mentir, il va y avoir du grabuge sous peu. J’espère juste que tout ceci tiendra le temps que je trouve un moyen de dégager d’ici.

Mais chaque chose en son temps. Tout d’abord, retrouver mes quatre acolytes. Ils doivent bien être là quelque part sous ces débris. Je m’avance légèrement sur le nouveau pont. J’ai une vue imprenable sur l’endroit où ils doivent être. Mais je ne les vois pas. Ah si, il y a en un.  Il ne bouge pas mais sa tête semble intacte. Alors pour moi il n’est pas maitrisé. Je dois l’achever. Mais avant de descendre, je me sentirais plus à l’aise si je retrouvais ses frères. Un coup d’œil à gauche, un autre à droite. Je ne comprends pas, ils devraient être là. Si je ne les vois pas, c’est qu’ils doivent être sous les décombres, voilà tout.

Que faire ? Fouiller les décombres ? Compliqué. Je ne suis pas équipé pour ça. Peut-être devrais-je reprendre ma route initiale, c’est-à-dire me rendre aux vestiaires pour y dénicher une combinaison afin de me protéger. Oui, ça m’a l’air d’être le plus raisonnable, d’autant que la soirée est tombée. Méthodique il faut être dans de tel moment.

Je souffle, je vérifie mes armes, referme correctement mon cuir et remonte mon pantalon. Je repars sur de bonnes bases.

Les vestiaires sont à peine à une trentaine de mètres. L’entrée est bloquée par une fermeture à carte. Où est la mienne ? Dans ma veste… que j’ai laissée dans les appartements du capitaine. Oh le boulet ! Ce n’est pas bien grave, je n’en suis plus à fracturer une vitre de plus. Je prends tout de même le temps de regarder à travers les fenêtres adjacentes à la porte. C’est sombre. Le soir est tombé et la luminosité à l’intérieur des bâtiments est moins bonne. Rien. Je ne vois rien. Non pas que je n’y vois rien, mais je ne vois vraiment personne dans la pièce principale. Je force l’une des fenêtres en cassant un carreau et je pénètre à l’intérieur, le plus silencieusement possible. Je connais bien l’endroit, mon bureau est à l’étage tandis que les vestiaires sont au sous-sol. En décomptant les quatre mort-vifs, il ne doit pas rester plus de quatorze personnes sur la plate-forme. Ma crainte, c’est que la majorité des gens travaillant ici sont des techniciens, ce qui veut dire que j’ai d’avantage de risques d’en rencontrer dans ce genre de lieux. Après-tout, peut-être qu’une bonne nouvelle m’y attend. Peut-être qu’une poignée d’homme aura été capable de se mettre à l’abri dans cette zone ? Je me mets à espérer.

Le rez-de-chaussée semble désert. Je dois me rendre aux vestiaires sans plus attendre. Prendre les escaliers. J’aime les escaliers. J’ouvre la porte de la cage d’escalier lorsqu’une fumée noire suivie d’une odeur de lard brulé me prend à la gorge. Quelle infection ! Ca sent réellement très, très mauvais. De plus, je n’y vois strictement rien. Ont-ils cherché à obstruer ce passage ? Que peut bien générer une telle fumée ? L’odeur de lard brulé est surement dûe à la combustion d’un corps, humain. Réfléchissons. Je dois surveiller mes arrières, un mort-vif pourrait débouler de cette épaisse fumée. Il doit bien y avoir un autre moyen de rejoindre les vestiaires ? L’escalier annexe qui donne directement sur l’extérieur du bâtiment. Pour cela il faut le contourner : ressortir par la fenêtre, prendre la passerelle ouest, escalader le muret et rejoindre la plate-forme intermédiaire.

J’y suis. Cette entrée est d’avantage la sortie. Quand les techniciens se sont équipés, ils sortent du bâtiment par cette porte qui leur donne un accès direct aux différentes zones d’intervention. La porte est entrouverte mais il est difficile de rentrer, quelque chose semble bloquer son ouverture. Je l’aperçois. Ce n’est pas un mort-vif, mais plutôt une sorte de meuble disposé ici comme pour la condamner. C’est louche. Dois-je me faufiler à l’intérieur ? Forcément, ça sent mauvais, dans tous les sens du terme. Je dirais même que ça transpire le traquenard. Heureusement, le système électrique fonctionne encore parfaitement et les néons sont allumés. Je n’entends aucun trainement de savate, ni même de grognement. Je me lance.

Je dégage la porte dans un premier temps. Si je dois sortir d’ici en urgence, autant que ce le soit avec la plus grande des facilités. Puis j’avance prudemment dans le petit couloir exigu. Il a une forme en « L » et je prends la peine de m’adosser au mur pour observer en toute discrétion. Les vestiaires sont là sous mes yeux. La lumière n’y fonctionne plus et le système d’anti-incendie s’est mis en route. L’eau a inondé la pièce. Une vraie piscine. Ou plutôt un immense bain de pied. Une bonne vingtaine de centimètres d’eau recouvre le sol. Et des cadavres y flottent. J’en compte au moins deux. Qu’a-t-il bien pu se passer ici. En tout cas, ce fut terrible. Comment progresser en sécurité là dedans. La visibilité est mauvaise, la zone risquée de par sa disposition. Derrière chacun des blocs de casiers peut se trouver un mort-vif. Rentrer là dedans, c’est tout de même courir un grand danger. Et les combinaisons ? J’en discerne plusieurs, disposées sur le mur du fond, prêtes à être équipées. Je souris.

Un grognement dans mon dos, faible, lointain. Il est encore dehors mais il s’approche. S’il pénètre dans ce couloir, je suis fichu ! Je dois me le faire au plus vite. Je retourne à la porte d’entrée mais ce n’est pas un, mais deux mort-vifs qui s’amènent. Je ne peux les attaquer, c’est trop compliqué, ils vont me becter. Refermer la porte et en barrer l’accès avec le meuble, c’est ce qu’il y a de plus judicieux en l’état. Je m’exécute au plus vite, avec un maximum de discrétion possible. Ceux-ci sont mous, ils m’ont très certainement sentis, mais pas encore réellement repérés.

Je suis donc pris au piège de la souricière dans lequel je me suis mis de plein gré. Exactement la situation à laquelle je voulais échapper. Maintenant que j’y suis, j’y reste, ou plutôt, j’y vais. J’avance prudemment, un premier pas dans l’eau puis un second. Ce n’est pas deux mais bien cinq ou six cadavres que j’entrevois dans l’eau. S’ils se relèvent tous d’un coup, je suis foutu. Je n’ai plus qu’à espérer qu’ils ne puissent me sentir avec leur tête immergée dans l’eau. Je passe le plus loin possible des corps et je décroche enfin ma fameuse combinaison. Elle m’en aura fait voir celle-là, j’espère seulement qu’elle ne me décevra pas. Pas une seconde à perdre. J’enlève mon cuir et mon pantalon. Maintenant à moitié nu, ma chaire bien rose ferait un festin idéal pour ces monstres voraces.

Un bruit dans l’eau, j’ai entendu un bruit dans l’eau, quelque chose bouge, j’en suis sûr. Oh putain, ca recommence. L’un d’entre eux s’est levé, c’est certain.

- Ne traine pas crétin, met la cette combi !

Ce n’est pas évident, je n’ai pas l’habitude. D’ailleurs, où est l’avant et l’arrière ? De plus, elle est lourde, dure et peu manœuvrable. Ca se rapproche, lentement mais ça vient. Mes lacets sont trempés, ils sont coriaces, ils me résistent. Est-ce le moment ? Non mais vraiment, est-ce bien le moment pour s’enquiquiner avec des lacets ? Quelle poisse ! Enfin, une chaussure et puis l’autre. Finalement, je me lance : un premier pied dans une jambe, et un second dans l’autre. Les genoux semblent être à la bonne place. Je passe les manches. Ca y est, j’y suis, plus qu’à la fermer ! Mais il est là, je le découvre enfin, se manifestant depuis l’arrière d’un bloc à casiers. Il monte les bras, les tend telle une flèche indiquant sa proie. Il va me sauter dessus dans quelques instants. Je boutonne ce que je peux du torse, je bascule la capuche qui recouvre dorénavant mon visage. Sa visière est sale, la visibilité s’en retrouve grandement affectée et le souffle de ma respiration résonne constamment à l’intérieur. C’est angoissant mais je n’ai pas le temps d’y penser. Je me jette sur mes deux lames, une dans chaque main, fermement tenues. Je pends de bons appuis avec mes jambes et j’attends. J‘attends le monstre, lent mais décidé, j’attends le bon moment, l’instant parfait pour lui transpercer le crâne. J’attends la preuve. Preuve que je suis fort, sûr de moi,  presqu’invincible, preuve que rien ne peut plus m’arriver sous cette carapace. Le moment de vérité est tout proche. Action !

Il m’a mis à terre en rien de temps, et a planté ses dents dans l’épaule de la combinaison. Je suis tombé à la renverse dans le fond d’eau, sans pouvoir réellement me dégager de son emprise. C’est qu’il est lourd le salopard, plus lourd que je ne l’avais imaginé. Et maintenant, l’eau pénètre dans la cagoule. Bientôt, je ne pourrai plus respirer. C’est la catastrophe. Je ne vais tout de même pas crever noyé ici. En finir avec lui rapidement, le perforer des deux lames. Voilà, j’entends son crâne craqué comme une coquille d’œuf : c’est jouissif. Je le repousse sur le côté, je me redresse tant bien que mal et reprends ma respiration après avoir soulever la cagoule. Je vérifie la combinaison au niveau de la morsure : seule une petite égratignure persiste.

- Ca fonctionne, c’est bon, ça fonctionne vraiment. Vous ne pouvez pas me toucher, la protection est efficace. C’est sûr, je vais tous vous exterminer !

Auteur

Michael Chevalier

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