Culture Z Livres Papiers — 14 mars 2016
Tempus Mortuorum (L’ère des Morts) de Johan Duval, la chronique !

Certains diront qu’il n’y a rien de très original dans le scénario du premier tome de cette nouvelle saga zombie, puisqu’on y trouve, comme toujours, les survivants, les zombies et les gangs. En même temps, c’est l’incontournable de tout roman zombie, je ne vois pas bien ce qu’il pourrait y avoir d’autre, c’est  belle et bien la réalité nue qui nous attendrait dans cette situation…

Ce qui, par contre, est original, c’est que le jeune auteur est français (cocorico !!!) et que géographiquement l’intrigue prend place à La Rochelle, ce qui nous change agréablement des romans zombies étrangers traduits chez Panini, nous immergeant dans un endroit connu et familier, donc outre fort plaisant beaucoup plus impactant, avec des situations et des réactions propres à notre culture, et nous immerge dans une apocalypse zombie à nos portes, qui nous permet de mieux nous identifier à la situation.

Côté style littéraire, et malgré quelques coquilles, l’auteur n’a rien à envier aux grands noms du genre. Exit le vocabulaire familier parfois même un peu trop imagé de nombre de jeunes auteurs d’aujourd’hui, mais un style véritablement littéraire au vocabulaire recherché qui comble les lecteurs un peu exigeants et pointilleux sur le sujet. 

Côté intrigue, le point fort de l’auteur, c’est son réalisme froid, un ton descriptif sans aucune invraisemblance, qui nous fait nous investir totalement dans le roman parce qu’on se dit sans arrêt qu’au final, si ça devait arriver, c’est comme ça que ça se passerait… Aucun doute sur le fait que l’auteur, s’il n’est pas comme nous impliqué à fond dans la survie, en possède au moins parfaitement les bases.  Quant au rythme, il est soutenu, enlevé, parfois haletant, l’intrigue est bien menée et pas une seconde on ne s’ennuie au long des plus de 300 pages de ce premier tome qui nous laisse en attente du suivant avec impatience. 

Le seul point négatif, c’est qu’on a un peu de mal à s’attacher au personnage principal notamment au début, du fait de son total manque d’empathie qui confine à un égoïsme forcené… Dan est tellement autocentré sur sa relation avec sa compagne Chloé qu’il semble que rien d’autre ne puisse l’atteindre au début de l’apocalypse. Heureusement, les choses évoluent favorablement par la suite car ses premières réactions n’attirent pas la sympathie. Si on peut en effet comprendre que dans l’affolement du début du chaos, il ne cherche à sauver que Zach, le fils de Chloé, laissant ses camarades de classe, dont certains blessés, se faire gentiment dévorer sans aucun problème métaphysique, on a beaucoup plus de mal à admettre qu’il rende sans sourciller ni même prendre le temps de la réflexion une petite fille de 2 ans à sa mère infectée, ou qu’il laisse se faire dévorer sous ses yeux le gérant de l’immeuble alors que déjà armé, il lui aurait été facile de le sauver… On ne peut alors s’empêcher de penser qu’en cas d’apocalypse, on tombera sur un survivant qui ne lui ressemblera pas, ce qui induit d’emblée un sentiment de malaise fort dommageable au récit. D’autant que lorsque son jugement tombe sur le couple qui part rejoindre une ferme familiale et ne propose qu’une place alors qu’il pourrait en offrir une seconde, on se dit que c’est l’hôpital qui se moque de la charité et on est un peu soufflés par un tel culot !!!  J’espère que l’auteur, loin de s’identifier à son personnage, tient là à montrer les forces et les faiblesses de l’âme humaine…

Et justement côté humain, il campe des personnages intéressants sur lesquels on aurait aimé qu’il s’attarde davantage, qu’il les exploitent, et leur donne une profondeur qui leur manque un peu. Avec le talent qui est le sien, il ne devrait pas avoir trop de mal à le faire et nous espérons que les tomes suivants lui permettront de rectifier cette erreur, car c’est au fond la seule chose qui manque à l’ouvrage pour faire un véritable best seller à la hauteur des ouvrages anglo-saxons : une dose d’humanité et deux doses d’émotion. Car même si Dan avoue de lui-même qu’il a du mal à verbaliser son ressenti émotionnel, dans la mesure où il est le narrateur de l’histoire, il n’y a aucun autre moyen de faire passer les émotions des protagonistes aux lecteurs que par son intermédiaire. Il est donc un peu dommage que l’auteur ait choisi un introverti égocentrique pour personnage principal, même si on le sent s’humaniser au fil des pages, et un peu plus à même d’exprimer ses émotions car c’est l’invisible barrière qui empêche le lecteur d’adhérer totalement à ce personnage dans lequel pourtant on a tellement envie de s’investir…

Au total un excellent roman qui ne peut que s’améliorer avec la maturité et l’expérience de ce jeune auteur et pour un premier coup, c’est un coup de maître ! Vivement les tomes suivants !

note7

 

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

Articles relatifs

2 Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*