Scénario : Jerry Frissen
Date de sortie : 26 octobre 2011
Édition : Les Humanoïdes Associés
Genre : Horreur, humour
Nombre de pages : 106 pages
Nombre de tomes : 2 tomes
Prix conseillé : 13, 50€
Synopsis
Nous sommes en 2064 et pourtant pas de voitures volantes, pas de cyborgs, pas d’hommes cybernétiques uniquement des humains qui cohabitent avec des zombies. Certains nous annoncent la fin du monde pour dans 6 mois, rassurez-vous il faudra encore attendre une bonne cinquantaine d’années.
Le héros, Karl, profite de l’apparition des morts-vivants pour vivre. En effet, il incinère les zombies dont les gens veulent se débarrasser. Ce n’est pas un travail glorieux mais cela permet de subvenir à ses besoins. Il fait équipe avec sa sœur et Freddy. Tous les trois vont vivre des aventures surprenantes, parfois à la limite du moral.
Avis
The zombies that ate the world est la compilation des deux premiers tomes de Les zombies qui ont mangé le monde. En effet, en 2004 sort le premier ouvrage qui fait 56 pages, alors que The zombies that ate the world en fait 106. La série a donc été remise à neuf, les éditeurs, lui ont donné un petit coup de frais en espérant qu’elle obtienne plus de succès. Nous sommes en pleine mode zombie ce qui n’était pas le cas, il y a 8 ans. La collection Humanos est spécialisée dans les rééditions d’anciens titres en format comics, ce fut déjà le cas d’Olympus et  Je suis légion.
Le monde de Frissen et Davis s’inspire des films de série B et d’un humour loufoque et grotesque. Le mélange des deux crée un univers qui leur est propre et qui est appréciable. Les personnages ne se prennent pas au sérieux, ils sont d’ailleurs plus proches d’anti-héros et toutes les situations sont drôles car totalement décalées. Nous pouvons penser par exemple à une des scènes du début où les enfants s’amusent à tirer avec une carabine dans la tête du grand-père pour s’amuser. Le pauvre homme étant un mort-vivant, il ne sent rien. Ce jeu semble pour le lecteur horrible, alors que le père se contente de commenter : « Il vise juste, ce petit con ». Ce genre de situation improbable se retrouve dans toute l’histoire et parsème ainsi une ambiance horriblement drôle.
Les personnages sont des êtres dépourvus de morale puisqu’ils effectuent un travail illégal qui consiste à brûler des zombies. Ils apportent de l’aide à des humains désarçonnés qui ne savent plus quoi faire de leur mort. Il s’agit très souvent des parents, ou des grands-parents donc des gens proches, ce qui accentue l’aspect immoral de leur travail. Karl ne fait cela que pour l’argent, il est donc vénal, mais ce n’est pas son seul défaut. Il porte un costume d’aventurier à la Indiana Jones. Il est toujours emporté dans des mésaventures, accompagné de Freddy un bêta belge. Sa stupidité est telle qu’il s’approche du débile et qu’il suit sans toujours comprendre les raisons. C’est un mouton un peu brute qui tue sans avoir de remords. Au passage, les belges en prennent pour leur grade dans tout le récit.
Aucun n’attire de la sympathie car ils possèdent tous des démences. Karl s’accouple avec une morte et la cache sous son lit mais ce n’est pas le seul.
Malgré l’humour et le décalage, le récit aborde des sujets de société comme la nécrophilie et le viol. Les viols sont nombreux et les pervers aussi. Comment se positionner face aux zombies ? Est-ce malsain de tomber amoureux d’un mort-vivant ? Loving Dead avait déjà abordé le sujet. Ici c’est perçu comme une déviance, si bien que c’est caché ; Franka Kozik sera tuée pour ça.
La famille de Karl donne le ton, car le père trompe sa femme avec la copine du fils sans problème et on apprend que ce n’est pas la première fois. Parfois l’absence de moral dépasse la limite du raisonnable et ne donne plus à sourire. Le lecteur peut décrocher du récit à cause de ses perversions gratuites et sans intérêt. Comme dirait le sage : le trop est l’ennemi du bien.
La religion est aussi traitée et c’est très intéressant car la question de la résurrection du Christ est abordée. En effet, si tous les morts reviennent à la vie, lui aussi. Mais comment cette réapparition serait interprétée ? Pendant tout le récit, nous attendons l’apparition de cette icône religieuse. Que va-t-il se passer si quelqu’un le voit bouger ? Cette vision donne une orientation différente pour la vision zombiesque et qui permet de creuser de nouvelles pistes ce qui n’est pas négligeable.
Le zombie n’est pas vu comme un être méchant assoiffé de sang qui attaque tous les humains. Non, ils cohabitent avec les humains, vivent chez eux et sont relativement sociables. De plus, les auteurs démontent le stéréotype du zombie dans une scène très drôle où un zombie explique à ses camarades comment effrayer des hommes : « Souvenez-vous du film, on y va et on cogne sur les portes et fenêtres, après on rentre et on leur fout la trouille de leur vie ! Faut qu’on avance les bras en avant, en gémissant ! ». Il y a bien une volonté de créer des zombies qui ne ressemblent pas aux zombies qu’on a déjà croisés. Non, ils sont nouveaux, ils sont beaux et gentils. Dans le même ordre d’idée, les hommes s’acclimatent très bien à ses nouveaux êtres et ne s’imaginent pas vivre sans eux « Bizarre, un monde sans zombies. Ça fait un peu peur…. ». À croire qu’ils vivent dans le monde des Bisounours et que chacun aime l’autre sans disputes ni désaccords.
Nous parlions d’un humour décapant qui fait sourire et qui soulage car l’on peut rire de tous. Oui, mais ce type dérision a le défaut de ses qualités. En effet, le dialogue dérive parfois vers le trivial voire le scatologique et perd de sa drôlerie pour juste devenir lourd. Le lecteur peut se sentir mal à l’aise face à certaines situations comme par exemple le dialogue mémorable qui peut entrer dans les phrases les plus inutiles de l’histoire zombiesque sur le « trou du cul ». Pendant plus de deux pages les deux personnages s’interrogent pour savoir s’il est possible de voir son anus. Ce genre de considération n’est ni utile pour l’avancée de l’histoire ni pour l’ambiance légère du tome donc si cela n’a aucune utilité, à quoi ça sert ? Nous cherchons toujours. Nous mourrons probablement sans le savoir. Pour compléter l’ensemble des répliques inutiles nous pouvons aussi citer cette blague qui n’a aucun rapport : « Tu sais pourquoi les filles regardent les films pornos jusqu’au bout ? Elles croient qu’à la fin, il y a un mariage. ». C’est cadeau, les amateurs de blagues seront ravis, c’est tout de même étonnant. Pour les gens habitant comme nous dans les régions nordiques de la France vous ne serez pas dépaysé/es avec des blagues belges. Comment un récit américain fait des blagues belges, cela restera aussi un mystère…
Autant d’éléments inutiles qui gâcheront un peu le plaisir de lecture.
Il s’agit de petites historiettes, de différentes mésaventures qui finissent par se découdre à cause d’un amas de mauvais goût.
En ce qui concerne le graphisme, les dessins sont en couleur. Le trait est réaliste et crade. La palette de couleurs dans les tons verdâtres rend bien l’aspect de putréfaction des zombies. Le choix graphique des zombies est sympathique et fonctionne bien. Il y a de bonnes idées dans le dessin, nous pouvons sentir une recherche dans la manière de reproduire ces êtres morts qui ne peuvent pas avoir la même apparence que les humains. L’immersion par le dessin se fait facilement.
En brefÂ
Était-il nécessaire de rééditer cette ouvrage sans effectuer aucune modification ? Ce n’est pas certain, il y a beaucoup de maladresses qui sont gênantes car elles dépassent l’humoristique et font naître un mal être. C’est dommage car il y a de bonnes idées, comme la vision du zombie, les problèmes de société et de religion évoqués. Malheureusement faire graviter l’histoire autour d’une famille plus que douteuse qui ne possède aucune morale n’est pas une bonne idée car les histoires de viol, de tromperies et de violences n’apportent rien à l’histoire et au contraire la desservent. C’est dommage. Nous pouvons espérer que le second tome soit plus convaincant.
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