Papiers Projets Zombies Evolution — 25 août 2013
Zombies Evolution – Partie 1 – Episode 10

evolution zombie

ZOMBIES EVOLUTION

Par John Steelwood

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Partie 1 – Episode 10

Journal, entrée du 04 Février 2045, 05h00

Il est temps de mettre les voiles.

Mon sac est prêt. J’ai fouillé dans l’armoire à pharmacie, j’ai dégoté une boîte d’Efferalgan, ceux qui fondent sous la langue, des pansements, des bandes, de l’antiseptique, une paire de ciseaux, une pince à épiler et un spray d’arnica. Je n’ai aucun antibiotique, en fait, nous étions Marie et moi, très rarement malade, et dès que nous avions un traitement, nous nous empressions, quand il arrivait à son terme, de rapporter les emballages entamés à la pharmacie. Parfois, certains comportements ne s’expliquent pas. Nous étions ainsi, point barre.

Dehors, il fait encore nuit. J’entends des grognements provenir de l’arrière-cour. Je sens bien depuis quelques jours comme un changement dans le comportement des morts-vivants errant autour de la maison.

D’ici une heure, deux au maximum, ils rentreront. D’une manière ou d’une autre, ils seront là et envahiront les pièces les unes après les autres. Ils me chercheront, dodelinant de la tête, jetant des regards en direction de la salle me servant de bibliothèque, puis de l’étage. Ceux qui n’ont plus d’yeux se contenteront de tâter le terrain et trouveront une main courante. Ils s’agripperont à la rampe et grimperont marche après marche vers ce palier déservant mon bureau et les chambres situées en retrait.

Ils pénétreront dans chacune de ces pièces et ils mettront tout à sac, se cognant aux meubles bas, renversant mes archives, les livres, les bibelots. Ils piétineront ma vie tout en lâchant des grommellements. De la bave s’écoulera de leurs gencives atrophiées, des morceaux de chair se détacheront et viendront se coller sur les photos prisonnières dans ces cadres que nous avions achetés avec Marie. Les zombies me chercheront, dans les armoires, sous le lit, dans les recoins, mais leurs mains squelettiques saisiront le vide. Elles déchireront les draps, tous ces vêtements achetés chez Brummel. Ses articulations aux teintes grisonnantes gratteront les tapisseries, chercheront un endroit, une issue et finalement, toutes ses mains tendues ne trouveront rien. Car je serai parti depuis longtemps.

Mon existence parmi les hommes est terminée. Aujourd’hui, je ne suis plus l’époux, le frère, le fils, je ne suis plus rien de tout ça. Je suis un survivant, et j’emporte avec moi mon journal, des stylos, une lampe torche, des couteaux, une gourde, et bien d’autres choses qui me seront utiles. Mon sac à dos est bourré à mort. Je mets de côté les derniers packs d’eau, juste là, dans le salon, tout près de la fenêtre. J’ai dans l’idée de démarrer le Cayenne, et de tracer ma route jusqu’à trouver un autre endroit où je pourrai respirer un peu, juste un instant, avant de repartir.

Je m’occuperai de changer les pneus plus loin. J’espère que les jantes tiendront. De toute manière, je n’ai plus que ça, l’espoir. Et encore, en songeant à Francis, je me dis que ce jeune avait espéré avant moi, quand son père l’a coursé dans le jardin, quand les autres zombies l’ont choppé pour le découper en deux, puis quand je l’ai tiré dans la maison. Je crois qu’il a espéré jusqu’au bout qu’une personne s’approche de lui, lui pince la joue en lui murmurant réveille-toi Francis, tout ça c’était qu’un putain de cauchemar, les zombies n’existent pas, tu es encore en un seul morceau. Mais personne n’est venu sortir ce gosse de cette rêverie, je crois même qu’il m’a entrainé avec lui, car depuis qu’il est mort dans ma salle de bain, je suis comme anesthésié de la vie.

Je marche au ralenti et tout autour de moi, plus rien n’a vraiment de consistance. J’avance, mais je tiens debout dans un unique but : détruire le plus de morts-vivants possible avant qu’à mon tour je tombe sous leur coupe. Peut-être trouverai-je un autre but quand j’aurai quitté cette maison, mais pour l’instant, je n’ai que ça en tête : massacrer du zombie.

En remontant de la cave vers quatre heures du matin, j’en ai profité pour rapporter avec moi un bidon d’acétone. Il est neuf, je l’ai acheté voilà trois mois pour décaper de vieux meubles entassés dans les combles. Je comptais m’en occuper ce printemps, mais maintenant ces cinq litres ne me serviront plus à rien, si ce n’est à les vider sur les tapis du rez-de-chaussée, histoire d’allumer un immense barbecue sauce zombie.

Car je ne partirai pas de cet endroit sans avoir mis le feu à cette horde de dégénérés qui s’engouffrera dans les lieux, dès que j’aurai ouvert la porte de la cuisine.

J’ai tout planifié.

J’ai descendu la chaîne hifi, une Bose, un modèle surpuissant, capable de délivrer 200 watts. J’ai aussi récupéré les deux dernières boules Quiès dans la table de nuit de Marie. Elles atténueront le bruit. J’ignore si mon plan à une quelconque raison de fonctionner, mais comme je l’ai dit précédemment, j’ai pu noter quelques points concernant ces monstres. Je remercie Francis pour ça.

Vous savez, quand on est désespéré, on est capable de tout. Et tandis que je me torturai l’esprit, cherchant une idée pour ralentir la rage de ces bêtes ignobles, j’ai collé un casque sur les oreilles de Francis, c’était quoi, deux heures avant que je lui défonce la boîte crânienne. J’ai tourné le bouton du son au maximum et je lui ai balancé ce morceau d’anthologie d’AC/DC, Highway To Hell, car j’avais envie qu’il file directement en Enfer, juste histoire qu’il soit le premier d’une longue liste. Je désirais voir Francis dans le rôle d’un ambassadeur des morts, qui les accueillerait au seuil des grandes forges pour un repos éternel, sans possibilité de revenir en arrière.

À cet instant, je dois avouer que j’ai songé au film de Tim Burton, Mars Attack, sauf qu’ici au lieu de voir exploser la tête du gosse, j’ai assisté à une tout autre réaction. Moins violente, mais très instructive. Francis a immédiatement cessé de me regarder. Il a détourné ses yeux injectés de sang de mon visage et s’est mis à fixer un point devant lui. J’ai eu cette impression qu’il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. D’ailleurs, dans les secondes qui suivirent, il a commencé à se débattre comme un forcené, il s’est échiné à fouetter l’air avec véhémence, juste là, devant sa face en voie de décomposition. Puis j’ai éteint et Francis s’est aussitôt remis à me fixer, découvrant des gencives d’où perlaient des croutes de sang. Il a tenté de me donner des coups de griffes, sans résultat. Et j’ai continué ce manège cinq minutes, alternant la musique et le silence, et lorsque j’en ai eu assez de le voir s’exciter de la sorte, j’ai arrêté et j’ai noté cette information dans mon calepin.

Ce geste n’a pour moi ni queue ni tête. Je ne suis pas un scientifique, mais grâce à cette expérience réalisée dans ma salle de bain, je savais qu’il existait une issue pour ficher le camp de cet endroit. Le tout était de savoir, est-ce que ça va fonctionner avec les autres ? Je priai que oui.

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2 Commentaires

  1. Superbe article :)

  2. Yeah, le grand départ est pour le prochain épisode :)
    Toujours aussi prenant

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