Papiers Projets Zombies Evolution — 14 octobre 2013
Zombies Evolution – Partie 1 – Episode 11

evolution zombie

ZOMBIES EVOLUTION

Par John Steelwood

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Partie 1 – Episode 11

Journal, entrée du 04 Février 2045, 06h02

Après quelques minutes, j’ai enfin réussi à glisser les boules Quiès dans mes tympans. Marie avait le coup de main, les bouchons de cire n’arrêtaient pas de glisser, mais c’est bon, tout est rentré dans l’ordre. La télécommande de la chaine hifi dans ma poche et la lampe torche dans la main gauche, je pénètre dans la cuisine et avant d’ouvrir la porte donnant sur le jardin, j’éteins la lumière. Je connais la maison par cœur, retrouver mon chemin dans l’obscurité entre les meubles me sera facile.

Je dépose doucement mes doigts sur la poignée, avant de l’abaisser. Un souffle d’air glacial s’engouffre aussitôt dans la pièce, me cisaillant temporairement la respiration. Je sens l’odeur du jardin, il est là, juste sous mes yeux, mais je ne vois rien. Il plane également dans l’atmosphère une senteur de pourriture intense, elle vient se greffer à mes narines et me susurre dans le creux de l’âme que je serai un jour ou l’autre l’un d’eux. C’était inévitable.

Dehors la nuit s’accroche encore à la terre. J’allume la torche pour exorciser les ténèbres. La lumière me révèle l’horreur déposée au milieu de mon jardin, elle dévoile des traces de sang se mêlant à des morceaux de corps et en braquant le faisceau sur la droite, mon cœur cesse un instant de battre en voyant les morts-vivants, debout, me fixant d’un œil torve. Ils se sont regroupés comme de simples moutons prêts à franchir le seuil de l’abattoir. L’image est plutôt mal choisie, car en cette seconde, j’ai la sensation d’être ce ruminant que l’on tire dans une stalle pour l’abattre d’un coup de merlin.

Je m’attarde sur eux, leur faciès d’horreur me stupéfait. Je distingue des lambeaux de chair aussi épais que du papier OCB se détacher de leur corps. Ces derniers révèlent une chair sombre, exsangue, une chair d’où des vers blancs s’échappent, fourmillant en tous sens, avant de tomber sur le sol. En voyant cela, j’effectue un mouvement de recul. Je n’avais pas imaginé rencontrer un jour une telle horreur. Ces morts-vivants devaient être de véritables nids pour les vermines.

D’ailleurs, je me suis souvent interrogé sur leur physiologie, et en les dévisageant, laissant mon regard parcourir les nombreuses plaies recouvrant leur corps, les interrogations fusèrent dans mon esprit. J’espère qu’elles trouveront une réponse quand j’aurai quitté cet endroit.

— Reste attentif Nathan, susurré-je.

Oui, je dois me concentrer sur cette tâche qui m’attend. En premier lieu, les attirer dans la maison, ce ne sera pas difficile.

Je les regarde, ils se frottent les uns contre les autres. La température extérieure ne doit pas dépasser les deux degrés. Pour confirmation, ce nuage de vapeur qui s’échappe de ma bouche à chacune de mes respirations. Je ne m’en rends pas compte que maintenant ; je tremble. Pourtant je n’ai pas froid. Je parcours rapidement avec ma lampe la troupe présente dans mon jardin, je décompte une dizaine de zombies. Je tremble encore, et je sens que ces frissonnements ne viennent pas de cette atmosphère glacée, mais qu’ils émanent des tréfonds de mon être.

Je ne veux pas songer à la peur, car je sais qu’elle en est la cause.

Il faut que je m’occupe l’esprit, que je pense à ce plan que j’ai échafaudé. Avant cela, je braque une ultime fois la lampe dans leur direction et le faisceau se fixe sur un enfant, un trop jeune gamin. Il a la cage thoracique perforée. J’ignore s’il me voit. J’aperçois sa bouche s’ouvrir à plusieurs reprises. Je ne suis qu’un bout de barbaque pour lui, songé-je en voyant sa mâchoire du bas menaçant de se décrocher à chacun de ses mouvements.

Le monde semble s’arrêter. Nous devenons tous deux des chiens de faïence, nous observant, nous scrutant, nous détaillant. Puis j’esquisse un geste avec ma main libre et l’équilibre se fendille.

Aussitôt, la poursuite s’engage, il s’avance lentement, d’un pas traînant, mais cela ne dure pas. J’ai vu des zombies à l’allure mécanique se mouvoir avec difficulté, mais ce gosse n’est pas comme les autres. Voyant la lumière de la lampe s’éloigner, il accélère le pas en s’approchant de moi. Je le vois ouvrir sa gueule béante, chargée de chicots noir et jaune, mais je ne l’entends pas. À cet instant, j’ai envie de retirer les boules Quiès de mes tympans, car ne pas entendre la mort se tenir aussi près de moi me terrifie. J’en regrette presque leur geignement de bête. Je recule, et j’en oublie un instant mon plan. Je n’avais pas pensé que je pouvais flancher devant eux, alors je continue de faire marche arrière jusqu’à ce que mes fesses butent contre la table de la cuisine.

Un instant, j’abandonne le visage de ce gosse aux ténèbres, car j’ai perdu mes repères. Je ne sais plus où je suis. Mes mains tâtonnent, ne cherchent plus à savoir pourquoi elles tremblent, et s’emparent d’une bouteille en verre. Dans le halo baignant la pièce, je lis Rhum planteur sur l’étiquette. Je comprends que je n’aurai pas le temps de partir, ce gosse est trop rapide – ou bien est-ce ma conscience qui s’effondre devant l’horreur, sans doute un peu des deux – Soudainement, j’entends un bruit roque résonner dans mon dos, j’ai perdu sans m’en rendre compte un bouchon de cire. Ce vagissement guttural m’incite à accélérer le mouvement. La mort est proche.

Je me souviens alors que j’ai rangé des allumettes dans le tiroir de la table. Je m’empare de la boîte et j’en craque une. La suite se déroule rapidement. Je jette la bouteille de rhum en direction de la porte du jardin, le verre se brise, il est suivi d’un grondement. Des bruits de pas se font entendre sur le carrelage, le gosse est là à deux mètres de ma position. Je décide alors de jeter l’allumette dans sa direction. En deux secondes, le gosse s’embrase.

Je n’aurais pas dû, l’odeur est infecte. Le feu n’empêche pas les autres zombies de s’engouffrer dans la cuisine. Les flammes lèchent déjà le plafond. Je ne reste pas pour observer le spectacle, j’en ai assez supporté jusqu’à maintenant.

Je tourne les talons et je parviens tant bien que mal à rejoindre le salon. Tout à coup une pensée me traverse l’esprit, le genre de pensée que l’on aimerait avoir avant de faire un choix, mais il était trop tard. Tu n’as pas pensé au gaz Nathan. Cours ! Mais cours putain. Et j’ai couru sans me soucier des packs d’eau, j’ai juste pris mon sac au passage avant de me jeter par la fenêtre ouverte.

Lorsque mon corps toucha la pelouse côté façade, j’entendis un Braoum étourdissant. La maison s’embrasa à son tour.

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4 Commentaires

  1. Merci John pour la suite des aventures de Nathan :)
    Ça fait plaisir de te re-lire … Continue !

    • Hello Mat,
      J’ai été pas mal absent les week-end de septembre et octobre, mais je suis revenu. Donc la diffusion des épisodes va reprendre.
      Merci pour les encouragements :)

  2. Oui, pas de soucis … j’imagine bien que ça prends du temps et que c’est pas facile d’être régulier dans les publications !!!
    L’autre fois je disais en commentant un autre auteur de ZW, qu’on devenait presque accros à vos ptites histoires, et que donc il fallait vous “bouger le c..” et assumez … Mais c’est évidemment du second degré ;)

    Je t’avoue qu’un des 1er truc que je fais en arrivant au bureau c’est jeter un coup d’oeil à ZW et si il y a un nouvel épisode d’un de vous, ça me met de bonne humeur jusqu’à ma pause déjeuner où je pourrais me délecter de vos cerveaux … heu histoires (désolé du lapsus) ^^

    Vivement la suite et encore merci pour ces petits moments d’évasion rythmant notre quotidien ennuyeux :)

    • Là, les articles sont prêts. et comme je serai présent les prochains dimanches, ça va le faire. :)
      Quoi qu’il en soit, je suis heureux de savoir qu’avec les autres auteurs nous égayons ta journée de travail.

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