Rapport n°35 – Rencontre du troisième âge

 

Chapitre 3.0

 

Rapport n°35 – Rencontre du troisième âge

 

Après la découverte de l’ancien campement au milieu des bois, la curiosité des habitants de Puiniac était à son comble. Certains enthousiastes à l’idée de rencontrer de nouvelles têtes, d’autres effrayés par la possibilité du retour du groupe de Sarah. Mon avis se rallie d’ailleurs à celui de ces-derniers. L’hypothèse que nous ayons été suivi est quand même la plus probable, mais après tous l’un n’empêche pas l’autre, c’est pourquoi il est préférable de ne pas briser l’espoir des plus optimistes.

Bien entendu, nous avons poursuivi notre enquête ainsi que l’exploration des environs. Notre groupe officiel de « ninjas » arpentais régulièrement le vaste territoire qui entoure Puiniac, rapportant toujours autant de gibier et même quelques poules et un coq qu’ils ont déniché au beau milieu d’un pré, offrant une belle partie de rigolade pour réussir à les attraper. Nous aurons peut-être la chance d’avoir une ponte régulière si toute fois le stress occasionné par leur capture et leur emprisonnement dans le poulailler, que nous leur avons bricolé, ne les coupent pas. 

Ils ont aussi découvert de nouvelles traces de présence humaine mais toujours pas de preuve récente ni rien de concret prouvant qu’il y a toujours quelqu’un dans les parages. Du moins jusqu’à ce qu’il ne tombe sur un campement à l’abandon. Ils ont opéré comme à leur habitude, d’abord nichés dans les arbres pour observer attentivement leur objectif puis en jouant les Sam Fisher, en approchant furtivement sans même faire craquer une branche. L’endroit était plus que calme, et ils ont très vite compris pourquoi. Au sol étaient rependues de nombreuses douilles de balles, un combat violent et visiblement inégal. En effet, les trois tentes plantées en cercle autour d’un vieux feu de camps étaient criblé de balles mais il n’y avait manifestement eu aucune riposte des occupants. Pour cause, cinq corps en décompositions étaient encore allongés dans leurs sacs de couchage, probablement fauché dans leur sommeil. Notre condition l’obligeant, Nina et Eli ont joué les vautours et ont fouillé le camp mais les meurtriers avaient déjà fait le tour. Ce jour-là, c’est donc bredouille et toujours plus convaincu de la présence de Sarah que nos amis sont rentrés. Suite à cette macabre découverte, nous avons insisté pour qu’ils prennent une petite pause dans l’exploration et qu’ils se cantonnent à leur rôle de chasseur.

L’occasion était parfaite, pour nos deux amis, de retrouver les liens sociaux qu’ils avaient laissés de côté depuis quelques jours. Eli retrouvait ainsi son jeune protégé et son brave compagnon, l’opportunité de reprendre la formation de George avec les cours de survie, qu’il dispensait aussi à ceux qui le souhaitait.  Eli a aussi repris la fabrication des arcs et autres travaux en cours. De son côté Nina rattrapait le temps perdu avec Micka en passant beaucoup de temps loin du reste du groupe, un peu d’intimité ne fait pas de mal.

Nos deux amoureux se sont aussi retrouvés pour partir en patrouille et visité de nouvelles maisons. Accompagnés d’un deuxième groupe formé de Catherine et Bastian, Ils ont pillé quelques bâtisses et tué une dizaine de bouffeurs, enfin rien de bien inhabituelle du moins jusqu’au soir. C’était moi qui étais de garde et la soirée était calme et agréable. Je buvais une tasse de semblant de café tout en scrutant les environs jusqu’à ce que j’aperçoive une lueur se dégager d’une fenêtre à l’étage d’une bicoque à l’entrée du village. Sur le coup ça m’a tellement surpris que j’en ai renversé ma tasse en me relevant brusquement. Je ne l’ai pas lâché du regard. Elle est restée allumer une dizaine de minutes avant de s’éteindre. Je suis resté bouche bée, quelques instants puis j’ai couru prévenir les autres, quelqu’un de vivant se trouvait encore dans le village.

Immédiatement sur le pied de guerre, nous avons renforcé les tours de garde, mais plus aucune lumière. Dès le lendemain, nous avons formé un groupe chargé de trouver l’occupant de cette maison, si toute fois occupant il y avait. Je suis donc partie avec Catherine, Bastian et Micka, armés jusqu’aux dents au cas où il y aurait du grabuge. Étonnant quand même qu’une personne encore en vie dans Puiniac ne se soit pas signalé pour se joindre à nous, enfin après tout, vu les tarés qui se baladent dans le coin mieux vaut être prudent, c’est sûre.

Nous avancions très prudemment car nous ne nous étions encore jamais rendus aussi loin dans l’exploration du village. Nous devions traverser des zones non sécurisées et éliminer les nombreux zombies qui s’y promenaient. Après une bonne demi-heure de progression nous arrivions enfin devant le bâtiment. Je ne pouvais pas me tromper, cette lumière m’avait marquée et je me souvenais de tous les détails de la façade. Les colombages vernis en brun, les fenêtres en arcs de cercles ou la porte en fer forgé, aucun doute possible c’était elle. Mais comment entrer ? En effet cette question ne se posait pas habituellement, nous forcions la porte et faisions le ménage efficacement, mais ici la baraque était potentiellement occupée donc il fallait choisir entre courtoisie et prudence. C’est finalement Bastian qui a tranché en défonçant la porte à grand coup de pied. Il ne fait hélas pas toujours dans la dentelle. Après l’avoir félicité pour sa connerie, nous sommes entrés dans un couloir exigu.

_ Il y a quelqu’un ? Ai-je commencé. Mais aucune réponse ne s’est fait entendre. Nous avons continué d’avancer dans la maison, espérant ne pas tomber dans un guet-apens. La maison était ranger correctement et une odeur de cuisine traînait dans l’aire. Nous avons ensuite pénétrés dans le salon où trônait une belle cheminé de pierre devant laquelle siégeait un fauteuil de cuir mais là encore personne. Nous allions faire demi-tour quand le bruit significatif du chargement d’un fusil de chasse a retentit dans notre dos.

_ C’est vous la bande de con qui avez défoncé ma porte d’entrée ?

Là se tenait un vieil homme d’environ 70 ans. Il portait un pantalon de bleu, une chemise à carreau et une casquette de marin. Il nous tenait en respect du bout de son fusil et ne baissait pas le regard. Il s’est ensuite raclé la gorge puis a renouvelé sa question. J’ai immédiatement pris la parole pour essayer de calmer les choses.

_ Oui c’est bien nous, veuillez nous excuser. Nous nous sommes un peu emportés avec tous ces mort-vivants dans la rue. Nous allons la réparer si vous le souhaitez.

_ Un peu que j’le veux gamin, z’avez une idée du prix d’une porte comme ça ?

_ Non et encore une fois excusez-nous.

_ Mouai, bon, z’êtes les gusses qui se sont installés au château ?

_ Oui absolument. Nous pensions le village complètement désert mais j’ai aperçu de la lumière à votre fenêtre la nuit dernière. C’est pour cela que nous sommes ici. Nous voulions être sûrs de ne courir aucun danger et nous sommes parfaitement rassurés.

_ Qu’est’tu veux dire par là, hein ? Je suis encore capable de te botter le cul.

_ Non ce n’est pas ce que je voulais dire, nous sommes rassurés car vous n’êtes pas un de ces malades sanguinaires qui peuplent les routes. Je suis certain que nous pouvons vous faire confiance.

Malgré ces mots qui se voulaient rassurant le papy restait sur ses gardes. Et continuait de nous questionner.

_ Et comment j’peux savoir si vous êtes de confiance, moi ? Qui me dit que vous n’êtes pas des beaux parleurs qui attendront que j’ai le dos tourné pour me planter ?

_ En effet on ne peut pas vous le prouver. Il faudra croire en notre bonne fois. Ecoutez, nous avons des femmes, des enfants, et sommes protégé dans le château. Si vous le souhaitez, vous pouvez nous rendre visite pour vous faire votre propre idée. On pourrait s’entraider en commençant par sécuriser la rue.

_ Ouai peut être que je passerai faire un tour, mais je lâcherai pas mon fusil c’est clair gamin ?

Sans me laissez le temps de répondre il a continué en grondant :

_ Maintenant fichez moi le camp et ne revenez qu’avec de quoi réparer ma porte bande de p’tits branleurs !

Sans chercher plus loin nous avons salué le vieil homme et avons mis les voiles bien contents de ne pas avoir pris de plomb dans l’aile. Sacrée énergumène ce type mais marrant quand même, il me fait un peu pensé au vieux dans le dessin animé Denis la malice. Bref drôle de rencontre mais nous étions soulagé, visiblement nous n’avions rien à craindre de lui hors-mis sa mauvaise humeur.

Il a fallu attendre le lendemain, peu avant midi, pour voir l’homme à la casquette de marin se pointer. Il portait son fusil cassé sur son épaule et tenait dans l’autre main une pelle ensanglanté. Nous lui avons libéré l’accès au château sans le brusquer en venant interpeller. J’ai préféré être le premier à venir lui souhaiter la bienvenue. Il m’a répondu d’un grognement et à enchaîné :

_ Ca faisait un bon moment qu’j’avais pas mis les pieds ici.

J’ai ensuite essayé de discuter en lui posant des questions banales, et sans réel intérêt, auxquelles il répondait le plus souvent par un « mouai » ou un nouveau grognement. Pas très loquace ce bonhomme, c’est le moins que l’on puisse dire. Je lui ai ensuite demandé comment il avait réussi à venir jusqu’ici avec tous les zombies qui se promènent dans les rues.

_ Un bon coup de pelle sur le coin d’la gueule et ils font moins les fiérots vos morts-vivants.

Pour ma part je pense qu’en plus d’être coriace il est surtout chanceux. Survivre à son âge alors que des brutes se font bouffer en moins de temps qu’il n’en faut pour dire geek c’est un exploit.

Je lui ai ensuite fait visiter nos installations lui montrant ainsi qu’il pouvait se joindre à nous s’il le désirait. Une fois que nous ayons eu fait le tour je l’ai laissé déambuler dans Puiniac. Il examinait les lieux en marmonnant dans sa barbe. Personne n’osait l’aborder jusqu’à ce que la petite Chloé ne se lance. Du haut de ses cinq ans elle s’est approché de vieil homme et l’a regardé droit dans les yeux en lui disant :

_ Tu t’appelles comment toi ?

_ Bonjour jeune fille ! Je m’appelle Emeri, et toi ?

J’étais sur le cul, le de vieux renfrogné avait laissé place un une apparence de papy gâteau.

_ Moi je m’appelle Chloé, moi. T’es un gentil ou un méchant ?

_ Un gentil, j’crois. En tout cas je te ferai pas de mal à toi.

S’en est suivi une longue conversation que j’ai écouté avec attention. La petite a réussi à lui tirer les vers du nez. Emeri est donc un homme de 71 bougies, ancien cultivateur qui vivait seul dans sa maison depuis le décès de sa femme. Sans enfant ni famille il n’a pour ainsi dire rien perdu dans cette apocalypse. Leur discussion à continuer pendant de longues minutes jusqu’à ce que Chloé ne le laisse pour aller jouer à la marelle avec ses copines. Emeri est resté encore assis encore un peu puis s’est dirigé vers moi. Il déplaçait son regard entre moi et les petites qui jouaient et m’a dit :

_ Bon cette gamine me rappelle une fillette qui vivait dans l’village il y a quelques années alors juste pour venir la saluer je repasserais vous voir. Aller j’y vais et dépêchez-vous de venir réparer ma porte. Peut-être que j’aurai deux ou trois carottes pour vous.

Il a tourné les talons et a filé jusqu’à chez lui détendu et ne se préoccupant pas des quelques zombies qu’il croisait. En tout cas c’était une drôle de rencontre mais qui nous ramène un peu de normalité. On a un voisin maintenant. 

 

Jérémy

 

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jérémy

Maintenant que c'est l'apocalypse comment je vais faire sans mes consoles de jeux.

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8 Commentaires

  1. Sympa le papy ;)
    Toujours agréable de te lire
    :o

  2. J’ai remarqué un peu plus de fautes comparé aux précédents épisodes. Si tu le souhaites, ce serait un plaisir de te relire et corriger les petites erreurs qui t’auraient échappé !

    Mais rassure-toi, cela ne change rien au fait que c’est toujours un plaisir à lire :)

  3. un bon épisode avec ce rebondissement surprenant. comment un papy de 71 printemps à pu vivre au milieu des zombies sans se faire bouffer ???
    Je pense que ce personnage sera un sérieux atout pour les prochains épisodes que j’attend avec impatience.
    ;-)

    • Comment il a fait? Bonne question mais je n’y repondrais pas en revanche oui ce sera un atout pour la suite de l’histoire. A moins que je decide de le flinguer dans d’atroces souffrance d’ici quelqueq temps. Les deux solutions sont envisageables ^^

  4. apres avoir lu les 35 episodes si cela y est correct , je tiens a te dire que c’est tous simplement genial , histoire ecrtite rapide , bien résumé et donnant une petite jouissance a lire la suite . Continue !

    • Merci beaucoup pour tes encouragements, c’est super motivant. Je vais faire en sorte de continuer comme ça.

  5. 3éme âge en puissance ! Sacrée papi, un peu bourru sur les bords mais se révèle avoir un cœur en or… pour quand le prochain épisode ??

  6. Et bien il est dors et déjà disponible. Tu peux suivre ma page facebook pour pouvoir te tenir au courant de l’avancé des travaux.

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