Culture Z Livres Papiers — 07 mars 2016
Zombie, Ohio, de Scott Kenemore, la chronique !

Zombie, Ohio est donc le premier tome de la saga Zombie de Scott Kenemore, qui compte à ce jour trois tomes en version originale, Ohio (2011), Illinois (2012) et Indiana (2014) financé sur Kicksarter en 2013, sorti en janvier en librairie grâce aux Editions Panini Books.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le premier tome de cette saga est pour le moins novateur dans le genre : malgré les quelques scènes bien gores qui satisferont pleinement les fans du genre, le roman n’est au final pas axé sur les zombies mais sur une quête d’identité du héros, le Professeur Peter Mellor.

L’ouvrage s’ouvre sur un accident de voiture, celui de Peter, où celui-ci se réveille mort, ou plutôt, pour lui, amnésique. Grâce aux papiers qu’il découvre sur lui, il part donc en quête de son identité, pour découvrir qu’il n’est en fait qu’un raté, égoïste, queutard, alcoolique, n’ayant qu’un seul ami marginal du fait de son homosexualité, Sam, professeur lui aussi. Ce qu’il y a de bien avec Peter, c’est qu’il prend les choses avec un certain recul, et un humour sans faille qui prête à rire. Après cette première découverte s’enchaîne rapidement la seconde : il est mort. Sauf qu’il ne l’est pas. Et lorsqu’il le découvre, il n’est ni horrifié, ni terrifié, juste pragmatique, ce qui fait tout son charme au fil de ce roman, et la première chose qui lui vient à l’esprit est une citation d’Arthur Conan Doyle “Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable soit-il, est nécessairement la vérité

“J’ai commencé à me sentir dans le rôle d’un avocat confronté à un cas indéfendable. Le scénario “Mon client n’est pas un zombie” me paraissait de moins en moins plausible. Les preuves à charge contre lui s’accumulaient. C’était mon boulot de le défendre mais bon Dieu qu’il avait l’air coupable !”

Lorsque Sam lui apprend que la meilleure chose qui lui soit arrivée dans sa vie s’appelle Vanessa, sa petite amie, qu’il cherchait à rejoindre au moment de son accident, c’est donc naturellement qu’ils s’y rendent ensemble. Et certains pans de sa mémoire commencent à lui revenir, en particulier le visage de Vanessa et les sentiments qu’il éprouvait pour elle . Mais lorsqu’il la retrouve, il comprend qu’avec elle aussi, il a merdé. 

“Le ton de sa voix était plutôt gentil en apparence, mais il camouflait quelque chose de plus profond, de méfiant. Un point sensible et douloureux. Il me disait que ce n’étais pas la première fois que je merdais et que les surprises et les défaillances n’étaient pas une nouveauté chez moi “

Très vite, pour défendre la fille de Vanessa, Peter va expérimenter la nourriture zombie pour la première fois. 

“Il paraît qu’on n’oublie jamais sa première fois. Vous savez quoi ? C’est foutrement vrai. Il peut y avoir des occasions ultérieures qui vous apportent une plus grande excitation ou un plaisir plus profond. Hélas, ce sont ces moments plus plaisants qui se révèlent les plus difficiles à se remémorer clairement par la suite. La plus puissante des extases peut être la plus éphémère. L’esprit est une chose délicieuse et déconcertante. Mais la première fois, on s’en souvient dans les moindres détails”

S’ensuit alors une description où on oscille de l’horreur au rire, particularité qui fait l’originalité et la réussite de ce roman si spécial. Il doit alors quitter Vanessa et se lance dans un road trip effréné, dans la faible mesure de sa condition physique, totalement désemparé devant son nouvel état.

“Cependant, au cas où vous penseriez que c’est comme d’avoir un pouvoir spécial, du style “Homme aux Batteries Rechargeables”, super-héros aux réserves d’énergie inépuisables, permettez-moi de souligner aussi la terrible “conscience” qui accompagne l’état de zombie.”

Oscillant entre euphorie, excitation, désarroi et alors que Peter découvre le “sombre connard” qu’il était de son vivant, on le voit se conduire comme un bon zombie, auquel on est à deux doigts de s’attacher, compatissant à ce sort peu enviable. Il se nourrit d’assassins en tentant tant bien que mal de s’adapter rationnellement à son nouvel état, jusqu’à ce qu’il découvre que l’accident ayant causé sa mort n’en était pas un, les freins ayant été sectionnés. La nouvelle de cet assassinat est un électrochoc qui le fait basculer du côté obscur de la force. Il massacre sans pitié, animé d’une haine et d’un mépris sans borne contre la sous-race des humain, s’enivre de sa puissance et devient un chef de horde zombie connu sous le nom de “Le Kernel” qui mène ses troupes comme un général d’armée. Jusqu’à ce qu’il retrouve Vanessa…

Un roman noir improbable, dans un style littéraire dépouillé et direct fort sympathique, d’un pragmatisme poussé à l’extrême sous-tendu d’un humour toujours présent avec une capacité d’auto-dérision assez exceptionnelle. Bien que toujours gore, c’est avant tout une découverte identitaire fort intéressante, une réflexion sur la morale, sur les valeurs qui sous-tendent les actes, sur l’ambition et ses excès, une immersion dans les différentes facettes de l’âme humaine et dans ce que l’on est capable de faire ou pas dans certaines conditions… Les deux faces opposées d’une même personnalité…

Un excellent roman zombie à ne pas rater  et dont on attend le tome 2 avec curiosité !

note8

 

 

Auteur

Mary

Mère de 2 enfants, passionnée de survie, experte en techniques de combat de spray et en maniement de seringue, se dresse contre la bêtise, l'égocentrisme, et... les zombies, parce que, sans déconner, July a raison, ça va nous tomber dessus !

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