Culture Z Livres Papiers — 04 février 2014
“Petite Philosophie du zombie” de Maxime Coulombe, la critique

Selon Jeffrey Tallane “Le zombie est une figure de la fin qui ne vient pas. Il est pris dans une ligne de mort incessante. Le paradoxe du zombie, c’est qu’il n’en finit jamais de finir. En ce sens il ne finit jamais. Mais le zombie infecte toujours un monde peuplé d’êtres vivants qui résistent à l’épidémie. Dans ces conditions, le vivant est en état de survivance. Il est à la fois plus et moins que vivant. Pour ce survivant, le pire n’est pas la fin, mais plutôt cette impossibilité de finir qui caractérise zombie. Et c’est en luttant contre l’épidémie zombie que le survivant crée la possibilité d’une fin réelle qui intensifie sa vie. Dés lors, ce qui distingue ces deux figures complémentaires, celle du zombie et du survivant, c’est la lutte. Le zombie ne lutte pas. Sa survie n’est pas en jeu puisqu’il est de toute façon pris dans un processus de mort incessante. Au contraire, chez le survivant la lutte est créatrice. Le paradoxe du vivant, c’est qu’il fait exister la possibilité d’une fin par une lutte qui intensifie sa vie. Sa manière de conjurer la fin est active. C’est pourquoi on pourrait dire que la résistance face à la mort est première par rapport à la fin contre laquelle elle ne cesse de lutter. Il n’y aurait pas de fin possible sans cette résistance qui la conjure en même temps qu’elle la fait exister… ”

Cette explication, si elle me convient à moi, n’est pas la seule envisageable. Et Maxime Coulombe s’est penché sur le pourquoi de notre amour du zombie dans son livre Petite Philosophie du zombie. Ou comment penser par l’horreur que je recommande vivement à tous les passionnés, qui allie les références classiques (Kant, Freud, Elias, Benjamin…) et les références culturelles contemporaines en matière de zombies et d’apocalypse (The Walking Dead, Resident Evil, Night of the Living Dead, The road…).

Cet ouvrage est divisé en plusieurs parties dont l’une nous explique que non seulement le zombie existe depuis très longtemps et dans de nombreuses autres civilisations mais aussi qu’il est un monstre qui incarne la mort. Dans une autre, l’auteur nous dévoile que le zombie nous ressemble sur bien des points et qu’incarne un laisser aller à ce que nous refoulons. Enfin, il étudie le zombie en tant que représentant de l’apocalypse,  qui nous terrifie tout autant qu’elle nous fascine…

L’idée principale est que cette passion pour les zombies qui se déchaine à travers tous les médias possibles et en particulier dans nos fameuses « Zombie Walk », se développe aujourd’hui dans nos sociétés occidentales grâce aux thèmes qu’elle permet de mettre à jour : notre peur de la mort, notre peur de la violence humaine, ainsi que notre désir parfois seulement inconscient de voir le monde dans lequel nous vivons disparaitre, alors même que les rituels visant à exorciser ces peurs sont de moins en moins présents.

« La maladie, la sexualité et la mort sont sans doute les lieux par excellence des rituels. Ils sont des lieux d’apprivoisement, de médiation avec ces moments déterminants de l’existence et renvoyant à la fragilité de notre condition et de notre société : ils tentent d’aménager des bribes de symbolisation de ces moments que l’ont pourrait caractériser, à rigoureusement parler, d’abjects. Nous manquons toutefois désormais de moyens et de lieux pour symboliser et médiatiser ces moments, aussi importants que troublants. »

Alors que nous tentons de les oublier, notre moi profond a besoin de revenir sur ces questions essentielles.  Coulombe établit pour nous les liens entre les théories de grands sociologues et notre amour des zombies.

« On se rappellera les analyses de Norbert Elias sur « La civilisation des mœurs » qui documentait les ritualisations et normalisations progressives des mœurs corporelles. La modernité, par un long processus historique dont notre époque ne serait qu’un aboutissement extrême, tend à masquer la présence matérielle du corps et tous les signes de son animalité. Les ritualités et les conventions de table le démontrent bien : on ne doit plus prendre la nourriture avec ses mains, on ne doit plus la montrer une fois mâchée, ni la recracher ; on ne doit pas mordre un morceau que l’on ne peut avaler. Un ensemble de règles, on l’aura compris, que le zombie s’amuse à renverser ».

Sorti aux Presses Universitaires de France (PUF), cet ouvrage est à recommander à tous ceux qui aiment comprendre..

 

note9

 

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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