BD Culture Z Papiers — 15 juillet 2013
Zorn et Dirna l’Intégrale la critique !

Auteurs : Jean-David Morvan et Bruno Bessadi et Christian Lerolle

Édition : Soleil

Genre :  zombie, aventure

Date de sortie : 13 février 2013

Nombre de tomes : (6 tomes regroupés ici en un)

Statut : série terminée

Nombre de pages : 296 pages

Prix conseillé : 39,95€

 

 

 

Résumé :

Il y a fort longtemps, dans un pays lointain, un roi ne voulait pas vieillir et SURTOUT, il ne voulait pas mourir. A l’aide d’un mage, Maître Erken, le  roi réussit à emprisonner la mort dans une psyché en haut de la plus haute tour du château. Les conséquences de cet égoïste sont lourdes puisque tous les sujets deviennent  immortels. Si leur âme est éternelle, leur corps vieillit. Les morts-vivants se répandent rapidement dans le royaume et posent des problèmes en tout genre. Le premier est bien sur : que faire de tous ces zombies ? Ce qui devait être un cadeau se transforme en cauchemar. Dans ce monde où tout semble s’ébranler petit à petit, et où la disparition du royaume est imminente, un espoir existe, il s’appelle Zorn et Dirna. Ces deux jumeaux détonants, ont un destin extraordinaire qui les attend. Les deux enfants vont connaître de nombreuses péripéties, ils partent pour une aventure épique, haute en couleur. Que va-t-il leur arriver ? Le monde va t-il tomber en décrépitude ? Y a t-il une chance d’inverser le processus ? Venez accompagner ses deux petits héros qui promettent d’être surprenants et pétillants.

 

 

Avis :

Tout d’abord quelques détails techniques. Cet intégrale recueille les 6 tomes de la série soit sa totalité. On va me dire ba oui un intégrale comme son nom l’indique ça regroupe tout. Et ba non, par exemple l’intégrale Marvel Zombies est en plusieurs volumes (Et toc!). Le rapport qualité prix est raisonnable car moins de 40€ pour une compilation de 6 ouvrages, sachant qu’une bande dessinée coûte environ 13€. Le conseil du jour est donc, si vous voulez découvrir Zorn et Dirna je vous conseille de vous procurer l’Intégrale qui est vraiment de très bonne facture et vous aurez en bonus un petit artbook avec les couvertures non retenues, des dessins des personnages etc.

 

 

Maintenant, plongeons nous au cœur du sujet. Pour tout avouer, ce n’était pas une série attendue particulièrement, le pitch semblait plutôt classique avec son ambiance moyenâgeuse et le roi qui gardait son miroir en haut d’une tour. On se croirait presque dans le monde de Disney « Miroir, mon beau miroir qui est la plus belle en ce royaume ? » Pourtant Zorn et Dirna est loin d’être lisse et classique. L’intrigue est très bien menée. On ne s’ennuie jamais, il y a des rebondissements, et la narration constitue un voyage épique comme on les aime. Les auteurs ne sont pas tombés dans la tentation de réutiliser tous les clichés du genre de l’aventure chevaleresque. Nous sommes loin d’Yvain, Gauvain ou Perceval. Il n’y aura pas de dragons mais des vilains zombies, il n’y aura pas de princesse mais une reine défraichie. La quête n’est donc pas de sauver une princesse en détresse mais de rétablir la mort. Les codes sont donc réaménagés pour faire cohabiter ambiance du Moyen-Age et zombies assoiffés de chaire fraîche. Le tout est réussi. Évidemment vous retrouvez, le frère cadet, jaloux, qui veut absolument accéder au trône et cherche par tous les moyens une manière d’éliminer son père et son frère, chose difficile quand ils ne peuvent pas mourir. Le décor est planté : château gigantesque, forêt magique, marais inquiétant, armée de chevalier et un grand méchant : le dauphin. Bien sur j’oubliais de citer aussi le magicien et les enfants cachés et élevés loin de la cour au plus profond de la forêt sur la plus haute falaise. Nous nous arrêterons là pour les ressemblances. D’apparence classique ce récit regorge de bonnes idées et d’aventures géniales. Tout nous laisse croire qu’il s’agit encore d’une histoire manquant d’originalité et de subtilité et bien non.  Ce qui donne l’éclat à tout ce monde, ce sont les personnages, on sent une recherche complète et minutieuse qui permet d’embarquer le lecteur immédiatement. Personne n’a été laissé de côté ; les héros, les personnages secondaires et les zombies sont tous charismatiques et intéressants. Chacun trouve sa place dans ce récit  très équilibré. Pour bien comprendre l’intérêt de ses personnages, parlons en premier des zombies.

 

 

Le mot est prononcé plusieurs fois par les protagonistes, mais qui sont-ils réellement ? Ce sont tous les personnages décharnés, en train de pourrir. Il y a donc tous les vieux qui devraient mourir et qui restent en vie en se décomposant au fur et à mesure, (et oui on arrive pas à 130 ans sans encombre), et il y a bien évidemment tous les soldats morts au champ de bataille, les gens assassinés etc. La première différence est l’absence de contamination par morsure, de plus ils ne sont pas particulièrement assoiffés de sang et de chair fraîche, le deuxième élément est l’importance de la persistance de l’âme. Il n’y a aucun moyen de faire mourir l’âme. (Je vous entends me susurrer mais si, il faut trancher la tête ou transpercer la cervelle et bien non.) Si vous leur tranchez la tête, le responsable de la décapitation récupère l’âme de la personne. Il y a des raisons de devenir schizophrène. Aucun moyen de tuer l’âme, ce qui pose un problème gigantesque. Pour pallier à cette gêne, le royaume à créer un laminoir. Mais qu’est-ce donc ? C’est un endroit où l’on stocke tous les morts-vivants amenés par des chasseurs de prime qui traquent toutes les personnes en stade de décomposition avancée pour les regrouper dans ce lieu sombre et obscur. Le laminoir accueille des lamineurs qui sont des sortes de bourreaux mais aussi des réceptacles pour les âmes. Ils sont chargés de les décapiter et de récupérer leur âme. De cette manière, seuls les lamineurs renferment des millions d’âme. Il y a de quoi devenir fou. Voilà pour les zombies et les âmes, maintenant parlons, de nos personnages. Nous avons nos deux jeunes héros Zorn et Dirna. Ce sont des jumeaux, garçon-fille. (Encore des enfants, j’aime pas les enfants, c’est ennuyeux et puis ça sert à rien. Une bonne histoire, il faut forcément un guerrier poilu. Bon vous avez fini de vous plaindre.) Oui les héros sont des enfants et même ce sont la mort.  Ils se partagent ce pouvoir rédempteur. On pourrait se dire, que deux gamins de six ans comme personnages principaux, on a vu mieux. Détrompez vous, ils sont très attachants mais aussi très charismatiques et sympathiques. Comme tous frères et sœurs qui se respectent, ils se chamaillent, ne sont pas d’accord. Dirna est la sœur un peu sadique qui aime tuer les petits chats et les oisillons et Zorn est plutôt le garçon peureux, qui n’aime pas utiliser son pouvoir. Ils sont opposés et pourtant sont obligés d’être deux pour donner la mort, ce qui ne sera pas toujours facile. Ils ne sont pas investis d’une mission qu’ils doivent accomplir à tout prix, il s’agit plutôt d’un concours de circonstances, vous découvrirez lequel en lisant. Une chose est sûre, ils vont vous attendrir, vous faire rire, vous impressionner et surtout ils n’ont pas fini de vous en faire voir car ce sont de sales gosses. Évidemment, ils ne seront pas seuls, ils seront accompagnés d’un lamineur et d’un chasseur de prime. Le quatuor est explosif et très drôle. Le lamineur est un grand homme viril, baraqué, et dominé par une âme féminine. De voir cette stature imposante, se  mouvoir comme une femme est très humoristique. Derrière toutes ces péripéties se trouvent des thématiques sérieuses, comme la question de l’apparence, mais  il y a aussi un clin d’œil sur l’homosexualité et sur la tolérance. Zorn et Dirna véhicule des valeurs importantes et morales. Je ne vais pas m’étaler sur le sujet pour ne pas vous dévoiler toutes les surprises du récit mais il y a pleins de thématiques abordées, permettant de prouver la profondeur de l’histoire. Le chasseur de prime est à l’inverse un gringalet menu, maniant l’épée d’une main de maître. Nos quatre larrons constituent une association étonnante mais efficace. 

 

 

S’il y a des personnages sympathiques, il y a aussi un grand méchant : le Dauphin.  Le stéréotype est encore une fois renversé car cet être maléfique est un dangereux mage sorcier puissant et menaçant. Non pas du tout, c’est un petit bonhomme tout fripé et  décomposé qui supporte mal le temps qui passe. Ce serait plutôt un charpey. Il ne ferait pas de mal à une mouche, mais il est tout de même à la tête d’une meute rugissante et menaçante. Le Dauphin est un zombie de luxe car il a accès à des décoctions qui lui permettent de ne pas pourrir trop vite. Avoir du sang royal peut avoir des bons côtés. L’autre grand méchant est un manouche qui veut se venger de s’être fait retailler le portrait. Le problème, il faut bien l’avouer c’est que les points de suture ne tiennent pas toujours très bien, le risque de déverser ses tripes au sol est imminent. Ces adversaires bancales renforcent l’ambiance humoristique de l’album. Mais attention ce n’est pas non plus un unique amas de blagues en tout genre, cette ambiance détendue permet de contrebalancer les batailles épiques et sanguinolentes. Ne vous inquiétez pas, vous aurez une multitude de combats violents où vous verrez des mains ciselées, des corps coupés, des jambes volantes, des tripes dégoulinées, des membres écartelés, écrasés, découpés, écrabouillés, démantibulés…  Les dessins sont généreux en scènes évocatrices. Tout est dans le juste équilibre.

S’il y a un reproche à faire, c’est peut-être la fin, qui se termine un peu rapidement et qui n’est pas une surprise. Quand on aime, on veut toujours que sa dure plus longtemps. La frustration de la fin est une bonne chose, cela montre que l’on ne s’est pas ennuyé une seconde. Les rebondissements internes sont plus surprenants que la fin, mais je leur pardonne.

 

 

Avant de clôturer, parlons du graphisme.  Il s’agit d’un dessin franco-belge plutôt classique et pourtant très réussi. Il se rapproche de l’univers de Trolls de Troy.  Les planches sont toujours variées, minutieuses et détaillées, mais aussi très colorées. Les attitudes et les expressions sont très bien réalisées, et pour les gens comme moi qui ne sont pas des fans inconditionnels de la bande dessinée franco-belge et qui lui reprochent souvent d’être un peu trop classique et passéiste, j’avoue avoir été séduite par l’univers. Les faciès des personnages sont impressionnants et le dessinateur nous embarque dans son monde avec une facilité déconcertante. On sent derrière chaque page, tout le travail de mise en scène et de précision qui est vraiment une très belle réussite. Chapeau l’artiste.

 

 

En Bref : Une belle découverte, surtout que l’on ne s’y attendait pas. Un univers divertissant et différent de ce que l’on peut lire habituellement. Entre le récit d’aventure et l’apocalypse zombie, c’est un choix audacieux de bonne facture et de très bonne qualité. D’ailleurs je finis cet article avec un goût de frustration car j’aurai voulu tellement en dire plus, mais je ne voudrais pas vous gâcher les nombreuses surprises qui vous attendent. Zorn et Dirna, un intégrale à conseiller pour les vacances.

 

note8

Auteur

sherane

Chroniqueuse bande-dessinée, comics, manga, livre ... et plus généralement tout ce qui se dévore.

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5 Commentaires

  1. Pas mal le livre ^^

  2. Très très bonne série commencée en 2001 (oui déjà ! fichtre !) et qui a connue son épilogue l’année dernière.
    A conseiller effectivement sans hésitation.

    • Oui c est une réédition qui permet de refaire de la pub à cette série super sympa. Elle a vraiment tous les éléments pour être une bonne série mais bizarrement elle n’a jamais fait beaucoup de bruit.

      • Merci d’en faire la pub ici, j’espère que beaucoup franchiront le pas, ils n’auront aucun regret.

  3. merci pour cet article très complet, je le commande sur le champ. Je ne connaissais pas encore, mais voici une histoire original qui à le mérite d’être découverte.

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