Comics Papiers — 27 juin 2012
Un sans fautes pour “Orgueil et préjugés et zombies”, le comic

(à ne pas confondre avec le livre du même titre)

Dessin : Cliff Richards
Scénario : Seth Grahame-Smith (roman éponyme, 2009) et Tony Lee (adaptation) ; traduction : Julien Nenault

Édition : Brochée, 176 pages
Éditeur :
 Casterman (janvier 2011)
Collection : Univers d’auteurs
Langue : Français

Prix conseillé : 15€

Synopsis

Pour la famille Bennet, qui compte cinq filles à marier, l’arrivée de deux jeunes et riches célibataires dans le voisinage est une aubaine : enfin, des cœurs à prendre et des bras supplémentaires pour repousser les zombies qui prolifèrent dans la région !
Mais le sombre M. Darcy saura-t-il vaincre le mépris d’Elizabeth et son ardeur au combat ? Les innommables auront-ils raison de l’entraînement des demoiselles Bennet ? Les sœurs de M. Bingley parviendront-elles à le dissuader de déclarer ses sentiments à Jane ?
Surtout, le chef-d’œuvre de Jane Austen (Orgueil et préjugés) peut-il survivre à une attaque de morts-vivants ?

Va-t-on se marrer en lisant ça ? Yes !

L’œuvre proposée donne une version des plus originales d’un classique de la littérature anglaise, Orgueil et préjugés de Jane Austen, publié en 1813.

Le roman tourne autour des deux choses les plus importantes à l’époque, pour les jeunes filles de la bonne société à la campagne : le mariage et l’argent ; le mariage étant la seule solution pour s’assurer d’une stabilité économique. Même si  nous le savions déjà, nous pouvons ne pas avoir envie de lire un roman s’étendant presque exclusivement sur le sujet. Il nous faut alors excuser les cinq personnages, cinq filles de la famille Bennet. Elles n’ont, pour ainsi dire, pas d’autre choix que celui de chercher obligatoirement le mariage. Et bien sûr, la question est de faire tout de même un mariage d’amour. Ce qui complique les choses : nos demoiselles sont romantiques et souhaitent à tout prix trouver l’élu de leur coeur, malgré toutes les embûches.

Certains dorment déjà à la lecture de cette histoire. Toutefois, la bande dessinée dont il est question ici, adaptée du roman parodique du même titre de Seth Grahame-Smith qui a mis Jane Austen comme co-auteur, a ajouté une problématique supplémentaire. Dans ce milieu et à cette époque, des zombies ont pris toute la place et menacent l’Angleterre, il n’est donc plus seulement question du mariage pour assurer son bonheur, ce qui corse un peu l’histoire et vient y rajouter du piquant.

Ce n’est pas la première fois que le roman de Jane Austen est adapté. En effet, des romans, des films, se sont lancés à sa suite et même une bande dessinée de Marvel publiée en 2009 (sans zombies). Cette dernière, très colorée, aux dessins agréables, donne une très bonne vision des cinq soeurs qui cherchent un mari, prêtes à se précipiter chez le premier voisin venu.

 

Il est intéressant de comparer cette bande dessinée avec celle qui nous intéresse. Dans la première, on fait état aux premières pages de l’arrivée d’un jeune homme, Mr. Bingley. Dans Orgueil, préjugés et zombies, on commence d’abord par nous rappeler que les zombies aiment manger des cerveaux et plus ils en mangent, plus ils veulent en manger. On nous mentionne aussi l’arrivée de ce jeune homme qui a 4 ou 5 mille livres de rente, ce qui est une chance pour les filles Bennet. Le problème, dans le Hetfordshire, l’endroit où se déroule l’histoire, c’est qu’il y a des zombies, qu’ils appellent les “Innommables”. Des zombies dans un endroit pareil ? Mais si !

La mère rappelle au père que leurs filles doivent se marier mais par une répartie cinglante, il lui dit qu’ils ont d’autres problèmes en tête et qu’aller rendre visite au jeune homme leur ferait perdre encore des chevaux et des voitures. C’est le genre d’humour grinçant que certains cherchent !

 

La bonne société anglaise, version monde de zombies !

Ainsi, ce qu’il y a de passionnant dans cette BD, ce sont les portraits de personnes de la bonne société, zombifiés et c’est surtout qu’elle commence à pic et ne s’étend pas trop sur les intentions matrimoniales. Il est surtout question de problèmes pratiques, de survie. L’humour est présent dès le départ, comme dans le roman de Jane Austen et c’est même un humour très noir, sanglant. “Souvenez-vous, si votre devoir est de marier nos filles, le mien est de les garder en vie”, rappelle le père, le visage renfrogné et à moitié dans l’ombre. Excellent.

Je regretterai beaucoup l’absence de couleurs dans cette BD, ce qui rend le tout un peu plat, car les personnages sont difficiles à différencier : les femmes qui ont presque toutes la même coiffure haute et les mêmes bijoux et robes longues sont difficiles à reconnaître, sauf heureusement, celles qui ont la chevelure foncée. Sur ce plan, nous préférons la BD de Marvel, malgré l’absence notable de zombies.

L’héroïne se nomme Elizabeth -”Lizzy”- et elle n’a pas froid aux yeux ! Pour une femme de la bonne société, elle fait preuve de beaucoup d’énergie et sa vie est celle d’une guerrière, et une vraie !

Éclairs et les réparties fusent dans cette BD, entièrement faite autour d’intrigues amoureuses et d’attaques de zombies.  C’est là qu’on peut trouver l’ombre au tableau de cette BD où il y a beaucoup de bla bla, d’histoires à propos de l’honneur, du fait qu’on a changé d’idée, de ce qu’on fait pour plaire aux autres, de ce qu’on n’aime pas parce que ce n’est pas ce que fait la bonne société et tous ces chichis, ces stratégies sentimentales qui risquent de saouler grave et qu’on peut résumer par : “Beaucoup de bruit pour rien !”, comme le disait Shakespeare…


À prendre ou à laisser, ce ton a toujours fait partie du roman original de Jane Austen et on n’y déroge pas ici, ce qui est en un sens, un grand respect pour l’œuvre originale.

Les intrigues se succèdent, la tension est omniprésente : n’importe qui peut être attaqué et devenir aussi zombie, qui survivra ? En tout cas, pour les zombies, il ne semble pas y avoir de solution. Un duel entre femmes guerrières impressionne.  C’est un peu comme dans Sex and the city mais chacun n’y trouve pas nécessairement son compte. La communication se fait à coups de lettres manuscrites, ce qui ajoute du charme à l’intrigue. Est-ce que tout est bien qui finit bien ? Peut-être pas vraiment, mais… Quelques confidences sur le banc, avec l’éclairage doux de la lune et l’intrigue se termine. L’amour et le mariage seront-ils suffisants pour donner de l’énergie aux protagonistes, pour continuer le combat ? Et ce sérum contre l’état zombie ?  Nous aimons les histoires qui se terminent par des têtes de zombies décapités jonchant le sol, la vie est un combat permanent et rien ne dit que les gagnants sont les vivants…

 

Le petit mot de conclusion !

Une BD qui permet de se plonger dans un univers tout à fait crédible, tant qu’on a accepté la présence de zombies. C’est de la littérature anglaise classique à laquelle on a ajouté une bonne dose de chairs putrides et de ketchup, ce qui ajoute des étincelles et plaira à ceux qui aiment à la fois les ambiances de l’époque XVIIIème et XIXème siècle dans une société anglaise très rigide et les atmosphères trash. Encore une fois, le manque de couleurs est regrettable, les contrastes entre le rose, le blanc des tenues et les couleurs de décomposition auraient été saisissants. Cela n’empêche pas que la BD est une vraie réussite pleine d’humour très sarcastique, d’action, de lutte et à quelque part, il est toujours question d’amour de la vie et de la quête du bonheur !

De quoi s’embarquer dans une folle aventure !

 

note6

Ma note pour cette BD : Parce que bon, il y a beaucoup de points plus, mais encore du progrès à faire pour devenir un grand classique zombies !

Le roman du même titre, publié en 2009 chez Flammarion, reste aussi un délice gothico-romantico-trash.

 

Auteur

vampirellaorasul

Mi-vampire, mi-fée, entièrement Canadienne et souvent Française dans la vraie vie, je m'intéresse aux vampires depuis que j'ai 13 ans, une sombre année où j'ai croisé le roman "La Reine des damnés" de Anne Rice, et depuis, je n'ai cessé d'élargir mes horizons, j'aime tout ce qui est étrange, différent, les fantômes, les zombies, les goules, je reste curieuse de tout et toujours prête à découvrir de nouvelles choses. Doctorante à la Sorbonne sur le sujet de la femme vampire en littérature, ma vraie vie se fait la nuit parmi les créatures de l'ombre... Je cherche un emploi et je lutte sur tous les fronts, mais tel est mon destin. Dès que possible, je me connecte pour vous passer mes dernières impressions zombiesques et y puiser de l'énergie en même temps, car j'aime communiquer, cela est mon maître mot ! Au plaisir de vous retrouver dans des mondes hostiles à la vie et faits pour les braves :-)

Articles relatifs

1 Commentaire

  1. “Le roman tourne autour des deux choses les plus importantes à l’époque, pour les jeunes filles de la bonne société à la campagne : le mariage et l’argent ”
    Ca a changé depuis ???? ^^

    Sinon, bonne chronique, complète et interessante

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*