Zombie – Espagne

Attention : Je ne suis pas l’auteur de cet article. L’auteur de cette article est Lestat. Il l’a rédigé le 02/01/2005 sur ce lien Krinein. Il est dans son état original et n’a pas été modifié.Je voulais vous faire profiter de ses articles qui sont vraiment exceptionnels et très enrichissants!
A Virgin among the living dead
Entre les Léviathans du genre, on oublie souvent que l’Espagne possède une tradition très riche en matière de cinéma fantastique. Dictature franquiste et censure ont fait que seuls une poignée de ces films nous sont parvenus. Ceux de Jésus Franco ou de Louis Bunuel, généralement.

Après une première percée au temps du muet, le cinéma fantastique espagnol et de genre en général s’effondre littéralement durant les années 60 sous la dictature pour renaître sous l’impulsion de Jésus Franco qui, avant de sombrer dans le nanar, aura été une figure locale du fantastique gothique.


Il était également fréquent que certains réalisateurs italiens, tels que Mario Bava ou Giorgio Ferroni, s’entourent d’équipes espagnoles. Ferroni qui d’ailleurs propose avec la Nuit des Diables une variation autour du Mort Vivant modèle Romero. En Espagne, les Zombies ne courent pas les rues et le cas le plus connu reste sans doutes celui de Jorge Grau et de son film, le Massacre des Morts Vivants, variation tétanisante et pessimiste de la Nuit des Morts Vivants. Toutefois il est impossible de passer à côté de certains films de Franco, de Paul Naschy ou de la tétralogie des Templiers d’Amando de Ossorio, ce dernier étant peut être le seul réalisateur avec Jorge Grau à être associé directement au mythe.

Dès ses premiers films, Jésus Franco s’intéressa, quoique d’assez loin, au mythe du Mort Vivant. Son premier film, l’Horrible Dr Orloff (1961), particulièrement inspiré des Yeux Sans Visage de Franju, mettait déjà un domestique-zombie au service du docteur susnommé. Une caractéristiques qui deviendra cliché durant son début de carrière, tant Le Sadique Baron Von Klaus ou les Maîtresses du Dr Jeckyll se plaisaient à reprendre la même trame que celle de l’Horrible Dr Orloff. Le restant des apports de Jésus Franco au genre est hélas moins glorieux. Après Une Vierge chez les Morts Vivants en 1973, variation que nous qualifieront d’érotique, Franco commet en 1981 L’Abîme des Morts Vivants, film qui est resté dans l’histoire comme étant le pire film de Zombie jamais fait ! Pour en parler, rien de mieux que de laisser la parole au vénérable Jean Pierre Putters : “du gore plutôt soft, un érotisme soft, un scénario très soft lui aussi, sans parler des effets spéciaux renversants (…). On a beau se dire “ce n’est jamais que du Jésus Franco”, ça laisse tout de même perplexe.” (Zombie Story).

Pendant ce temps là, une autre figure du cinéma fantastique espagnol s’affaire également dans le genre. Il s’agit de Jacinto Molina, alias Paul Naschy, acteur qui en Espagne est au Loup Garou ce que Christopher Lee est à Dracula. On ne parlera pas ici de films réalisés par Naschy lui même, mais plutôt de films où il apparaît -quelque soit l’importance de son rôle- ou qu’il scénarise. Nous pouvons ainsi citer El Espanto Surge de la Tomba ou Latidos de Panico, où Naschy interprète un rôle récurant de sinistre personnage. Et les Morts Vivants dans tout ça ? Ils gravitent autour, avec plus ou moins de cohérence. Dans la Rebelion de la Muertas, en 1972, Naschy et le réalisateur Leon Klimovsky s’intéresse au Zombie féminin, sujet original pour un film qui ne restera pas dans les mémoires.

Si tout ceci reste relativement classique, les années 70 auront cependant livrés une saga assez atypique : celles des templiers maudits. Quatre épisodes sortis entre 1971 et 1975, où d’étranges templiers sortent de leur tombeaux, étendant leur malédiction sur un petit village. Oscillant entre des ambiances oniriques et des aspects tout ce qu’il y a de plus kitch, La Révolte des Morts Vivants, le Retour de Morts Vivants (El Ataque de los muertos sin ojos), Le Monde des Morts Vivants et l’ultime La Chevauchée des Morts Vivants, sans révolutionner quoi que ce soit apportent une originalité salutaire dans ce genre et se sont imposés à leur niveau tels des petits classiques, malgré quelques points récurrents ne jouant pas en leur faveur. Outre le fait que chaque film est une sorte de remake du précédent, à l’exception du Monde des Morts Vivants se plaçant à bord d’un galion hanté, et que le héros est au courant de tout mais se tourne généralement les pouces en attendant que ça se passe, l’élément le plus singulier de cette saga reste sans doute paradoxalement sa marque de fabrique : des chevaux fantômes galopant au ralenti. Sortant d’on ne sais où, servant aussi bien aux Templiers qu’à la sempiternelle fuite des héros, ces chevaux ne changeront jamais leur rythme d’un poil : ralenti pour tout le monde. La Saga des Templiers d’Ossorio malgré quelques anachronismes n’en reste pas moins ancrée dans le patrimoine historique espagnol et de part l’ambiance des films et le physique des Morts Vivants (lents, desséchés, rachitiques…) a fini par se faire sa place dans le cinéma d’horreur.

Il est intéressant de constater l’évolution du Zombie espagnol, qui ne s’est jamais réellement affranchi de sa fonction vengeresse ou esclavagiste. Les premières traces de Morts Vivants que l’on trouve chez Franco sonnent comme un respect des racines, avec ce domestique à la volonté annihilée qui prend une dimension tragique par quelques résurgences de conscience ou de sentiments. Lorsque la Nuit des Morts Vivants débarque en Espagne, le film de Zombie commence à prendre du poil de la bête et l’influence de Romero se fait sentir, bien que certaines caractéristiques soient évincées au profit d’élans plus personnels, le cannibalisme étant peu ou pas développé. On trouve toutefois chez Jorge Grau des constantes de Romero voir, pourquoi pas, du Fulci avant l’heure (nous sommes alors en 1974), ainsi que des scènes gores bien senties. En revanche, l’origine spatiale est plutôt boudée, au profit de la malédiction ou de la transformation par tierce personne. Niveau physique, les maquillages restent relativement sobres, les exceptions étant comme toujours Grau et Ossorio. Après l’arrivée de Zombie-Dawn of the Dead et des films de Fulci, Franco de son côté tente d’incorporer vers de terre et fonction de gardiens aux Nazis ressuscités de l’Abîme des Morts Vivants, mais peine perdue, au delà de la non-qualité du film, le cinéma fantastique espagnol entre alors en crise jusqu’aux années 2000. Aujourd’hui, il peut compter sur Alejandro Amenabar ou d’un Brian Yuzna nouvellement membre de la Fantastic Factory pour le remettre à pied d’oeuvre. Ce même Yuzna qui toujours en Espagne réalisa en 2003… Beyond Re-Animator, troisième volet des aventures du Dr West, réanimateur de cadavres de son état. Comme quoi, rien ne se perd.

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