Comics Papiers — 01 juin 2012
Wormwood : tome 1 – Gentleman zombie

Auteur : Ben Templemith

Édition : Delcourt

Genre : Humour, horreur

Nombre de Tomes : 3 tomes pour l’instant (série en cours)

Nombre de Pages : 121 pages

Date de parution : 10 septembre 2008

 

 Synopsis

 Wormwood est un asticot pensant, échappé d’une dimension infernale, qui parle anglais avec un accent à couper au couteau, boit de la bière, beaucoup de bière, fume énormément et qui, accessoirement, habite des cadavres. Aidé de Monsieur Pendulum et de la strip-teaseuse Médusa, il passe son temps à sauver le monde d’invasions démoniaques et de préférence tentaculaires.

Voici un personnage excessif dans toutes ses actions mais qui nous promet des aventures hautes en couleur.

 

Avis

Wormwood est une création du grand Templesmith, qu’il n’est plus nécessaire de présenter car il est devenu une référence dans le comics gore avec par exemple la série 28 jours plus tard. C’est son unique série zombiesque, on le regretterait presque.

Parlons d’abord de l’ambiance. Maître du genre, Templesmith présente un univers horrifique, morbide et pourtant si agréable et si complet. Il réussit à mêler le gore et l’humour pour créer un univers vaste, fouillé et  divertissant. Il y a un équilibre parfait entre l’horreur et la violence de certains combats ou scènes de crimes qui dégoulinent, de corps démantibulés et de projections de sang dans tous les sens et l’ambiance humoristique qui ponctue ses scènes violentes pour éviter une atmosphère trop glauque : « Oh comme c’est charmant. Charmant… On a vraiment un corps, ou une machine à faire de la glace a eu un orgasme ? ». L’humour fait donc partie intégrante de l’intrigue, d’ailleurs cette atmosphère humoristique est partout et se manifeste de différentes manières. Le personnage principal a une personnalité extravagante qui permet de relativiser les situations difficiles. Wormwood prend tout avec une certaine distance et s’amuse de toutes les situations même les plus gores comme par exemple face à une énorme créature géante, il rétorque à M. Pendulum : « Rappelez-moi  à l’occasion de vous ôter le circuit pleurnicheries incorporées. ». Quoi de plus normal que d’avoir peur devant un gigantesque monstre tentaculaire possédant une multitude de yeux globulaires ?

Les personnages sont “séduisants” malgré leur teint blafard, leur attitude étonnante et leur caractère dévergondé. Ce sont tous des anti-héros car le lecteur n’a rien à leur envier. Wormwood est un vieux démon qui prend la forme d’un ver parasite qui usurpe des corps pour vivre, Medusa est une strip-teaseuse et Monsieur Pendulum suit le héros dans toutes ses combines. Ces trois personnages sont différents cependant ils sont tous répugnants. Ils ont chacun un caractère distinct et complet, ce qui est agréable car ce ne sont pas que des monstres, des morts-vivants répugnants assoiffés de sang et de chair fraîche. Médusa a un jeu de séduction très particulier qui peut charmer le lecteur ; son caractère est en harmonie avec le dessin. Celui-ci se fait plus sensuel, avec sa petite tenue et ses tatouages qui s’animent et font d’elle un personnage énigmatique et attirant, telle la sirène des légendes mythiques.

Wormwood est un démon aux talents particuliers , qui trouve seyant d’avoir comme véhicule un cadavre pas forcément très frais ni très souple, mais disponible. Un cadavre qui marche n’est pas des plus attirants. De plus il a une morale particulière car il se croit un défenseur du bien.  Une belle peinture de personnages singuliers qui possèdent une personnalité travaillé qui est agréable à suivre car malgré leur aspect miteux et leur mauvaise vie, on ne peut s’empêcher de les trouver touchants. Ce sentiment d’attirance/répulsion donne envie de connaître la suite de leur histoire.

Du point de vue de la culture zombie, Wormwood est un comics surprenant et novateur car tout est pris sur le ton de la plaisanterie. Mais surtout la violence ne provient pas des massacres d’humain par des zombies. Comme chez Disney où on ne s’étonne plus de voir une souris ou un chat parler, ici on ne s’étonne pas de voir un mort-vivant s’enivrer au bar, côtoyer des strip-teaseuses et parler cordialement à des humains. Les morts-vivants ont dans ce comics une vie presque normale sauf qu’évidemment les morts ne meurent qu’une fois. Il ne faut donc pas s’étonner de voir Wormwood exploser à plusieurs reprises.

La violence et les massacres se manifestent entre mort-vivants car un monstre plantigrade se propage dans le bar préféré de Wormwood, il cherche donc à l’éradiquer. Medusa tranche du monstre à coup de tronçonneuse ; notre asticot et son acolyte s’en donne à cœur joie pour défendre le troquet.

Ce décalage dans la manifestation du gore permet de donner une touche singulière à ces comics qui ne peuvent laisser personne indifférent.

Il faut maintenant aborder le graphisme. Templesmith garde sa patte caractéristique. Son style est facilement identifiable et on ne s’en lasse pas. Les personnages sont mis en valeur avec un arrière-plan épuré. Son trait n’est pas dans la rondeur mais dans la finesse. Le visage des personnages est très détaillé ce qui les rend très expressifs. Mais ce qui fait de Wormwood un titre singulier, c’est le traitement des couleurs qui ne se veut absolument pas réaliste mais plutôt psychédélique et halluciné. On peut passer d’une page dans les teintes bleues puis juste après une page dans les rouges. Les cases ont une dominante et les motifs importants ressortent avec une teinte opposée. Parfois ce sont même les textes des bulles qui peuvent être colorés. Les couleurs permettent de créer une ambiance et installer le lecteur dans un monde inédit qui possède des codes qui lui sont propres. Lorsque Medusa affronte le monstre avec sa tronçonneuse, tout est rouge sauf les contours du monstre bien entendu et la tenue de Medusa. Cela permet de ne pas pouvoir discerner le sang du fond et de garder une vision sexy de la strip-teaseuse. Tout est pensé pour inverser les habitudes du lecteur. Ce souffle nouveau qui parcourt ce tome est extrêmement plaisant.

 

En bref

Une série qui débute merveilleusement bien et qui annonce une suite prometteuse. Un album qui est à la fois distrayant, amusant et intéressant car il prend le contre-pied des histoires de zombies habituelles. Il faut tout de même noter que la patte graphique peut en dérouter quelques-uns qui n’aimeront pas le style de Templesmith.
Mais pour les fans et les curieux, dévorez ces comics à pleines dents et n’en faites qu’une délicieuse bouchée !

 

note9

Auteur

sherane

Chroniqueuse bande-dessinée, comics, manga, livre ... et plus généralement tout ce qui se dévore.

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