Films Vidéos — 11 avril 2012
VAUDOU (I walked with a zombie)

Réalisation : Jacques Tourneur

Nationalité : film américain
Durée : 1h10
Genre : aventure fantastique et romantique
Année : 1943 – en Noir et Blanc
Acteurs : James Ellison (Wesley Rand), Frances Dee (Betsy Connell), Tom Conway (Paul Holland), Edith Barrett (Mrs. Rand), James Bell (Dr. Maxwell), Christine Gordon (Jessica Holland), Darby Jones (Carre-four le zombie noir).

 

Jacques Tourneur est un réalisateur français qui a fait la plus grande partie de sa carrière  aux États Unis. Lorsqu’il tourne I walked with a zombie, il vient de connaitre le succès avec La Féline qui est aussi un film fantastique, dont Paul Shrader fera un remake remarqué en 1982.

L’histoire
Betsy, une jeune infirmière, est recrutée pour se rendre aux Antilles soigner Jessica, la femme d’un riche  planteur. Jessica est constamment prostrée et ne communique plus. Est-elle sous l’emprise d’un charme vaudou local ? Le médecin de Jessica croit plutôt à une fièvre intense qui aurait brûlé la moelle épinière de la jeune femme. Malgré les difficultés et les inquiétudes et par amour pour le maître de maison, la jeune Betsy va tout tenter pour sortir Jessica de son état hypnotique.

La critique
Le film reste ambigu sur les causes de l’état mental de la jeune et jolie Jessica. Mais il nous conduit aussi sur la piste vaudou. En effet le film nous présente de longues séquences quasi documentaires montrant des cérémoniels à base de danses et de chants rituels. On sent la présence forte et quotidienne des cérémonies traditionnelles dans le peuple indigène colonisé par les Blancs. Dans ce sens, Jessica serait une morte vivante possédée par le pouvoir d’un prêtre vaudou. Ce serait là une piste qui nous parlerait de mystère, de puissances occultes, de traditions ancestrales, de pouvoir spirituel.

Mais ce film nous oriente aussi sur d’autres pistes, à travers l’étrange personnage du mari et sa tout aussi étrange famille.

Le mari est un personnage cynique dont on découvre une certaine cruauté pendant le voyage avec l’infirmière, sur le bateau qui les conduit aux Antilles. À la jeune infirmière fascinée par le vent tiède, le ciel étoilé et les poissons volants, il fait une étrange analyse : rien n’est beau ici, on se trompe sur la beauté des choses car on ne comprend rien – la surface de l’eau qui étincelle dans la nuit ne montre que les reflets de milliers de petits cadavres brillants en décomposition et les poissons volants qui semblent sauter de joie et nous enchantent ne font que fuir des poissons plus gros qui veulent les manger… Il n’y a donc pas de beauté, mais la mort qui rôde et la putréfaction.

Ce qui était séduisant devient repoussant et le spectacle que la jeune femme admirait devient donc un symbole de souffrance, d’angoisse et de mort, car il faut se méfier des apparences trompeuses.

Et tout le film va ainsi jouer d’oppositions radicales pour sans cesse malmener le spectateur et le perdre dans des paradoxes : à la douceur apparente de la vie locale s’opposera la souffrance d’un peuple colonisé – au confort apparent de la vie bourgeoise du colon installé s’opposeront les souvenirs,  les secrets de famille et la rivalité entre deux frères ennemis.

Et dans une superbe scène inquiétante, la chanson de l’antillais clamera haut et fort, sous couvert de fiction, l’histoire mystérieuse de la famille des Blancs et de leurs fantômes.

Le film distille alors une inquiétante étrangeté qui nous bouleverse, en nuance, sans grand effet de mise en scène, avec même une certaine lenteur, un jeu de comédiens tout en finesse retenue. Et pourtant le film sous-entend la passion, la folie et la mort. La mort vivante.

Comme dans la scène ci-dessous dans laquelle Betsy est réveillée par des bruits de pas : on distingue l’ombre inquiétante de Carre-four projetée sur le mur, le zombie noir venu prendre Jessica.

On voit aussi apparaitre sur le mur la reproduction du tableau de Arnold Böcklin “L’île des morts” qui semble ici un élément annonciateur.

 

Cette toile date de 1896 (voir ci-dessous) et montre Charon (dans la mythologie grecque) le guide des morts qui conduit une embarcation pour accompagner les trépassés vers leur dernière demeure. La scène est impressionnante car le défunt est debout (en blanc à côté du passeur qui rame) et se dirige vers une île étrange, munie d’une porte centrale, un espace flanqué de hautes falaises imposantes et dont le centre est plongé dans l’ombre. Tout un symbole annonciateur de mort dans notre film.

Bien évidemment nous sommes ici, dans les années 40, encore loin des dénonciations politiques de Romero ou des zombies animalisés et brutaux des décennies suivantes, loin des effets gore, loin des outrances de notre cinéma moderne.
Nous sommes face à un joli film romantique, teinté d’une ambiance  fantastique et nourri d’allusions nombreuses et riches (le poids du passé, des erreurs, les choix, les regrets, l’amour impossible, la force de l’esprit) pour ne pas trop en dire et nous laisser deviner, supposer, imaginer.

Un très joli film au charme délicieusement désuet qui fonctionne aussi grâce aux décors en studio et les éclairages mesurés pour un beau travail de la lumière, pour donner de la force aux ombres, extérieures (celles de la nuit, des recoins, des cachettes) et intérieures (celles de l’âme des humains torturés).

Regardons un exemple dans la photo ci-contre du travail esthétique que permet le décor en studio, et voyons comment est éclairé et filmé cet escalier quasiment surnaturel, alors que la jeune infirmière entend des pleurs qui semblent venir de l’étage, le premier soir de son arrivée.
Regardons la beauté de ce plan, la façon dont est posée la lumière, qui suit de manière complètement improbable le tracé de l’escalier pour en souligner les courbes et lui donner du mouvement, comme si une lune complice montrait là le chemin pour gravir les marches et se diriger vers la chambre mystérieuse d’où viennent les gémissements. Une belle diagonale qui traverse l’image, tandis qu’au fond à gauche la porte ouverte sur l’extérieur nous permet d’appréhender la profondeur.

Voilà donc à mon sens un riche et beau film, à la lenteur envoutante et à la grande force suggestive. Un film considéré comme précurseur du fantastique moderne.

 Voir la bande annonce
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note8

 

 

Auteur

salut à tous je suis enseignant, j'ai 42 ans - marié, 2 enfants passionné de films fantastiques et d'horreur depuis que j'ai vu Shining qui a agi comme un révélateur puis la série des Freddy, puis les Romero, Argento... par ailleurs passionné de peinture (cf mon site)

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