Mort et Vif Papiers Projets — 17 mai 2013
Mort et Vif – Tome I – Chapitre 9

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J’en décompte un de plus, il en reste dix sept. Les quatre que j’ai laissés sous les débris de la grue ne comptent pas, en tout cas, pas encore. Ce qu’il me manque, c’est une force de frappe. Il me faut de quoi les ravager, les anéantir, les saccager. Il me faut cette hache ! Cette hache rouge comme le sang, à côté de l’extincteur. Elle sera impeccable, ça coule de source. Je referme correctement la combinaison, j’enfile la capuche en la fixant par les extrémités. J’empoigne la hache d’une main et le couteau de l’autre. Le sabre est glissé dans la botte de droite, en renfort. Je suis prêt, prêt à en découdre.

La nuit va être belle !

La méthodologie reste mon arme première. Alors j’éradique avec l’art et la manière. Encore quatre ou cinq macchabées à démolir ici. Je m’approche du premier, la hache fend l’air et s’abat sur son crâne. Pastèque. Le second, un peu plus loin, a également la tête dans l’eau. Je le maintiens au sol en appuyant avec la hache sur sa nuque et j’enfonce le couteau, d’un coup sec, sur l’arrière de son crâne. Ca craque encore, c’est drôle. La technique est bonne, je me fatigue peu. En prenant appui sur leur nuque, je les immobilise et je peux tranquillement les poignarder. Quand je pense qu’hier encore je n’avais jamais fait de telles choses et qu’aujourd’hui, j’en suis à perfectionner ma technique d’éradication, je me dis que la vie nous réserve bien des surprises.

Ils étaient finalement sept dans cette pièce. Deux d’entre eux avaient été brulés dans l’escalier adjacent, pris aux pièges de marches infranchissables et d’une porte condamnée, au sein d’une cage d’escalier faisant office de cheminée. Je comprends  mieux pourquoi tant de fumée s’échappait de cette pièce par la porte supérieure. Ils ont certainement dû se consumer pendant des heures et le feu semble être une arme radicale. Je n’ai pas eu besoin de les finir, ceux-ci n’étant plus que des morceaux de charbon. Par contre, je me suis fait tous les autres, sans qu’ils ne montrent aucune résistance. Au mieux, un léger grognement. Je suis fier de moi, de mon efficacité, de la qualité de mon plan d’attaque, de la réussite de sa réalisation. Tout se passe quasiment comme prévu. Je suis devenu celui que je voulais être, le chasseur de mort-vifs, froid, efficace, et sans pitié. Le compte à rebours s’emballe, ils ne sont plus que dix.

Je ressorts des vestiaires, toujours aussi bien équipé, et j’en aperçois un, tout à coup, dans le petit couloir en « L ». Comment est-ce possible ? N’avais-je point condamné la porte ? Il a l’air large et costaud, sa démarche est lente, ses bras ne sont pas tendus en avant comme à l’accoutumé. Peut-être ne m’a-t-il pas encore débusqué ? Je m’arrête, il se stoppe également. J’ai du mal à bien visualiser la situation, je ne sais pas vraiment où il est, ma vue étant troublée par la visière. Le couloir est sombre et je n’entends plus grand-chose. Le revers de la médaille de cette combinaison est la partie qui protège la tête. La cagoule coupe le porteur du monde extérieur. On ne distingue plus très bien et on n’entend pas beaucoup mieux. Les sons paraissent comme étouffés. Qu’importe. Avec elle, je suis invincible, et je vais me le faire, aussi imposant soit-il !

Je me lance dans le couloir, il reprend sa marche vers moi. Sa silhouette forte et noirâtre me rappelle certains d’entre eux. Ce n’est plus une silhouette humaine, mais celle d’un monstre. Encore un pas, je lève la hache et…

- Un miroir ! Ce n’est rien d’autre qu’un miroir. Quel imbécile je fais. Je me suis fait peur moi-même. Haha.

Je préfère en sourire, puis je prends un instant pour me contempler dans la glace. Et la vérité me saute aux yeux :

- Le monstre, c’est moi !

C’est effroyable. Cette image me dévoile ce que je suis devenu. Un monstre avide de meurtre. J’ai plus d’arme à ma portée que de mains pour les manier. Que suis-je donc ? Où est l’ingénieur maniéré qui se plaignait toujours du manque de confort dans les chambres, qui se plaignait de l’hygiène des waters ou encore de la qualité des repas. Où est cet homme raffiné, cultivé, instruit et fier de l’être? Il n’en reste qu’un monstre, hideux, violent et haineux.

Est-ce vraiment le moment de se poser tant de questions ? Aurais-je survécu sans cette transformation drastique ? Serais-je encore en vie à l’heure qu’il est ou aurais-je été dévoré par les mort-vifs ? La critique est facile, l’art difficile. Oui, j’ai changé. J’ai d’avantage changé en vingt quatre heures qu’en un an. Et alors ? Quel mal y a-t-il à savoir s’adapter ? Ne suis-je pas le parfait exemple de la théorie de l’évolution de Darwin ? Dans la nature, seuls les plus forts survivent, non ? Et qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas la jungle ici ! J’aurais bien essayé de parlementer avec eux, mais discuter ne semblait pas être leur qualité première. Je suis un monstre car je vie avec des monstres. Et si au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois, alors au pays de macchabées, les vivants sont les rois.

Je sers les poings en signe de conviction. Je me souviens des deux rôdeurs à l’extérieur. Je dégage partiellement la porte que j’avais précédemment condamnée. Ils sont là, s’entêtant à vouloir passer à deux là où il n’y a que la place pour un seul d’entre eux. Leur stupidité me répugne. Mais l’un d’entre eux s’est placé et il m’a agrippé le bras. Par manque d’espace, je ne peux utiliser la hache ici. Qu’importe, je sors le sabre et lui perfore le crâne. Il se détend d’un coup et reste bloqué dans le passage étroit, entre la porte entrouverte et le mur. Je dégage d’avantage la porte. Le second se faufile et se prend les pieds dans son congénère. Je laisse tomber la hache à la verticale sur sa trogne. Ce n’est pas la partie aiguisée qui lui brise la tête, non. Le poids de la hache et l’impact de sa tête suffisent à la réduire en bouillie. Je répète le mouvement trois ou quatre fois de plus puis la cervelle gicle de son crâne, petit à petit. Plus que huit à éradiquer.

Je ne sais plus vraiment par où m’y prendre. Il faudrait que je vérifie bâtiment par bâtiment, d’une façon méthodique pour être sûr de ne pas en oublier.  La nuit est tombée, je suis fatigué par le poids de cette tenue. Les nerfs ont commencé à lâcher également. Avant, la peur me tenait éveillé et aux aguets du moindre mouvement ou du moindre son. Maintenant, c’est tout le contraire. Je vois moins bien, j’entends moins bien et j’erre à la recherche de mort-vifs. Je leur ressemble de plus en plus. Et eux, me ressemblent-ils ? Vont-ils chercher à m’éviter ? Vont-ils chercher à survivre ?

Auteur

Michael Chevalier

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